Publié le 21 septembre 2010

ENVIRONNEMENT

Un verdissement des bouteilles en plastique?

Volvic vient d'annoncer la sortie de sa « première bouteille d'origine végétale ». Une nouvelle venue dans les rayons Eaux des supermarchés, de plus en plus désertés par les consommateurs.

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L'innovation Aquapax

Lancée en 2009, la brique d'eau minérale Aquapax constitue une alternative crédible aux bouteilles en plastique : conditionnée par « Tetra Prisma » de Tetra Pak, elle est constituée de 75% de carton, 20% de polyéthylène et 5% d'aluminium pour protéger l'eau. Le carton est issu du bois des arbres de forêts nordiques, dont certaines ont reçu des labels tel que celui du FSC. Distribuée dans quelques enseignes type Daily Monop', l'Aquapax est encore loin d'être un produit de masse ; le fait que l'emballage ne soit pas transparent constituerait en effet un frein, même si les consommateurs sont habitués à boire des jus de fruits dans une brique.

La petite bouteille de Volvic a désormais un bouchon vert. Étiquetée « première bouteille d'origine végétale », cette nouvelle version du format 50 cL arrivera le mois prochain dans les rayons des grandes surfaces. Sa nouveauté : elle contient 20% de matière d'origine végétale.

Fabriqué par l'Indien Indian Glycols, ce plastique « bio » (Bio-PET) est constitué pour près d'un tiers d'extraits de résidus de canne à sucre, le reste étant toujours d'origine fossile. Importé par Volvic, il est ensuite mélangé à du plastique recyclé. Au final, cette nouvelle bouteille verte contient donc trois quarts de plastique recyclé et un quart de plastique bio. « Un premier pas vers l'utilisation de matière première végétale », d'après Véronique Penchienati, directrice générale de Danone Eaux France. « Nous aurions pu n'utiliser que du Bio-PET, et obtenir ainsi une bouteille contenant 30% de matière végétale. Mais il est aussi nécessaire de valoriser le plastique recyclé, pour soutenir et structurer la filière du recyclage. Cette nouvelle composition nous permet de réduire de 35 à 40% l'empreinte carbone d'une bouteille de 50 cL standard. » Car l'objectif affiché par la marque est bien de réduire son empreinte globale, qu'elle mesure depuis 2008 via un outil validé par l'Ademe. Véronique Penchienati l'assure : « il ne s'agit pas d'une opération marketing, le lancement de cette bouteille s'inscrit dans notre stratégie interne, qui vise à réduire l'empreinte carbone de Danone Eaux France de 40% d'ici à 2011, par rapport à 2008. » Une opération « non-marketing » qui, visiblement, intéresse grandement les distributeurs. D'après Véronique Penchienati, ils entendent bien mettre en avant cette bouteille au packaging verdoyant dans leurs gondoles.

Améliorer les performances environnementales des bouteilles en plastiques

Le tout végétal n'est cependant pas encore d'actualité pour les bouteilles d'eaux minérales. Les besoins en conservation de la qualité de ces eaux freinent toujours les innovations en la matière. Mais les industriels y croient. Danone y consacre une partie de sa R&D, et Nestlé Waters, qui détient entre autres Vittel, Valvert, Hepar et Contrex-, a inauguré en juin 2009 une Chaire d'enseignement et de recherche consacrée au sujet, en partenariat avec l'école des Mines de Paris.

En attendant, les producteurs travaillent toujours à la réduction du poids des bouteilles, et à l'incorporation de plastique recyclé dans leur composition. Volvic lançait ainsi il y a quelques mois son format 3 litres, composé à 40% de plastique recyclé, « dont l'empreinte est inférieure de 22% à la moyenne du marché des eaux minérales naturelles ». Quant aux bouteilles de 1,5 L, format le plus vendu, elles en contiennent 35%, tant pour Volvic que pour Evian, autre marque du groupe. L'objectif étant d'atteindre 50% d'ici à la fin 2010. Nestlé Waters affiche pour sa part des objectifs de réduction de 20% des emballages entre 2008 et 2012, et l'utilisation de matériaux recyclés à hauteur de 20%.

Le marché des eaux en bouteilles reste fragile

Ce verdissement effréné des bouteilles en plastiques répond certes aux préoccupations environnementales des producteurs, qui ne cessent de répéter que la préservation des ressources naturelles est intrinsèque à leur activité, mais vise également à séduire des consommateurs français de moins en moins enclins à boire de l'eau minérale.

Le marché français est effectivement un des plus fragiles au monde. D'après le rapport 2008 de l'International Bottled Water Association, la consommation française d'eaux en bouteille aurait chuté de 1,2% entre 2003 et 2008, alors même que la consommation mondiale progressait de près de 7%.
Le cabinet spécialiste en études de marché AC Nielsen estime quant à lui que les ventes d'eaux plates minérales ont chuté de 9,6% en 2008. En cause, la prise de conscience écologique des consommateurs française et leur relative confiance en l'eau du robinet.

Mais Véronique Penchiati se veut rassurante. D'après elle, « le marché de l'eau plate naturelle est en train de se stabiliser ». Le groupe assure avoir gagné quelques part de marché cette année, même s'il refuse de communiquer les chiffres des ventes des dernières années. Son rapport annuel 2009 affiche néanmoins 6,2% de croissance en volume sur le marché mondial des eaux en bouteilles. Car si les Français désertent les rayons Eaux des supermarchés, la Chine, l'Inde, le Mexique ou encore l'Indonésie offrent encore aux producteurs des perspectives de croissance alléchantes, comme le souligne Danone dans son rapport : « la croissance du pôle Eau est largement tirée par les pays émergents, qui réalisent 51% des ventes. »

Anne Farthouat
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