Publié le 22 septembre 2010

ENVIRONNEMENT

Chine : la pollution industrielle explose

En un an, les accidents industriels graves ont augmenté de 98 % en Chine. Les cas de pollution explosent et le gouvernement tente d'endiguer les catastrophes.

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C'était l'autre marée noire de l'été. Moins spectaculaire que celle qui frappe le Golfe du Mexique, elle a néanmoins marqué les esprits par son ampleur et sa relative médiatisation. C'était le 16 juillet dernier, l'explosion de deux oléoducs dans la zone pétrolière de Dalian, dans l'Est de la Chine. Pendant plusieurs jours, les télévisions chinoises ont abondamment traité de cette affaire, jusqu'à ce que le gouvernement mette le holà. Officiellement, la marée noire est maintenant terminée et, pourtant, sur place, d'après quelques rares témoignages que nous avons pu rassembler, il n'en est rien. « Les médias chinois ne sont pas autorisés à enquêter sur place de façon indépendante et seules quelques ONG publient des communiqués. Mais la zone est maintenant complètement bouclée. Les pêcheurs ne peuvent plus travailler et on pense qu'il faudra au moins 10 ans pour que l'écosystème se remette d'une telle catastrophe », estime un journaliste chinois qui préférera rester anonyme.

« Cet accident de Dalian est d'une grande ampleur et constitue une escalade dans la prise de conscience par la Chine des questions écologiques. Nous sommes à l'heure d'internet et les autorités ne peuvent pas contrôler toutes les informations, cela explique que pour les catastrophes de grandes ampleur, comme celle-là, le gouvernement ne peut plus les cacher », explique de son côté Benoît Vermander, directeur de l'Institut Ricci et spécialistes des questions environnementales en Chine.

D'autres catastrophes ont émaillé l'actualité chinoise ces derniers mois : pollution chimique dans les fleuves, déchets toxiques, pollution au plomb... Au mois de juillet encore, la pollution d'un fleuve par les déchets d'une mine de cuivre a tué plus de 2000 tonnes de poisson et quelques semaines plus tard 7000 barils de produits chimiques étaient emportés par la crue du fleuve Songhua. Les cas de pollution industrielle se multiplient.

10 accidents industriels par mois

Un rapport officiel celui-là du ministre de l'Environnement recense au moins dix accidents industriels par mois provoquant des cas graves de pollution. Le même document révélé par un quotidien hongkongais nous dresse le portrait d'une Chine qui s'enfonce dans la pollution. Pour la première fois depuis 2005, la qualité de l'air de 440 grandes villes du pays s'est aggravée. Principales responsables : les pluies acides. Et de sources officielles encore, un quart des ressources en eau du pays est impropre à la consommation.

La semaine dernière, l'Agence gouvernementale de protection de l'environnement a annoncé le lancement d'une enquête inédite concernant la pollution industrielle en Chine et notamment les cas de pollution des cours d'eau. 80% des entreprises chinoises les plus polluantes sont en effet installées près d'un cours d'eau et les risques sont donc très importants.

« La situation en Chine est extrêmement préoccupante », reconnaît Zhang Lijun , le vice-ministre pour la protection de l'environnement. Dans une conférence de presse organisée à Pékin, il a reconnu 119 cas graves de pollution industrielles cette année. Selon lui, 70% de ces accidents sont liés à des produits chimiques. « Les autorités ont conscience des problèmes, mais elles se heurtent vite aux réalités du terrain, déclare Benoît Vermander. La Chine a pourtant un arsenal législatif très développé et une conscience écologique qui progresse. Le problème, ce sont les contradictions du système chinois. On voit par exemple que beaucoup d'entreprises sont très liées aux cadres locaux du Parti et sont intégrées dans des réseaux de corruption qui rendent les contrôles très difficiles. La Chine bute sur les contradictions internes de son modèle de développement. »

Des projets industriels qui relèguent l'environnement au second plan

Pourtant, le pays a bien conscience que l'environnement ne peut plus être sacrifié sur l'autel de la croissance économique. « Dans les années 2007 et 2008, la Chine avait fait un pas de géant dans la lutte contre la pollution. Bien sûr, il y avait l'objectif des jeux olympiques et il fallait faire bonne figure », commente David Eimer, journaliste et expert dans les questions environnementales à Pékin. Comment, depuis, en est-on arrivé à cette situation ? « Une partie de la réponse est à rapprocher de la crise économique mondiale. En 2008, la Chine a décidé d'un plan de relance sans précédent pour stimuler son économie. Les projets industriels et les nouveaux chantiers se sont multipliés à travers le pays et les questions d'environnement ont été reléguées au second plan. La pollution atmosphérique aussi en a souffert puisque la Chine a tout fait pour développer son industrie automobile, jusqu'à devenir le plus grand marché automobile de la planète. Imaginez qu'à Pékin, plus de 50 000 nouvelles voitures entrent en circulation chaque mois ! »

Difficile dans ces conditions de mettre un frein à la pollution industrielle, sans porter atteinte à la sacro-sainte croissance économique du pays. La Chine qui s'est hissée cette année au rang de deuxième puissance économique mondiale continue sa folle course en avant. Exemple de ce désintérêt pour l'environnement : le ministre chinois de la protection de l'environnement créé à grand renfort de publicité en 2008, ne compte pour l'heure que 300 fonctionnaires. Son équivalent américain emploie lui 17 000 personnes.

Stéphane Pambrun à Pékin
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