Publié le 02 octobre 2019

ENVIRONNEMENT

L’accident de Lubrizol pointe plusieurs défaillances autour des sites Seveso en France

Si la piste criminelle n'est pas écartée pour expliquer l'impressionnante explosion de la semaine dernière à l’usine chimique de Lubrizol à Rouen, l’accident n’en démontre pas moins certaines défaillances sur les sites Seveso. Manque d'information, système d’alerte inefficace, assouplissement du droit environnemental… Le gouvernement a promis de "tirer les leçons" de l’implantation de ce type d’usines à travers le territoire.

Incendie Lubrizol Philippe LOPEZ AFP
Une explosion s'est produite dans la nuit de mercredi à jeudi 26 septembre dans l'usine Lubrizol de Rouen.
Philippe Lopez / AFP

L’explosion de l’usine Lubrizol à Rouen, la semaine dernière, a relancé le débat sur la présence d’activités potentiellement dangereuses à proximité des villes et des riverains. Le site, classé Seveso, est soumis à la directive européenne de 1982 qui tire son nom de la ville italienne où s’est produit une catastrophe chimique en 1976. Le texte oblige les États membres et ses entreprises à identifier les risques liés aux activités industrielles jugées dangereuses et à prendre des mesures afin de faire face à d’éventuels accidents. En France, il existe plus de 1 300 usines classées Seveso, dont 700 en seuil haut. Des sites placés sous haute surveillance…

Des plans de préventions longs à mettre en place

Après la catastrophe mortelle d'AZF à Toulouse, la loi "Risques" de 2003 a permis d’instaurer à proximité de tout site Seveso de seuil haut, comme l'est l'usine Lubrizol de Rouen, des plans de prévention des risques technologiques (PPRT). À ce jour, environ 400 PPRT ont été élaborés. On estime à un millier le nombre d’expropriations en zone très à risque et de 20 000 à 30 000 le nombre de logements à renforcer (renforcement des vitrages ou réalisation d'une pièce "confinable"). Des travaux financés à hauteur de 90 % par l’État, les collectivités et les entreprises.

Or, à ce jour, seuls 600 logements ont fait l’objet de tels travaux, selon l'Amaris, l’association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques. "C’est un travail de longue haleine car il repose sur des intérêts très différents entre riverains, entreprises et collectivités", commente Ginette Vastel de France Nature environnement.

Un assouplissement du droit environnemental

L’ONG tire aussi la sonnette d'alarme sur le détricotage du droit environnemental au fil des années. "Désormais (en cas de travaux, ndr), un site Seveso n’est pas forcé d’élaborer une étude d’impact si la modification n’est pas considérée comme notable, mais il s’agit d’une appréciation totalement subjective, ajoute Ginette Vastel. C’est très inquiétant." Or, justement, selon actu-environnement.fr, l’usine de Lubrizol a bénéficié de deux autorisations d’augmentation de stockage cette année sans évaluation environnementale préalable, grâce à des assouplissements de la réglementation par l'actuel gouvernement.

Autres défaillances notables qu’a mis en exergue l’accident de Rouen : le manque d’information du public et l’inefficacité des systèmes d’alerte. Les préfets et les collectivités sont tenus d’organiser des campagnes d’information tous les cinq ans sur les consignes à suivre en cas d’accident (affichage en mairie, livrets d’informations…). "Mais la défiance des riverains de Lubrizol montre bien l’inefficacité de ces démarches. Les gens ont de plus en plus de mal à trouver l’information alors qu’il faudrait leur apprendre à réagir en cas d‘accident à travers par exemple des exercices", souligne Ginette Vastel.

Manque d'inspections

Les sirènes, qui ont retenti dès 7h30 à Rouen, ne semblent pas avoir eu d'effets. "La sirène n’est souvent pas entendue. Et quand bien même elle l’est, les consignes associées à l’émission d’un signal sonore ne sont pas connues. Dois-je évacuer ? Dois-je me confiner ? Pourquoi la sirène sonne-t-elle ?", réagit Yves Blein, président d’Amaris et député du Rhône.

Enfin, bien que les normes auxquelles sont soumis les sites Seveso soient contraignantes, encore faut-il pouvoir vérifier leur mise en œuvre. Or, il n’y a que 1 500 inspecteurs affectés auprès des 500 000 installations classées pour l’environnement (ICPE) que compte la France. Alors que deux villes d’Essonne ont déjà demandé le départ de sites Seveso situés sur leur territoire, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie propose d'abord de "tirer les leçons sur les implantations d’usines à risque"

Carte sites seveso

Concepcion Alvarez @conce1 


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