Publié le 18 avril 2011

ENVIRONNEMENT

Impacts sanitaires des pollutions : l'Artac appelle à l'action publique

À l'occasion du troisième colloque international de Paris, le Pr Belpomme et nombre de scientifiques ont réaffirmé leurs certitudes quant aux origines environnementales des maladies chroniques. Et appelé les pouvoirs publics à prendre d'urgence des mesures de prévention.

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L'Appel de Paris a-t-il été entendu des pouvoirs publics ? Pour le Pr Belpomme, instigateur de cette déclaration historique sur les dangers sanitaires des pollutions chimiques, la réponse est sans appel. « Non. Le gouvernement ne veut toujours pas voir la vérité en face, et admettre que les pollutions environnementales sont à l'origine de nombreuses maladies chroniques. » Si le mouvement impulsé en 2004 par le cancérologue est aujourd'hui mondialement reconnu, tant par la sphère médico-scientifique que par la société civile, sa traduction concrète dans les politiques de santé publique et de lutte contre les pollutions environnementales avance en revanche lentement. Pourtant, les programmes de recherche scientifique en la matière se multiplient, et démontrent inlassablement les méfaits d'une exposition prolongée à de nombreuses substances chimiques. En particulier chez le fœtus, qui « garde en mémoire » l'intoxication qu'il subit pendant la grossesse.

Le fœtus particulièrement vulnérable aux pollutions

La prévention auprès des femmes enceintes est donc primordiale aux yeux des scientifiques. Réunis lors du troisième colloque international de l'Appel de Paris les 12 et 13 avril derniers, organisé par l'Artac*, médecins, pédiatres, toxicologues, biologistes et cancérologues du monde entier ont tous insisté sur la très grande vulnérabilité du fœtus aux expositions chimiques. « La théorie des origines fœtales de nombreuses maladies chroniques, qu'il s'agisse de l'asthme, du diabète de type 1, de maladies neurodégénératives, de l'obésité ou de cancers, fait aujourd'hui consensus », résume Ernesto Burgio, pédiatre italien président du comité scientifique de l' International Society of Doctors for Environment. Patrick Fénichel, endocrinologue niçois, en veut pour preuve une étude réalisée auprès de jeunes hommes, dont certains étaient atteints d'un cancer des testicules. « Quand nous avons testé la présence de substances toxiques dans le sang de ces hommes, aucun d'entre eux ne présentaient de taux anormal. Nous avons donc renouvelé l'expérience auprès de leurs mères. Chez toutes celles dont les enfants étaient cancéreux, les taux de substances toxiques se sont révélés bien plus élevés que chez les mères des sujets sains. » Car selon de nombreuses études scientifiques, les cellules souches du fœtus gardent en mémoire l'intoxication subie par la mère. Ce phénomène multiplie alors le risque d'émergence d'une maladie chronique à l'âge adulte.

Quant aux expériences réalisées sur des rats et souris de laboratoire, elles démontrent systématiquement une recrudescence de cancers et autres maladies chroniques chez les animaux exposés à des perturbateurs endocriniens (BpA et pesticides en tête), en particulier quand cette exposition a lieu au stade fœtal. « Nous avons déjà démontré par le passé que les phénomènes observés chez le rat et la souris pouvaient également l'être chez l'homme », souligne Ana Soto, Professeur en biologie cellulaire à la Faculté de Médecine de Boston. « Nous disposons aujourd'hui de suffisamment de preuves scientifiques pour élaborer des actions préventives dignes de ce nom », insiste-t-elle.

« Malgré la reconnaissance des institutions, les politiques publiques manquent d'ambition »

L'origine environnementale des maladies chroniques ne fait donc plus aucun doute. Et la grande vulnérabilité du fœtus aux pollutions chimiques est en passe d'être établie comme une théorie solide. Ces certitudes scientifiques trouvent aujourd'hui un écho auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé. Pour la première fois depuis le lancement de l'Appel de Paris, l'institution internationale s'est d'ailleurs associée au combat de l'Artac. Maria Neira, directrice du département Santé publique et Environnement, estimait alors en ouverture du colloque, que « toutes les institutions doivent porter ce message essentiel, et faire de la santé un élément moteur, un agrument de poids pour renforcer les politiques de protection de l'environnement. » À ces côtés, David Gee, conseiller scientifique principal de l'Agence européenne de l'environnement, appelait les industriels de la chimie, de la pharmacie et tous ceux susceptibles de mettre des substances potentiellement toxiques sur le marché, à reconsidérer à la hausse leurs budgets dédiés à la prévention. « L'industrie de l'amiante s'est écroulé après le scandale sanitaire qu'elle a connu...Il serait judicieux de la part des industriels de consacrer tout le budget nécessaire à la prévention et à la gestion du risque sanitaire avant de tout miser sur la commercialisation. Et les politiques publiques devraient les y inciter. »

Car aux yeux du Pr Belpomme - et de nombre de ces confères - les politiques actuelles « bradent la santé publique ». Le cancérologue juge le Plan National Santé Environnement « hors circuit », car négligeant les causes environnementales de multiples maladies. « Le gouvernement aligne les recommandations auprès des citoyens pour se dédouaner de toute action concrète. » Quant à la cohorte ELFE annoncée par la ministre de l'environnement fin février dernier (voir article lié), étude épidémiologique menées auprès de 20 000 enfants sur vingt ans, elle laisse le Professeur dubitatif. « Aucune donnée toxicologique ni biologique ne sera relevée. Et les résultats ne seront connus que dans vingt ans ! J'espère que les pouvoirs publics n'attendront pas si longtemps pour prendre des mesures ! »

* Association de Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, présidée par le Pr Belpomme.

Anne Farthouat
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