Publié le 11 avril 2011

ENVIRONNEMENT

Lancement de la sustainable apparel coalition aux Etats-Unis

Adidas, Gap, WalMart, Timberland, Patagonia, Levi Strauss... Une trentaine de grandes marques de l'habillement et de la chaussure s'unissent sous la bannière de la « sustainable apparel coalition » pour créer une banque de données capable d'évaluer l'impact écologique de toute la filière.

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L'exemple de Levi Strauss

Levi Strauss apporte à la coalition de nouvelles méthodes de lavage, plus économes en eau. Les experts de la marque ont remarqué que la finition d'un jean se fait avec 3 à 10 lavages en machine, soit en moyenne 42 litres d'eau. Ils ont donc décidé de les réduire en incorporant un traitement à l'ozone dans le cycle, et arrêté l'usage de pierres gonflées d'eau. Résultat : une baisse de 28% en moyenne de la consommation d'eau. Cette nouvelle méthode de travail a été utilisée pour la collection de jeans « waterless » 501, 511 et 514 qui arrive sur le marché depuis le début de l'année. L'objectif initial est de produire 1,5 millions de jeans avec moins d'eau, ce qui permettra d'économiser 16 millions de litres cette année. Par ailleurs, 45% de l'eau consommée pendant la vie d'un modèle est due aux lavages répétés par les clients. D'où cette étiquette « care tag for our planet » leur proposant de nettoyer moins souvent leurs vêtements et à l'eau froide. Pour la fin de vie du denim, la marque leur propose le recyclage : 200 000 paires de jeans ont ainsi servi a l'isolation de l'immeuble de la California Academy of Sciences a San Francisco, non loin du siège social de Levi Strauss.

La « sustainable apparel coalition » vient d'être lancée aux Etats-Unis. But de la démarche : créer une banque de données, capable d'évaluer l'impact écologique de toute la chaine de fabrication et de distribution en espérant pouvoir ainsi aider les participants à réduire leur empreinte carbone.

Parmi les 33 membres du « cercle » des fondateurs figurent Nike, numéro un mondial de la chaussure de sport, Hanes, l'un des leaders du sous vêtement, ou encore VF Corp, la maison mère de North Face, Wrangler, Lee, Eastpack et Vans. Les chaines de magasins ont suivi le mouvement : WalMart, J C Penney, Gap, H&Msont présents. Le roi du sourcing en Asie, Li et Fung, aussi. Et quelques organisations, Duke University, Verite, le spécialiste des conditions de travail, l'agence gouvernementale EPA (Environmental Protection Agency)... Pour Rick Ridgeway, responsable des programmes écologiques de la marque Patagonia et président de la coalition, il existe « un besoin croissant de mesurer et gérer l'impact écologique et social des productions ». Les gouvernements ont établi de nombreux standards à respecter pour les émissions de voitures par exemple, mais rien n'a été mis en place pour les vêtements et les chaussures.

Le « groupe des 33 », qui espèrent être 40 d'ici le mois de juin, va s'appuyer sur l'outil écologique développé initialement par Nike et l'indice de l'outdoor Industry Association pour développer un outil de mesure des émissions de C02. « Nous ne pouvons pas tout résoudre par nous-mêmes, il faut travailler avec les autres", explique Tim Southam, le porte-parole de Mountain Equipment Coop, une coopérative de 14 magasins d'outdoor au Canada, membre tout à la fois de l'Outdoor industry association et de la coalition.

Réduire l'empreinte carbone

La banque de données sera mise à disposition des designers, des équipes de développement, des fournisseurs de matières premières, des fabricants, des acheteurs des magasins. Et ses objectifs sont ambitieux. L'outil sur lequel vont travailler les participants doit permettre d'évaluer l'impact de l'énergie utilisée, les quantités d'eau consommées, l'usage de cette eau, les substances toxiques qui font partie du processus de production, les déchets, l'usage du sol, les émissions dans l'air. La coalition veut disposer de mesures chiffrées d'énergie consommée, d'émissions de gaz à effet de serre, d'usage de l'eau et déchets. Plus tard, s'y ajouteront des chiffres sur la toxicité et l'empreinte carbone d'une production pour pouvoir comparer les performances des uns et des autres.

L'ensemble des acteurs de la filière est concerné : cultivateurs, fabricants de tissus synthétiques, spécialistes de l'emballage, transporteurs...toute la chaîne sera évaluée. « Nous voulons réduire notre impact sur l'environnement en améliorant notre design, la production et la façon de vendre », résume Leticia Webster, la directrice du développement durable chez VF Corp. Et de poursuivre : « A court terme, cette banque de données profitera à l'ensemble de l'industrie, à long terme, c'est pour nous un outil efficace pour mieux produire. » La directrice de VF Corp justifie l'engagement écologique d'un point de vue économique. « Nous croyons que les déchets sont des pertes financières. Cette nouvelle banque de données nous apporte donc une intelligence des affaires qui nous aidera à optimiser nos ressources, éliminer les gaspillages et perfectionner le design. »


Les objectifs verts affichés par la sustainable apparel coalition sont nombreux. Les membres fondateurs veulent utiliser moins d'eau, moins d'énergie et réduire les déchets produits. Ils remettent en cause les pratiques habituelles de lavage des tissus et prônent le recyclage de l'eau dans diverses cultures. Chauffage et climatisation sont sur la sellette, tout comme la consommation à haute dose de substances chimiques. Enfin, la coalition défend des conditions de travail justes, la sécurité sur son poste de travail et pas de contact avec des substances chimiques dangereuses. « Au bout du compte, dit Letitia Webster, nous voulons offrir à nos clients un produit de meilleure qualité avec une empreinte carbone moindre ». Ces consommateurs pourront à terme vérifier eux mêmes la qualité de l'article acheté en consultant l'étiquette durable, en magasin. Mais la production de cette étiquette n'est pas pour demain. C'est un objectif plus lointain.

Caroline Crosdale à New York
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