Publié le 09 janvier 2008

ENVIRONNEMENT

L'industrie nautique se veut exemplaire

Le secteur de la plaisance et des loisirs nautiques commence à être proactif sur les mesures environnementales. Volontaire pour protéger le milieu marin dont elle dépend, l'industrie nautique réagit aussi face à l'imposition de normes qu'elles juge strictes par rapport à son impact réel sur le milieu.

113269_GF.jpg

Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo est venu saluer le dynamisme du nautisme français et encourager ses dispositions au développement durable lors du Salon nautique, le mois dernier à Paris. Pour la première fois, celui-ci mettait en valeur les initiatives innovantes du secteur. Notamment l'Open Bic, un petit dériveur éco-conçu, a fait l'événement et reçu le prix Bateau Bleu, récompensant un procédé de fabrication peu consommateur d'énergie et non émetteur de gaz, des matériaux potentiellement recyclables (polyéthylène et bois) et des chutes systématiquement recyclées. Le petit voilier sportif étant destiné aux enfants et adolescents, offre de plus «un bon vecteur de communication, les petits marins étant très sensibles à l'écologie » fait remarquer le directeur communication de Bic Sport, Benoît Treguilly.

Relais de conscience

La Fédération des industries nautiques (FIN) a créé le prix Bateau Bleu il y a deux ans, récompensant tour à tour un système embarqué de traitement des eaux noires et un système mixte d'éclairage intérieur économe. La Fédération se veut motrice et relais de la conscience environnementale auprès de ses adhérents et des plaisanciers. Il faut dire que le secteur a une image de défenseur de l'environnement à conquérir. La pollution visible du littoral est souvent imputée abusivement aux plaisanciers de plus en plus nombreux, dans les ports et les baies, l'été. Selon un rapport du Conseil supérieur de la navigation de plaisance et des sports nautiques, remis fin 2007 au MEDAD, le nombre de navires actifs a cru de 17,5 % en quinze ans et la majorité d'entre eux sont à moteurs. Les pratiquants réguliers sont passés de 2 à 2,4 millions.

Moins de 1% de la pollution marine

Mais les études montrent que 80% de la pollution marine sont causés par des activités terrestres humaines. La totalité des activités nautiques généreraient moins de 1% de la pollution totale, même s'il y a peu de moyen de mesurer son impact effectif. « L'activité est dépendante d'un environnement préservé » rappelle Rachel Moreau, consultante auprès de la FIN. Les marges de progrès tiennent essentiellement au comportement des plaisanciers, notamment sur l'emploi de détergents 100% biodégradables et sur l'équipement de bacs de rétention des eaux noires (obligatoire sur bateaux neufs à partir ce de ce mois-ci) ou de système embarqué les traitant. Plus de cent séries de bateaux sont équipés et labellisés Bateau Bleu. Le label écologique devrait s'affirmer à l'avenir par l'exigence de quatre critères supplémentaires.

Emissions en baisse

Cependant des coureurs, soucieux de l'image et de l'impact de la voile, veulent aller plus loin. Ainsi Francis Joyon est parti pour un tour du monde sans moteur, embarquant pile à combustible, éolienne et panneau solaire. Au-delà de l'usage, le Conseil Supérieur de la navigation devrait remettre la suite de son rapport portant cette fois sur l'impact de la fabrication des bateaux, cette année.
Ces dernières années les constructeurs se sont vus imposer des normes de plus en plus strictes, sur les émissions des moteurs marins, sur leur niveau sonore ou encore sur l'émanation de COV (Composés organiques volatils) sur les chantiers, entraînant de gros investissements et une marche forcée vers plus d'écologie. Ainsi, Jeanneau, gros constructeur français, depuis deux ans, ne passe plus la résine à la main mais l'applique par injection, supprimant au passage les émanations, pour une meilleure finition. Le constructeur a cessé également d'équiper ses pontons en teck, suite à l'embargo imposé à la Birmanie fin 2007. Le constructeur avait anticipé et le remplace par un bois « reconstruit », mélangé à de la résine, selon un procédé italien. « Ce bois présente la même apparence, les mêmes qualités imputrescibles et le même veinage » précise Roland Fardeau, directeur communication. Les forêts tropicales ne pourront que mieux s'en porter...

Logiciel d'éco-conception

Reste que les bateaux entièrement éco-conçus ne sont pas pour demain. La plupart sont en fibre de verre, un matériau non recyclable, déchet ultime qui finit sous les routes, et très consommateur d'énergie à la fabrication, sans parler de ses aspects irritants, exigeant une protection maximale sur les chantiers. Catherine Chabaud, navigatrice et reporter, a dû mettre son projet de bateau exemplaire en attente, devant la complexité des problèmes à résoudre. Dans son exploration de procédés et matériaux les plus écologiques, la navigatrice s'est rapprochée de l'Université de Bretagne Sud (UBS) et de l'Ademe qui mettent au point un logiciel d'éco-conception de bateaux. La première version devrait sortir en juin. Pendant ce temps, de petits chantiers de Bretagne font des avancées encourageantes, avec des coques en fibre de lin comme Plasmor à Vannes ou encore Marie et Patrick Besnier et leur Gazelle des Sables : « la fibre de lin est 15% plus légère que celle de verre, non dangereuse à la pose et on peut la brûler en fin de vie. Le matériau de base lui-même est un déchet agricole », témoigne Patrick Besnier, qui a eu du mal à se faire couvrir par les assurances, pour cette « innovation », « connue depuis les années 50 » ironise-t-il. De leur côté, l'UBS et l'Ifremer sont à la recherche d'un matériau composite entièrement bio-sourcé et biocompostable. « La plaisance est un milieu riche en innovation, où l'environnement pousse à aller plus loin encore » déclare confiante Catherine Chabaud.

Hélène Huteau
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Economie circulaire

L’économie circulaire consiste à produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergie. Elle se base sur l’écoconception des produits, leur réparation et leur recyclage.

Zero dechet grande distribution

[Bonne nouvelle] Dans cet Hyper U, 95 % des déchets sont valorisés

Dans le quatrième plus grand Hyper U de France, on lutte drastiquement contre les déchets alimentaires. Le magasin valorise désormais 95 % de ses invendus. Dons aux associations, paniers Too Good To Go, méthanisation des biodéchets non comestibles... La clé est de multiplier les solutions.

Les Alchimistes compostage ville

[La vidéo des solutions] Avec les Alchimistes, le compostage en circuit court devient fertile

C'est un terreau fertile. La startup spécialisée dans le compostage micro-industriel en circuit-court les Alchimistes vient de lever 2,4 millions d'euros pour changer d'échelle. L'entreprise qui mise sur l'emploi local et la multiplication de petits sites de valorisation des biodéchets dans...

Interdiction de jeter les invendus vestimentaires loi economie circulaire

Loi économie circulaire : l'interdiction de détruire les invendus va booster le marché de l'anti-gaspillage vestimentaire

C'est désormais acté. Les marques auront interdiction de jeter ou brûler leurs invendus non alimentaires à partir de 2022. Le réveil est douloureux pour le secteur du textile qui s'est inégalement préparé à cette nouvelle mesure. Pour leur simplifier la tâche, des "facilitateurs" comme Comerso ou...

Bouteilles plastique pollution

Nestlé veut développer un grand marché du plastique recyclé alimentaire

1,8 milliard d'euros. Voici la somme que Nestlé va dédier au développement du marché de plastique recyclé alimentaire. Le géant s'engage à réduire d'un tiers son utilisation des plastiques vierges d'ici 2020 avec pour objectif, cinq ans plus tard, d'avoir 100 % de ses emballages recyclables ou...