Publié le 17 novembre 2011

ENVIRONNEMENT

PPR s'engage à un compte de résultat environnemental d'ici 2015

Après avoir lancé sa nouvelle stratégie développement durable « PPR Home » en mai 2011, le groupe prend une longueur d'avance en annonçant la publication d'un compte de résultat environnemental en 2015 pour l'ensemble de ses 16 marques. Elle s'appuiera notamment sur Puma, la première d'entre elles à s'être pliée à l'exercice.

135936_GF.jpg

© PPR

Les moyens déployés par PPR

Pour mener à bien ce reporting mais aussi en tirer les bénéfices concrets pour le groupe, PPR a recruté des compétences supplémentaires. Un spécialiste de la gestion de l'énergie a ainsi intégré l'équipe pour étudier les opportunités de réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'un expert de la conservation de la biodiversité et des services écosystémiques, pour élaborer une charte d'achats responsables et des normes internes pour les approvisionnements en coton et caoutchouc durables. De son côté, un ingénieur chimiste est chargé d'identifier les produits nocifs qui doivent être éliminés et les matériaux durables à promouvoir. L'équipe des auditeurs a également été renforcée chez Puma.safe. Chez les fournisseurs, le programme de formation continue qui doit les aider à réduire leurs émissions et à minimiser les risques liés aux déchets et à la pollution va aussi être accéléré.

145 millions d'euros. C'est le montant du premier compte de résultat environnemental publié le 16 novembre 2011 par la principale marque de sport & lifestyle de PPR, Puma. Une initiative pionnière à la fois dans le secteur et en France. Car l'entreprise a réalisé un bilan relativement élargi de l'impact environnemental des ses activités propres et de celles de ses fournisseurs, en prenant en compte non seulement les émissions de gaz à effet de serre (32% du résultat pour Puma) mais aussi la consommation d'eau (33%), l'utilisation du sol (26%), la pollution de l'air (7%) ou les déchets (2%).

Pour calculer ces impacts et les retraduire en valeur monétaire, Puma s'est associé au cabinet d'audit PriceWaterhouseCoopers et au bureau d'études Trucost, tout en s'appuyant sur les nombreuses études scientifiques réalisées sur le sujet comme celle de Pavan Sukhdev « The economics of ecosystems biodiversity » pour attribuer une valeur financière aux écosystèmes. Pour l'eau « le prix prend par exemple en compte la rareté de l'eau. En Chine elle est 60% plus cher que le prix nominal auquel elle est vendue actuellement tandis qu'en Grande Bretagne, où elle est moins rare, le prix est quasi identique. La valeur de l'eau est neuf fois plus importante en Chine qu'au Vietnam », précise Jochen Zeitz, directeur du développement durable de PPR et président du directoire de Puma. Pour l'instant, les comptes ne sont pas certifiés par un auditeur indépendant car « avant d'être un outil de transparence, c'est un outil de management », ajoute-t-il. Pour autant, il n'est pas exclu qu'à terme, cela soit le cas.

Puma aux avant-postes

Résultat : pour l'année 2010, plus de la moitié de l'ensemble des impacts environnementaux de Puma (57%, soit 83 millions d'euros) tiennent à la production des matières premières, notamment les bovins pour le cuir, le coton et le caoutchouc. Et seulement 6% (8 millions d'euros) proviennent des activités opérationnelles de Puma telles que la logistique, les magasins, les entrepôts et les bureaux, en grande majorité du fait de leurs émissions de gaz à effet de serre (90%).

« Faire ce bilan nous permet de nous rendre compte de l'immense valeur monétaire des services rendus par l'écosystème à l'entreprise. Cela nous permet également de voir quelles sont les pistes prioritaires d'amélioration de nos impacts environnementaux mais aussi les opportunités de business qu'il existe dans ce domaine. Car nous ne pouvons pas gérer ce que nous ne connaissons pas. Nous ne voulons pas seulement être moins mauvais mais être meilleurs. Et avoir le leadership sur cette question », souligne Jochen Zeitz.

