Publié le 16 novembre 2012

ENVIRONNEMENT

Amende record pour BP dans la catastrophe Deepwater Horizon

4,5 milliards de dollars. C'est le montant de l'amende que le pétrolier britannique va payer aux autorités américaines dans le cadre de l'accord à l'amiable qu'il a passé pour régler une partie du dossier de la marée noire du golfe du Mexique.

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C'est "la plus grosse amende pénale de l'histoire américaine", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier à Washington. BP a déjà provisionné le montant nécessaire pour couvrir le paiement de cette amende, tandis que le procès de la marée noire survenue dans le Golfe du Mexique en 2010 a été reporté à fin février 2013. BP a annoncé dans un communiqué qu'il plaidait "coupable" pour les accusations de faute professionnelle et de négligences liées aux onze morts lors de l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en avril 2010, fautes confirmées par un rapport publié le 24 juillet dernier par l'agence fédérale américaine du Chemical Safety Board (CSB). Le rapport indique en effet que le puits n'avait pas été correctement scellé avant la rupture qui a déclenché la marée noire et souligne par ailleurs que BP et Transocean (propriétaire de la plateforme) sont responsables "de multiples carences dans le système de gestion de la sécurité qui ont contribué à l'accident". Le directeur général de BP, Bob Dudley, a déclaré le 15 novembre que « nous tous chez BP regrettons profondément la perte tragique de vies causée par l'accident de Deepwater Horizon ainsi que l'impact de la marée noire sur la région côtière du Golfe", et a indiqué que "le montant total de l'accord avec les autorités américaines est d'environ 4,5 milliards de dollars avec des paiements étalés sur une période de six ans".


Rappelons que Transocean et BP s'accusent mutuellement de négligences, le premier ayant réagi à la plainte de BP contre lui en accusant à son tour le pétrolier d'avoir négligé les risques de la plateforme Deepwater Horizon. Dans un rapport interne publié le 22 juin 2011, Transocean pointe une succession de décisions ayant compromis la sécurité de la plateforme. « BP n'a pas correctement informé l'équipe de forage sur l'absence de tests adéquats des ciments ou sur l'incertitude entourant les tests et procédures utilisés pour confirmer l'intégrité des murs destinées à empêcher l'écoulement des hydrocarbures dans le puits", peut-on lire.

Cette version est donc à nouveau confirmée deux ans plus tard par l'agence fédérale américaine du Chemical Safety Board, autorité indépendante, venu s'ajouter à d'autres conclusions d'enquêtes - celles de la commission de la Maison blanche et celle de l'école nationale d'ingénierie.

"BP se considère au-dessus des lois"

S'agissant des suites pénales de la catastrophe, les organisations environnementales sont, elles, aux aguets. « Notre objectif, c'est d'obtenir de l'argent pour le golfe (du Mexique) le plus vite possible », déclarait en avril dernier Courtney Taylor du programme Mississippi River Delta au sein de l'ONG Environmental Defense Fund. Garret Graves, qui siège au sein d'une agence environnementale publique en Louisiane estimait quand à lui « que BP se considère au-dessus des lois. Cela fait 18 mois que nous nous préparons pour un procès. Nous réclamons une condamnation pour l'évidente négligence dont BP a fait part, des poursuites criminelles, ainsi que plusieurs dizaines de milliards de dollars de dommages qui serviront à restaurer nos côtes et le golfe - c'est la seule façon de reconstituer un écosystème touché par la pire catastrophe environnementale qu'ait jamais connu notre pays. »


Les « méthodes BP » ont également été dénoncées dans un livre choc paru le 26 mars dernier. « Forer toujours plus dangereusement, en réduisant toujours plus les coûts », telle a été la devise de BP depuis deux décennies d'après un journaliste du très sérieux site d'investigation américain Pro-Publica. Dans son ouvrage « Run to Failure: BP and the Making of the Deepwater Horizon Disaster » ( La course vers l'échec : BP et le désastre Deepwater Horizon ) Abrahm Lustgarten dresse le portrait d'une entreprise pour qui le profit passe avant tout. Une nouvelle culture d'entreprise qui remonte aux années 90. Le PDG de BP de l'époque, Lord John Browne, se lance dans des acquisitions en série, des explorations de forage de plus en plus risquées tout en licenciant 1700 personnes et en imposant 750 millions de réductions budgétaires. Parallèlement, le logo de BP devient vert et son slogan « Beyond Petroleum » veut faire croire que l'entreprise répond aux préoccupations environnementales. Le journaliste explique que les inspecteurs d'oléoducs en Alaska maquillaient leurs résultats, des maintenances cruciales étaient de plus en plus espacées, et les employés qui s'en inquiétaient étaient écartés. En l'an 2000, un rapport interne évalue d'ailleurs le coût d'un employé à dix millions de dollars. L'auteur raconte en détail la catastrophe Deepwater Horizon qui a coûté la vie à 11 personnes et en a sérieusement blessé 16 autres. « Il existe une incapacité institutionnelle à apprendre de ses erreurs chez BP », selon Lustgartner, qui souligne qu'à la fin 2010, un document qu'il s'est procuré montre que plus d'une centaine d'oléoducs en Alaska sont sérieusement corrodées. Qu'importe, les régulateurs américains ont malgré tout donné leur feu vert à BP en octobre 2011 à un nouveau plan de forage dans le Golfe du Mexique et évaluent l'exploitation d'une réserve naturelle jusque là vierge en Alaska.

Actualisation: Selon le Financial Times du 29 novembre 2012, l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a également décidé d'empêcher BP de particper aux prochains appels d'offres publics pour le gouvernement des USA pour son "manque d'éthique des affaires" ("lack of business integrity")

V.S.
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