Publié le 07 décembre 2017

ENVIRONNEMENT

Pour la première fois, la France va mesurer les taux de pesticides dans l'air

[Mise à jour le 25 juin 2018] Le gouvernement lance la première campagne de mesure des pesticides dans l'air. 80 pesticides dont le glyphosate, fipronil ou encore chlordécone vont être détectés. Objectif : réduire l'exposition des populations à ces substances. 

Pour la première fois la France va mesurer pendant une année, sur tout le territoire, le taux de plusieurs pesticides dans l'air.

Et si on recevait des alertes de pollution de l’air au glyphosate ou au fipronil ? Pendant un an, plusieurs organismes vont mesurer les taux dans l'air de 80 pesticides, du chlordécone en passant par le fipronil.

Cette campagne "permettra de définir les modalités d'une stratégie pérenne nationale de surveillance des résidus de pesticides dans l'air ambiant", ont expliqué dans un communiqué l’ATMO, Fédération des associations de la Surveillance de la qualité de l’air (AASQA), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) et l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris). 

Bientôt des normes 

Depuis 15 ans, les AASQA mesurent déjà le taux de pesticides dans l’air mais "dans le cadre d’initiative locale", explique-t-on à la Fédération. Certains maires, alertés par les citoyens, en faisaient individuellement la demande. C’est notamment le cas pour l’incinérateur de déchets de Vaux-le-Pénil (Seine-et-Marne), à côté de Paris. C’est l’ancienne maire de la commune voisine de Maincy, Pascale Coffinet, qui avait demandé des analyses du taux de dioxine. Les résultats avaient révélé des taux 2 200 fois supérieurs à la norme. Aujourd’hui, la ville de Melun qui exploitait l’incinérateur se retrouve sur le banc des accusés.

Mais ces tests, dispersés sur tout le territoire, suivent des protocoles différents. "On va pouvoir homogénéiser nos mesures sur tout le territoire et permettre à l’ANSES d’évaluer l’impact sanitaire", avance un porte-parole. Les résultats de cette année d’expérimentation vont en effet permettre d’identifier les populations surexposées et les substances les plus présentes. Et, à terme de définir des normes. "Notre volonté avec cette campagne est de s'appuyer sur les données collectées pour améliorer la surveillance des résidus de pesticides présents dans l'air et réduire l'exposition à ces substances des populations", explique Nicolas Hulot, ministère de la Transition écologique et solidaire. 

Le glyphosate, très volatile, est difficile à mesurer dans l'air 

Au total, 80 substances prioritaires ont été identifiées par l’ANSES. Parmi elles, le fipronil, célèbre depuis la crise des œufs durant l'été 2017, la chlordécone, pesticide couramment utilisé dans les bananiers des Antilles, ou encore le glyphosate, le principal agent actif du désherbant Roundup. Ce dernier donne d’ailleurs du fil à retordre aux associations de Surveillance de la qualité de l’air. "Le glyphosate est une substance très volatile. Certaines fois on pense l’avoir capturé et quand on arrive au laboratoire, il n’y est plus. Et il demande des équipements particuliers", souligne la Fédération. 

Jusqu’ici les AASQA mesuraient nationalement une quarantaine de polluants réglementaires comme les particules fines, le dioxyde de soufre et d’azote mais aussi des métaux tel que l’arsenic, le nickel ou le plomb. C'est donc une petite révolution que représente le lancement de cette nouvelle campagne dédiée aux pesticides. 

Marina Fabre @fabre_marina


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