Publié le 30 août 2007

ENVIRONNEMENT

Informatique : les centres de données font la chasse au réchauffement

Soucieux de réduire leur impact énergétique, Google, IBM, HP, rivalisent de projets visant à diminuer la consommation électrique de leurs centres serveurs. Des annonces à point nommé : un rapport de l'administration américaine souligne l'urgence, pour les acteurs des technologies de l'information, à multiplier les économies.

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On estime que pour un serveur informatique vendu environ 2 000 €, la facture énergétique atteint 350 € par an. Un coût d'exploitation qui souffle le chaud et le froid, puisque consacré pour moitié au seul fonctionnement de la climatisation et des ventilateurs employés pour lutter contre le réchauffement des microprocesseurs. Comment y remédier ? Première réponse chez HP, avec son programme « Dynamic Smart Cooling », une nouvelle offre de services combinant des capteurs de température intégrés aux serveurs du constructeur et un logiciel pour modéliser les conditions thermiques ambiantes. En pilotant en temps réel les paramètres de l'air conditionné, l'ensemble permettrait de réduire jusqu'à 45 % les coûts de refroidissement d'une salle serveur ou d'un centre de données. Une seconde piste d'économies consiste à se lancer dans une refonte de son infrastructure informatique. C'est la direction adoptée par IBM qui vient d'annoncer durant l'été un vaste plan de consolidation interne, ramenant le nombre de ses serveurs de 3900 à... 30 !

Entamée il y a 10 ans, la chasse aux gaspis de Big Blue s'est d'abord portée sur ses centres de données, passés de 155 à 7. Nouvelle étape aujourd'hui, avec les serveurs eux-mêmes, disséminés sur une surface de 750 000 m2. L'opération envisagée repose sur le remplacement des machines physiques par des serveurs-logiciels, virtuels, hébergés sur la trentaine de serveurs finaux. Au terme de sa solution virtuelle, IBM devrait afficher une baisse de 80 % de sa consommation électrique.

Les projections de l'EPA

Car les centres serveurs de données sont de vrais ogres, de véritables gouffres énergivores à l'appétit croissant. Tel est le terrible constat dressé par l'administration américaine au sein du rapport livré en août 2007 par l'Agence pour la Protection de l'Environnement sur la consommation électrique des « datacenters » installés sur le sol des Etats-Unis. Selon ses estimations, pour la seule année 2006, le fonctionnement de l'infrastructure web a représenté 61 milliards de kilowatts-heure, dont la moitié toujours allouée aux systèmes d'alimentation et de refroidissement. Soit un total d'environ 1,5 % de la consommation électrique nationale, l'équivalent de la production de 15 centrales à charbon. Le besoin a surtout doublé depuis 2000, avec l'expansion des usages de l'internet, essentiellement due à l'explosion du haut débit et des videos stockés ou diffusés en ligne. A ce train, sans amélioration de la performance énergétique, la consommation devrait encore grimper, réclamant par exemple 100 milliards de kW en 2011 et le renfort de 10 centrales thermiques supplémentaires.

A l'inverse, dans le meilleur scénario, la généralisation de « bonnes pratiques » déjà connues permettrait d'économiser entre 70 % et 80 % d'énergie. Cette approche volontariste, à base de consolidation virtuelle et d'installation de matériels « efficients », permettrait aux Google, YouTube, Yahoo, MSN, etc. de ramener en 2011 leur niveau de consommation électrique en deça des chiffres de 2006.

Economiseurs de climat ?

Google se veut d'ailleurs un acteur à la pointe de cette révolution économique. Notamment grâce à son schéma d'harmonisation électrique, à la libre disposition de tous depuis septembre 2006. Cette solution, conçue avec le fabricant de puces Intel, exploite une alimentation unique, basse tension (12 volts), d'un rendement supérieur à 90 %. La firme, déjà engagée dans le déploiement de panneaux solaires d'une capacité de 1,6 MW sur les toits de son campus, a aussi choisi de construire son futur complexe informatique, grand comme deux terrains de football, au bord d'une rivière. Pour refroidir ses serveurs à moindre frais et optimiser son raccordement à l'installation hydroélectrique toute proche.

Avec une quarantaine d'autres sociétés - des industriels comme IBM, HP, Dell, lenovo, Sun, Intel mais aussi Starbucks, eBay, et plusieurs universités américaines - Google a aussi rejoint le groupe Climate Savers Computing, lancée sous l'égide du WWF afin d'intégrer et promouvoir les exigences du label EnergyStar 4.0, entré en vigueur le 1er juillet 2007. En divisant la consommation électrique d'un ordinateur par 2, l'initiative permettrait en 2010 de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 54 millions de tonnes annuelles. Moins de 1 % des émissions des Etats-Unis.

Maxence Layet
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