Publié le 26 mai 2021

ENVIRONNEMENT

La France veut donner de la visibilité à son indice réparabilité pour lutter contre l'obsolescence programmée

Cinq mois après avoir rendu obligatoire l'indice de réparabilité sur les téléphones, les ordinateurs ou les lave-linge, le gouvernement entend faire mieux connaître ce nouvel affichage en lançant une grande campagne de sensibilisation. L'enjeu est de guider les consommateurs tout en poussant les fabricants à revoir la conception de leurs produits. 

Reparation Bruno Germany de Pixabay
En 2020 en France seulement 40% des appareils électriques et électroniques en panne sont réparés.
Bruno /Germany de Pixabay

C’est un petit nouveau dans l’affichage environnemental. Depuis le 1er janvier, sur les lave-linge, smartphones ou encore ordinateurs, les fabricants doivent obligatoirement apposer un indice de réparabilité. Il est calculé de 1 à 10 en fonction de la disponibilité des pièces détachées ou du coût de la réparation. Pour donner de la visibilité à ce nouvel indice, dont le but est de lutter contre l’obsolescence programmée, le gouvernement, en partenariat avec l’Agence de la Transition écologique (Ademe), vient de lancer une vaste campagne de sensibilisation. L’objectif est que chacun puisse "s’approprier cet indice", assure Barbara Pompili.

Les notes peuvent être retrouvées sur le site gouvernemental longuevieauxobjets.gouv.fr. Pour l’instant, cinq familles d’objets sont concernées : les lave-linge, les smartphones, les télévisions, les ordinateurs et les tondeuses à gazon électriques. Dans la catégorie des smartphones par exemple, l’appareil le moins bien noté avec 4,5/10 est l’Iphone 11 d'Apple. Ceux qui s’en sortent le mieux sont les smartphones Athesi qui obtiennent une note de 9,6/10. Côté ordinateur, le Surface Book 2 de Microsoft obtient seulement 3,5/10. En cause une indisponibilité des pièces détachées. Celui qui remporte la palme de l’ordinateur le plus réparable est l’Asus Strix G17 avec une note de 7,3/10. 

Une demande de transparence

"L’indice de réparabilité va permettre de sensibiliser les consommateurs et de les guider. Le prix ne sera plus le seul critère d’achat", espère Lætitia Vasseur, co-fondatrice de l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP). Alors que la réparation est de plus en plus sollicitée par les Français en raison de ses avantages économique et écologique, il devient un véritable enjeu pour les fabricants. "Certains constructeurs commencent à se dire qu’il faut qu’ils conçoivent leur machine autrement maintenant qu’il y a l’indice de réparabilité", affirme Barbara Pompili.

Les derniers chiffres de l’Ademe montrent une hausse de l’affichage de l’indice en magasin et sur Internet. Mais il faudra attendre le 1er janvier 2022 pour que 100 % des fabricants jouent le jeu, date à laquelle le gouvernement a fixé la mise en place de sanctions financières après une année pilote. Toutefois, plusieurs associations, dont HOP, réclament un suivi et un contrôle issu de la société civile. Car les notes sont renseignées par les industriels, selon le cahier des charges fourni. Une auto-évaluation qui déplaît. "HOP est persuadée de la pertinence d’un tel outil pour aider les consommateurs à aiguiller leurs choix et à terme tirer le marché vers de meilleurs standards. Néanmoins l’enjeu du contrôle est capital afin de permettre la pleine confiance des consommateurs dans l’indice", écrit l’association. 

Une première étape vers l'indice de durabilité

D’autant que les fabricants ne sont pas prêts à lever entièrement le voile. Apple par exemple refuse de diffuser les schémas électroniques de ses produits. Le 11 mai dernier, l’un de ses plus gros fournisseurs, Quanta, a été victime d’une cyberattaque. Des documents confidentiels dévoilant le fonctionnement d’éléments comme la carte-mère ont été publiés. Des informations précieuses dont se sont emparés les réparateurs indépendants. "Plutôt que d’attendre des hackers une aide à la réparation, ne serait-il pas plus sain d’obliger les metteurs sur le marché à diffuser les schémas électroniques des produits deux ans après leur première commercialisation sur le sol européen", demande Joel Courel, délégué de la Fédération nationale des professionnels de l’électricité et de l’électronique (Fedelec) à la promotion de la réparation. 

L'indice de réparabilité devrait monter en puissance dans les années à venir pour se transformer, dès 2024 en indice de durabilité, prenant ainsi en compte la robustesse et la fiabilité des produits. La réparation est ainsi une première étape pour lutter, de manière plus globale, contre l'obsolescence programmée. La méthodologie est encore à définir et devrait faire l'objet de bataille entre fabricants et associations écologistes. Le résultat sera scruté à la loupe par nos voisins européens, la France étant pionnière en la matière. 

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Economie circulaire

L’économie circulaire consiste à produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie. Elle se base sur l’écoconception des produits, leur réparation et leur recyclage.

Fairtec

Fairphone, Commown, Telecoop... le monde de la téléphonie responsable crée un collectif

FairTec. Voici le nom du collectif formé par des entreprises européennes du numérique et de la téléphonie responsable. Du fabricant de smartphone éthique Fairphone en passant par le service de location Commown jusqu'au système d’exploitation /e/OS, cette nouvelle coalition propose une offre...

Reparation Bruno Germany de Pixabay

La France veut donner de la visibilité à son indice réparabilité pour lutter contre l'obsolescence programmée

Cinq mois après avoir rendu obligatoire l'indice de réparabilité sur les téléphones, les ordinateurs ou les lave-linge, le gouvernement entend faire mieux connaître ce nouvel affichage en lançant une grande campagne de sensibilisation. L'enjeu est de guider les consommateurs tout en poussant les...

Pollution plastique flockine de Pixabay

Loi anti-gaspillage : La France vise une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique d’ici 2025

La France, qui revendique être le premier pays à s'engager à sortir du plastique à usage unique, a fixé la date butoir de 2040 pour dire au revoir aux tubes de dentifrices, bidons de lessive, paquets de biscuits... Pour y parvenir, le gouvernement pose des jalons avec un objectif de réduction de 20...

Arusha Panafrica HD consigne

Jeans, collants et baskets consignés… Une nouvelle tendance contre la mode jetable

1083, Atelier Unes, Panafrica... Les marques de mode éthique sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers la consigne. Les consommateurs peuvent désormais renvoyer leurs jeans, collants ou baskets usagés qui seront transformés en de nouvelles créations. Une manière pour les marques d'assumer la...