Publié le 31 août 2009

ENVIRONNEMENT

Veolia et la Grameen Bank s'associent au Bengladesh

Après les téléphones portables avec le groupe nordique Telenor, la commercialisation de yaourts avec Danone et les produits de santé avec BASF, la Grameen Bank, créée par Mohammad Yunus, lance une nouvelle filiale avec Veolia Water pour la distribution d'eau au Bengladesh.

121374_GF.jpg

Après la santé et la nutrition, Mohammad Yunus et la Grameen Bank ciblent un nouvel objectif au Bengladesh : la distribution d'eau potable pour les populations rurales. En effet, si l'eau ne manque pas dans ce pays, la plupart des nappes phréatiques sont contaminées - de manière naturelle- à l'arsenic, rendant l'eau impropre à la consommation. La Grameen Bank vient donc d'élargir son champ d'action à la distribution d'eau potable, après avoir lancé avec Danone, en 2006, la Grameen Danone Foods. Une micro-usine, située dans le nord du Bengladesh, fabrique le "Shokti Doi" ( « qui signifie Energie yaourt » ), un produit enrichi en micro nutriments pour lutter contre la malnutrition ; mais également pour créer de l'emploi localement. Car le but de l'entreprise, au-delà de la rentabilité, est bien d'atteindre des objectifs sociaux, tels que le nombre d'emplois directs et indirects créés ( producteurs de laits, petits grossistes, vendeuses en porte à porte), le développement d'une activité économique de proximité, l'amélioration de la santé de la population ou encore la préservation de l'environnement. Les bénéfices de l'entreprise sont en outre réinvestis pour développer d'autres usines sur le même modèle dans le pays.

L'objectif poursuivi par Mohammad Yunus, dans ses différents projets, est constant : développer des activités économiques et sociales sur le principe du « social business ». Cette fois, c'est avec Veolia que la Grameen Bank a crée une filiale, la Grameen-Veolia Water, dont l'objectif est de fournir de l'eau potable aux populations les plus pauvres du Bangladesh. Inaugurée le 24 juin 2009, l'usine de production et de traitement d'eau, située à une centaine de kilomètres de Dacca, la capitale, permet d'alimenter une dizaine de bornes-fontaines situées aux alentours et dont seules des "Grameen ladies"* (réseau de femmes qui distribuent également les « Shokti Doi ») détiennent la clé. Chaque foyer peut acheter jusqu'à 30 litres d'eau potable par jour à un prix modique : de 0,2 à 0,5 centime d'euros par litre, selon la distance de la borne à l'usine. Soit 100 fois moins que l'eau en bouteille vendue localement...L'investissement, de l'ordre de 500 000 euros, devrait permettre à terme d'alimenter 100 000 personnes.

Pour Eric Lesueur, directeur du projet chez Veolia, il s'agit « d'un test grandeur nature ». « Ce nouveau mode de partenariat est inédit pour Veolia, nous n'avons pas fait d'étude de faisabilité au préalable. Mais une chose est sûre : ce projet nous permet d'enrichir notre rôle dans le développement durable et de sortir du métier traditionnel de l'eau pour mieux répondre à des besoins sociétaux ». Contrairement à d'autres entreprises, qui développent des produits et des services à bas prix destinés aux populations des pays pauvres (« bottom of the pyramid » ou BoP) Veolia se défend de vouloir, par ce biais, conquérir de nouveaux marchés. « Nous opérons principalement en milieu urbain et nous n'avons pas l'intention détendre notre offre aux zones exclusivement rurales », explique à ce sujet Eric Lesueur. Par ailleurs, si le projet peut réserver des surprises et des imprévus, l'investissement « n'est pas si élevé », estime Eric Lesueur, qui préfère évoquer une logique « gagnant-gagnant ». « Le social business fonctionne comme le business conventionnel, mais avec un bénéfice humain, souligne-t-il. L'intégralité des bénéfices sera réinjectée pour permettre le développement d'autres projets liés au domaine de l'eau. Ce n'est donc pas du mécénat, ni un mécanisme semblable à l'aide internationale, qui n'a d'ailleurs pas fait ses preuves jusqu'ici. » S'il reste encore à trouver le bon équilibre commercial de ce nouveau service, ce projet pilote est déjà considéré par le groupe comme une nouvelle voie pour la réalisation des objectifs du Millénaire. L'un d'entre eux étant de réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable dans le monde.

 

*Les Grameen ladies est un réseau de femmes qui effectuent la distribution des produits ou services de la Grameen en porte à porte. Ce réseau fonctionne sur la proximité, ces femmes étant issues des villages proches des usines. Le principe de ces projets est en effet de développer une activité locale et de lutter contre l'exode rural.

Véronique Smée
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Economie circulaire

L’économie circulaire consiste à produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie. Elle se base sur l’écoconception des produits, leur réparation et leur recyclage.

Adidas lance ses premieres chaussures 100 recyclables 1 01

[Bonne nouvelle] Adidas a dévoilé ses premières baskets 100 % recyclables

Adidas passe à la vitesse supérieure. Après avoir créé des chaussures à partir de plastique retrouvé sur les plages, la marque allemande vient de dévoiler une nouvelle paire 100 % recyclables. Elles sont composées d'un seul matériau et confectionnées sans colle pour être refondues et réutilisées.

Ilemaurice pixabay

L’île Maurice, un laboratoire pour tester une reconversion durable de l’économie locale

Il y a quelques années, l’île Maurice était qualifiée de "miracle économique". Aujourd’hui pourtant l’île recherche un nouveau souffle pour que ses habitants puissent pleinement en profiter. En tant qu’acteur financier historique du pays, la banque MCB estime de sa responsabilité de redynamiser...

Airbus va recycler ses vieux avions en meubles

[Bonne nouvelle] Airbus va recycler ses anciens avions en meubles

Un plancher carbone transformé en étagère, un hublot en coiffeuse connectée, un nez d'avion A340 en luminaire... le projet A piece of sky, lancé par Airbus, transforme des avions en fin de vie en meubles design. Une façon de répondre à une problématique d'économie circulaire et de revaloriser le...

Economie circulaire terre planete experimentation fondation 2019 pixabay

Économie circulaire : supprimer la TVA sur les produits responsables est rentable pour l'économie

Une expérimentation de la Fondation 2019, menée avec l’Ademe et trois entreprises partenaires dont Seb, démontre que le poids des externalités environnementales entre un produit issu de l’économie circulaire et un produit classique peut représenter entre 6 % à 20 % du prix de vente. Cela équivaut...