Publié le 13 avril 2007

ENVIRONNEMENT

Un « avatar » virtuel consomme autant d'énergie qu'un vrai Brésilien

Phénomène de société, fréquenté par plus de 4 millions d'utilisateurs à travers le monde, le succès de Second Life illustre l'essor des univers virtuels persistants, peuplés de personnages en image de synthèse. Même les partis politiques des candidats à la présidentielle, comme l'UMP, le PS ou le FN y ont ouvert une permanence électronique. Pour limiter la facture électrique de ces mondes virtuels, bâtis sur des centres serveurs énergivores, l'industrie informatique joue la carte des basses consommations.

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« Pour une high tech responsable »

Greenpeace a sorti, début avril, la troisième version de son guide de conseil aux consommateurs pour choisir leurs produits électroniques sur des critères environnementaux. Le Chinois Lenovo est, pour la première fois, en tête de ce classement qui compte les quatorze principales entreprises du secteur, classées en fonction de leurs politiques et de leurs pratiques en matière d'utilisation de substances chimiques et de gestion des déchets. Lenovo devance Nokia en tête des deux précédentes éditions. Si l'ONG estime que les entreprises font, globalement, des efforts puisqu'elles ont toutes amélioré leur score et que neuf d'entre elles dépassent maintenant la moyenne, elle stigmatise Apple. La marque, symbole de modernité se maintient à la dernière place et semble laisser le champ de l'innovation environnementale à d'autres.

L'informatique consomme toujours plus d'énergie. Les ordinateurs personnels, les périphériques laissés sous tension, les serveurs de données, réclament pour fonctionner des quantités d'électricité de plus en plus importantes. Le monde de l'information électronique, n'est pas exempt de dépenses et de gaspillages comme le montre la facture énergétique de la communauté en ligne Second Life.
"Nous fonctionnons tout le temps à pleine puissance, ce qui entraîne d'énormes dépenses électriques dans les infrastructures" admet Linden Lab, l'opérateur de Second Life. Nicholas Carr, un journaliste américain, a donc cherché à mesurer l'empreinte énergétique d'un "habitant" de ce monde en ligne. Le résultat est édifiant : chaque résident virtuel consomme 4,8 kWh/jour, soit 1 752 kWh à l'année. Dix fois plus d'énergie qu'unCamerounais du monde réel, en chair et en os et deux fois plus qu'un Algérien, un peu plus qu'un Chinois, et à peu près autant qu'un Brésilien. Le bilan est vite fait. Il additionne la consommation informatique des utilisateurs, 12 500 connectés en moyenne (120 Watt par PC en moyenne), avec celles des 4 000 serveurs de données de l'entreprise. Chiffrées, en gros, à 250 Watts par serveur, climatisation et alimentation de secours inclus. Le total - 60 000 kWh par jour - est ensuite rapporté au nom au nombre de clients, voire calculé à l'année. La démonstration est implacable et les autres centres de données ne sont pas mieux lotis.
Ces derniers mois, la prise de conscience des acteurs informatiques de leur « empreinte électronique » s'est accélérée. L'envolée du coût des infrastructures réseau, combinée au probable renchérissement de l'énergie, menace les profits. Selon le Gartner Group, le poste « alimentation » des centres de données devrait représenter plus de 30 % des budgets en 2010, contre environ 10 % aujourd'hui. Consommer moins devient dans ces conditions un nouvel enjeu stratégique.

« Grille Verte » veut réduire sa consommation

Les chiffres de l'étude AMD / Stanford University, révélés en février 2007, sont venus conforter cet avertissement. En 2005, les quelques 10 millions de serveurs fonctionnant sur le territoire américain ont représenté 1,2 % de la consommation électrique du pays, autant que les téléviseurs. Depuis 2000, leur consommation a doublé. Elle affiche une hausse de 14 % par an, pour atteindre 45 millions de kWh en 2005. Un coût annuel de 2,7 milliards de $ pour les Etats-Unis, et de 7,3 milliards de $ pour les 27 millions de serveurs à travers le monde.

Créé en avril 2006, le consortium « Green Grid » (Grille Verte en français) regroupe 11 industriels - les fabricants et administrateurs de serveurs IBM, HP, Dell, Sun, Microsoft, AMD et Intel... - désireux d'établir et de mettre en commun leurs bonnes pratiques en matière de performance énergétique. Leur réflexion, formalisée au travers de livres blancs, veut « aboutir à la création de spécifications et systèmes de mesure des performances, indépendants de toute plate-forme ». Le rendement de ces infrastructures hyperconsommatrices a également fait la une à Londres, fin mars, du Data Centers Europe. « Leur évolution doit non seulement tenir compte de la demande informatique croissante, mais également s'attacher à minimiser leur empreinte carbone » a ainsi souligné Andrew Harrison, Directeur Conseil chez Arup, au cours du séminaire dédié.
Dans Second Life par exemple, il y aurait 1,17 tonnes d'équivalent carbone par avatar et par an. La conversion, faite par un employé de Sun et selon le barème en vigueur aux USA (où un kilowatt/heure produit 668 grammes de CO2), correspond à l'empreinte réelle d'un 4x4, de type Hummer !

Pour contrebalancer cette tendance, les constructeurs britanniques Evesham et Tranquil ont lancé, en octobre 2006, les premiers ordinateurs à « empreinte carbonique nulle » conçus autour du C7, de chez VIA, le troisième fabricant mondial de microprocesseurs, loin derrière Intel et AMD. Ce processeur ultra basse consommation offre "avec une puissance maximum de 20 watts en fonctionnement intensif, un gain supérieur d'au moins 67 % aux modèles de la concurrence" garantit Richard Brown, Vice-Président Marketing de l'entreprise taïwanaise. Privilégiant les économies d'énergie plutôt que la course à la puissance, le C7 est parfaitement adapté au marché des clients légers : smartphones, tablettes pc et autres baladeurs multimedia.
L'entreprise s'est également engagée dans un programme de compensation original, versant à des ONG partenaires le montant de 3 ans d'énergie consommée par chaque puce C7 achetée. Un geste de reboisement inédit, de 4 arbres par puce.

Maxence Layet
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