Un enjeu business incontournable

Réduire la part du cuir dans les matières premières comme pour la « Puma re-Suede » composée à 100% de fibres polyester recyclées ou trouver des moyens de production plus durables, revoir l'implantation ou l'aménagement des usines en fonction de leur utilisation d'eau ou de leurs rejets de gaz à effet de serre ou la localisation des zones d'élevage...telles sont les pistes qui pourront être examinées dans les 5 ou 10 ans à venir pour permettre à la marque de réduire son empreinte environnementale. Pour ce qui est de la compensation des émissions de GES, PPR le fait déjà. « Mais une tonne émise coûte plus cher qu'une tonne évitée », souligne le directeur développement durable, bilan à l'appui.

L'enjeu est particulièrement important à la fois en termes de business mais aussi d'acceptabilité sociale (ou « licence to operate »). Car malgré ces avancées, le groupe fait encore partie des cibles des attaques de Greenpeace (voir articles liés) et risque donc sa réputation. Ainsi, en 2009, Gucci, une marque de PPR, était citée dans un rapport de l'ONG dénonçant l'impact environnemental des élevages amazoniens fournisseurs entre autres des marques de textile. Puis, cet été, les rapports « dirty laundry » suivis de la campagne grand public « Detox » ont mis en cause les rejets de produits chimiques dans les eaux des fleuves situés à proximité des usines de fabrication des grands donneurs d'ordre, tels Puma.

La démarche du compte de résultat environnemental de Puma est donc aussi une réponse à cette demande de transparence, de plus en plus portée par les consommateurs eux-mêmes. D'ailleurs, si la marque de sport & lifestyle est la première de PPR à se livrer à l'exercice, l'idée est bien de développer l'initiative au sein du groupe à l'horizon 2015. Que ce soit sur l'aspect environnemental de ses impacts mais aussi, dans une prochaine étape, en matière sociale et sociétale (santé, condition de travail, bien-être, cohésion sociale, etc) avant de compléter l'équation par les bénéfices sociaux et économiques induits (salaires, emplois induits, gains de productivité et d'efficacité). « Le développement durable ne sert pas seulement à minimiser les risques et à réduire les coûts : c'est un impératif pour que nos marques restent désirables et compétitives dans le futur, affirme ainsi le PDG de PPR, François-Henri Pinault. Le compte de résultat environnemental groupe reflète notre implication collective à renforcer l'activité de PPR pour le long terme ». L'initiative de Puma devrait aussi faire des émules en dehors du groupe. Lors de la présentation de la première partie des résultats en mai dernier, la marque avait en effet été contactée par de nombreuses entreprises de tous secteurs, ainsi que par le gouvernement britannique et allemand qui réfléchissent à la question.

Béatrice Héraud
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Economie circulaire

L’économie circulaire consiste à produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie. Elle se base sur l’écoconception des produits, leur réparation et leur recyclage.

Pandora or argent recycle

[Bonne nouvelle] Pandora va concevoir tous ses bijoux à partir d’or et d’argent recyclés d’ici 2025

Le géant Pandora a annoncé vouloir fabriquer la totalité de ses bijoux à partir de métaux recyclés d'ici 2025. Si l'offre d'or et d'argent recyclés reste aujourd'hui restreinte, le plus grand bijoutier au monde espère faire bouger les lignes et convaincre les clients que le recyclage ne dégrade pas...

Odd elyx

Les Objectifs développement durable s’affichent dans le métro

C’est une première. Les Objectifs de développement durable font l’objet d’une campagne publicitaire nationale grâce à la Régie Media Transports. Celle-ci a mis ses écrans à disposition de la Fondation Elyx, dont le petit personnage dessiné est l'ambassadeur digital des Nations Unies. Un coup de...

ARPP recommandation pub capture ecran

De nouvelles recommandations pour que la publicité ne favorise plus la surconsommation

Fini les produits vantés comme "respectueux" ou "protégeant" la planète ? L’ARPP, l’autorité de régulation de la publicité, vient d’actualiser ses dernières recommandations développement durable qui font autorité auprès des annonceurs. Mais si l’ARPP s’est bien saisie de la question de la...

Zero dechet grande distribution

[Bonne nouvelle] Dans cet Hyper U, 95 % des déchets sont valorisés

Dans le quatrième plus grand Hyper U de France, on lutte drastiquement contre les déchets alimentaires. Le magasin valorise désormais 95 % de ses invendus. Dons aux associations, paniers Too Good To Go, méthanisation des biodéchets non comestibles... La clé est de multiplier les solutions.