Publié le 01 février 2010

ENVIRONNEMENT

Les éco-activités résistent-elles à la crise ?

Au quatrième rang mondial derrière les États-Unis, l'Allemagne et le Japon, les éco-activités françaises semblent avoir bien résisté à la crise. Les évolutions de ce marché ont fait l'objet de plusieurs publications assez optimistes ces derniers mois, mais les chiffres avancés diffèrent et rendent l'interprétation globale délicate.

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Qu'est-ce qu'une éco-activité ?

La Commission européenne à définit, dès 1994, les éco-activités comme « l'ensemble des entreprises produisant des biens et services capables de mesurer, d'empêcher, de limiter ou de corriger les dégâts occasionnés à l'environnement, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol ainsi que les problèmes liés aux déchets, au bruit, et aux éco-systèmes. Ceci inclut les technologies, les produits et services qui réduisent le risque environnemental et minimisent l'utilisation des ressources. »

L'emploi vert est-il épargné par la crise ? Difficile de répondre, car les périmètres d'étude de l'Ademe et du SOeS (Service de l'Observation et des Statistique) diffèrent au point d'obtenir des résultats incomparables. L'étude de l'Ademe porte sur les marchés des activités liées aux énergies renouvelables (EnR) et à l'efficacité énergétique. Elle inclue notamment les activités de distributions des EnR, et les activités liées aux véhicules particuliers à faible émissions de CO2, que le SOeS a pris le parti d'exclure.

Quoi qu'il en soit, les deux organismes s'accordent sur une conclusion commune : les emplois mobilisés par les éco-activités ont bien résisté à la crise économique. Pour le SOeS, ils se chiffrent à 405 000 en équivalent temps plein en 2008, en hausse de 3% par rapport à 2007. Une croissance notable au regard de celle de l'emploi dans sa globalité, qui atteint difficilement les 0,6% sur cette même période. Et d'après l'Ademe, les nombre d'emplois directs dans les activités concernées dépasse les 258 000, « soit un niveau comparable à celui de l'industrie des matières plastiques et du caoutchouc. » Par ailleurs, l'agence a également évalué le nombre d'emplois indirects à 225 700, ce qui porte l'ensemble à près de 484 000 emplois dans les activités liées aux EnR et à l'efficacité énergétique. Pour Virginie Schwartz, directrice exécutive des programmes de l'Ademe, « c'est une très bonne nouvelle : la croissance des marchés est en phase avec ce que l'on espérait, et répond aux objectifs fixés par le Grenelle. »

Néanmoins, l'évaluation des créations d'emploi directes reste un exercice difficile. D'autant que, comme de nombreux professionnels le soulignent, la transition vers une croissance « verte » suppose avant tout une transformation de leurs métiers. Une mutation en grande partie orchestrée par le Plan de mobilisation pour les métiers de la croissance verte, lancé en septembre 2009 et mené par la Secrétaire d'état à l'écologie Valérie Létard. Venue présenter le travail de ses collaborateurs lors de la Conférence nationale sur les métiers de la croissance verte, le 28 janvier dernier, Valérie Létard a rappelé l'impact que devrait avoir cette «mutation de notre modèle économique et social » sur l'emploi : « la croissance verte va impacter près de 12 millions d'actifs, et on peut s'attendre à la création de plus de 600 000 emplois d'ici 2020. »

Les énergies renouvelables raflent la mise

Côté marché, le SOeS évalue la production des éco-activités à 62,5 milliards d'euros en 2008. Si les exportations (7 milliards d'euros) restent relativement stables, les importations (5 milliards) connaissent en revanche une croissance beaucoup plus rapide. En cause, les importations massives de cellules photovoltaïques pour assurer la production de la filière solaire nationale.

Cette hausse des éco-activités est en grande partie due à l'essor tendanciel des énergies renouvelables. Le SOeS estime que l'emploi mobilisé par les seules EnR a ainsi progressé de 29% par rapport en 2007, atteignant 50 500 équivalents temps plein. Et au vu des installations croissantes d'équipements, cette tendance devrait se poursuivre. Sur les trois premiers trimestres 2009, les puissances raccordées dans l'éolien et le photovoltaïque ont en effet augmenté respectivement de 12% et 248%. En considérant les emplois dans la distribution énergétique, l'Ademe atteint quant à elle les 72600 équivalents temps plein.

Présent au colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables, Davis Corchia, directeur général d'EDF Énergies Nouvelles témoigne de cette croissance exponentielle. « Quand nous avons commencé en 2000, nous étions une cinquantaine. Depuis 2007, nous avons connu une croissance annuelle de 30% à 40%, au point de compter aujourd'hui plus de 2500 collaborateurs. Finalement, la crise de 2008 a joué un véritable rôle d'accélérateur pour les énergies renouvelables.» Un constat que rejoint Nicolas Wolff, président de France Énergie Éolienne, « la filière éolienne française est reconnue comme internationalement comme étant des plus solide. Pour preuve, 2000 emplois ont été crées en 2009. »

Et l'avenir de l'éolien français est prometteur : l'Ademe prévoit qu'en 2012, le secteur (industrie et achats confondus) emploiera 18 100 personnes, et jusqu'à 60 000 en 2020. De nouvelles perspectives de marché qui n'ont pas échappées à EDF Énergies Nouvelles, dont l'éolien constitue aujourd'hui la principale source d'investissement.


Toutefois, ces études ne prennent pas en compte l'ensemble des métiers du développement durable, plus vaste que celui des « emplois verts » et non comptabilisés. Hélène Valade, présidente du Collège des Directeurs du Développement Durable Engagés (C3D) appelle les pouvoirs publics à élargir leur champ d'étude aux acteurs de l'économie solidaire et de la responsabilité sociale des entreprises. « Certains secteurs, dont l'activité n'est pas liée à l'environnement, mais qui agissent pour autant en faveur d'un développement durable, risquent de se sentir exclus à cause de cette terminologie ''d'emplois verts''. Il serait plus pertinent de parler ''des métiers du développement durable''», commente-telle. Les « métiers de la RSE peuvent également contribuer à créer des emplois », rappelle le C3D.

Anne Farthouat
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