Publié le 15 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Ces villes qui font la guerre aux perturbateurs endocriniens

Face à l'inaction de l'Europe à réglementer le marché des perturbateurs endocriniens, des villes et collectivités prennent le relais. Repas bio à la cantine, utilisation des produits naturels, bannissement du plastique... À Grande-Synthe, Paris ou Limoges, les initiatives se multiplient devant les risques de ces substances capables de modifier le système hormonal et d'accroître les risques de cancer. 

La ville de Limoges tente une expérimentation dans ses crèches pour réduire l'exposition des enfants aux perturbateurs endocriniens.

Les perturbateurs endocriniens sont partout : dans les canapés, les vêtements, les cosmétiques, l’alimentation... Appelées phtalates, bisphénol A, parabens, tricolas, ces substances sont capables de modifier le système hormonal, d’accroître le risque de cancers et de créer des malformations chez les fœtus. Et pourtant, depuis des années, l’Europe n’arrive pas à les réglementer.

Une grande enquête sur l'impact des PE lancée à Grande-Synthe

Face à son inaction, des villes prennent le relais. C’est le cas de Grande-Synthe (Nord). Le maire (EELV), Damien Carême, a pour ambition que sa ville de 22 000 habitants, située près de Dunkerque, devienne une commune sans perturbateurs endocriniens (PE). Pour y parvenir, les repas servis dans les cantines de la ville sont 100 % bio. Et cela a un réel impact. Selon l’association, Génération cobayes, 80 % de l’exposition aux PE se fait par le biais de l’alimentation. De même tous les produits d’entretien de la ville sont biodégradables et naturels.

La démarche zéro perturbateur endocrinien passe aussi par une sensibilisation de la population. Ainsi, en plus des jardins partagés que les habitants apprennent à cultiver sans produits phytosanitaires, Grande-Synthe a lancé une grande enquête sur l’impact des perturbateurs endocriniens sur les organismes. Il attend la participation de 400 bénévoles. Le but : "brusquer les mentalités", explique Damien Carême, pour faire émerger une prise de conscience chez les habitants. Une démarche qui est suivie par d’autres collectivités.

"Paris avait retiré le bisphénol A de ses crèches avant même la décision d’interdiction"

À Limoges, la crèche sert d’expérimentation pour déployer le concept à d’autres secteurs. Quelques actions "correctives" sont en cours, comme nettoyer sans polluer, obliger les parents à n’apporter que des biberons en verre et non en plastique, utiliser de l’inox, réduire l’utilisation des produits d’entretien en lavant un jour sur deux à l’eau.

La Capitale n'est pas en reste. "Paris avait retiré les biberons au bisphénol A de ses crèches avant même la décision d’interdiction et beaucoup d’autres villes avaient suivi", explique André Cicolella, chimiste, toxicologue mais aussi président de Réseau Environnement Santé.

L’inertie de l’Europe

"Au-delà des actions réglementaires au niveau de l’Union européenne et nationale, c’est la mobilisation des citoyens, des villes et des territoires qui doit prendre le relais dans la lutte contre les perturbateurs", a souligné Brune Poirson, Secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, lors d'un colloque organisé par Réseau Environnement Santé.

Une phrase qui sonne comme un aveu d'échec. Le 4 juillet dernier, les pays européens avaient réussi à s’entendre sur une définition des perturbateurs endocriniens. Une première étape en vue de leur réglementation. Mais ce "compromis foireux", selon les termes de l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, a été rejeté par le Parlement européen, estimant que cette définition était trop laxiste.

La France qui avait d’ailleurs approuvé la définition proposée par la Commission européenne a été très critiquée par les ONG environnementales car, contrairement à Nicolas Hulot, l’ancienne ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, s’était toujours opposée à la définition "au rabais" de Bruxelles.

Depuis, Nicolas Hulot et Brune Poirson disent avoir écrit à la Commission pour "lui demander de remettre sur la table, sans délai, une nouvelle proposition prenant notamment acte de la nécessité de revenir sur la question des exemptions". Pour cause, la Commission avait exempté de la définition des perturbateurs endocriniens des pesticides dont le rôle était justement d’être… des perturbateurs endocriniens.  

Marina Fabre @fabre_marina


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