Publié le 13 février 2014

ENVIRONNEMENT

TEDA, laboratoire de l'économie circulaire à la chinoise

La Chine cherche-t-elle vraiment à réduire son empreinte énergétique, ou le « tout vert » est-il un alibi pour produire toujours plus ? Reportage dans la zone économique de Tianjin, une métropole à l'est de Pékin, fer de lance de l'économie circulaire à la chinoise.

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Affiche publicitaire pour TEDA

Les villes, laboratoires de l'économie circulaire

Principal émetteur de déchets au monde et piètre recycleur (la Chine ne réintroduit que 10% de ses déchets dans les circuits de matières et d'énergie), l'Empire du milieu promeut néanmoins l'économie circulaire à tout va. Après l'établissement des premières zones pilotes d'éco-développement au début des années 2000, la loi « de promotion de l'économie circulaire », entrée en vigueur en 2009 et pionnière au niveau mondial, vise à inscrire ce concept dans les politiques territoriales. L'actuel plan quinquennal vise, pour toutes les ressources recyclables ou réutilisables, un ambitieux taux de collecte de 70% minimum au niveau de chaque région - le niveau atteint en 2007 par l'Union Européenne. Mais, en zones rurales, la seule évaluation du montant des déchets recyclés s'avère déjà très problématique...

A l'instar de Tianjin, la conversion de la Chine à la « civilisation écologique » pourrait paradoxalement passer par les villes, où l'activité des industries génère le plus de pollution, mais aussi, du fait de leur concentration, où une synergie plus forte est possible. En 2015, 100 villes seront élues au rang de villes pilotes de l'économie circulaire. Ce nouveau programme évitera-t-il l'écueil qui fait de nombreuses éco-villes des villes fantômes? Celles-ci attirent en effet trop peu les populations, car souvent créées ex-nihilo, moins par souci environnemental que par anticipation de juteuses culbutes immobilières. Voire tout simplement par démesure.

 

Il y a trois décennies, à Binhai, en grande banlieue de la métropole de Tianjin, on était en rase campagne. Dans ce bassin proche de la mer, les terres, dites ici « salées », avaient toujours été stériles. Impropres à l'agriculture, impropres à tout. « C'est justement pour la pauvreté de son sol que Binhai fut sélectionné pour donner naissance en 1984 à la Zone de Développement Economique et technologique de Tianjin (TEDA)», explique l'affable Song Yuyan, directrice chez TEDA du centre de promotion de l'économie bas carbone. Depuis, ce parc industriel à la fiscalité attractive est devenu un fleuron du genre. Sur à peine 100 km2, il associe 1 500 entreprises chinoises et étrangères et génère au total 220 milliards de yuans par an [26 milliards d'euros].

Mais la crise écologique a obligé Teda à voir plus loin et à se tourner vers un développement économique et soutenable. A terme, cela veut dire devenir « la zone la plus influente du pays, en matière de coopération internationale de l'économie bas carbone », précisent ses promoteurs. Et pour y parvenir, TEDA s'est transformée en « laboratoire de l'économie circulaire ».

Efficacité énergétique et retraitement des déchets

Aujourd'hui, à TEDA, l'éventail de l'activité industrielle est vaste (communication, automobile, pharmaceutique, alimentaire, aérospatial ou encore pétrochimique). Les entreprises y sont encouragées à rechercher, comme toute entité à but lucratif, une minimisation des pertes nettes, mais qui, selon le principe de l'économie circulaire, doit s'organiser le plus possible sur un territoire donné, en l'occurrence TEDA.

« Pour favoriser cette synergie industrielle, nous avons établi un projet, de 1,8 million d'euros en co-financement avec l'Union Européenne, de mise en réseau de 800 PME locales », témoigne Song Yuyan. Concrètement, chacune de ces PME interagit avec un Comité de Promotion de l'Economie Circulaire. Un autre organisme, toujours sous l'égide de TEDA, récolte les données relatives aux déchets et facilite la mise en réseau entre les entreprises émettrice et réceptrice. C'est ainsi que les entreprises agroalimentaires sont incitées à revendre leur surplus à d'autres, par exemple spécialisées, elles, dans la nourriture animalière.

En 4 ans, 18 000 tonnes d'eau ont pu ainsi être économisées. Ont pu être aussi évités l'émission de 100 000 tonnes de carbone ou encore l'ensevelissement de 165 000 tonnes de déchets. Par ailleurs, un vaste programme de développement du recyclage au sein des grandes entreprises locales est par ailleurs mis en place depuis 2010. Celles générant plus de l'équivalent de 11 millions d'euros sont redevables d'une taxe proportionnelle au volume de leurs déchets.

Un fort soutien de l'Etat

Parallèlement, des aides sont mises en place pour inciter les entreprises à être plus vertueuses. « Teda consacre 2% de son PIB à l'environnement », précise la directrice Mme Song. « Ainsi, chaque année depuis 2007, nous allouons par exemple un total de 100 millions de yuans [12 millions d'euros] aux entreprises locales pour l'amélioration de leur efficacité énergétique et du retraitement de leurs déchets. En outre, nous révisons régulièrement l'orientation de nos aides en fonction de l'évolution des technologies. »

Des aides qui ne laissent évidemment pas insensibles les entreprises : « Nous avons choisi de nous implanter en 2007 à TEDA justement du fait de ces aides. Au total, nous avons bénéficié d'un million de yuans de soutien à la production », confirme Jiang Zhiping, PDG de l'entreprise Taiding spécialisé dans le recyclage industriel et qui, à des fins de réutilisation, traite 30 000 tonnes par an de composants électroniques.

Des résultats mitigés

Mais, sur la zone de TEDA, les résultats des transferts de matières, bilans carbone par exemple, restent encore à établir. « 5 000 tonnes de poudre de charbon et 40 000 tonnes de cendres ont été notamment retraités en 2010, afin d'être réutilisées par d'autres industries », constate Vincent Aurez, chargé de mission en Chine auprès de l'Institut de l'économie circulaire. « Que seraient devenus ce charbon et ces cendres, tous très polluant ? Grâce aux symbioses industrielles, la réinsertion dans les circuits économiques de flux de matière et d'énergie est réelle en Chine, se réjouit-il. Même si cela reste en-deçà de son potentiel et que les outils d'évaluation adaptés manquent encore ».

Car, quoique sincères, ces efforts se heurtent à des limites structurelles liées à la composition du mix énergétique chinois. Ainsi ce qui accueille le visiteur en route vers Teda, hormis les taudis qui çà et là ont poussé entre les résidences haut de gamme, ce sont deux imposantes centrales électriques, au pied desquelles gît justement leur funeste générateur : du charbon, en masse, pour toute cette ville « propre ». En Chine, ce combustible, très polluant mais peu cher, produit encore 70% de l'électricité. Le paradoxe de tout un pays en instantané : verte en salon, la croissance de Tianjin se révèle grise en cuisine.

Edgar Dasor, à Pékin
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