Publié le 10 décembre 2015

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ENVIRONNEMENT

Grâce à ses enzymes, Carbios bouleverse le monde du plastique

Il faut entre 200 et 400 ans au plastique pour se dégrader naturellement. Carbios, une jeune entreprise innovante clermontoise de 17 salariés, créée en 2011, a quant à elle imaginé un plastique d’emballage capable de disparaître en quelques semaines. Comment ? Grâce au biomimétisme. Une enzyme, protéine servant de catalyseur, est introduite dans le processus de fabrication rendant celui-ci plus performant et moins coûteux. Carbios a également mis au point une technique permettant de recycler 100 % des produits à base de PET, un plastique très couramment utilisé. Rencontre avec Jean-Claude Lumaret, le directeur général de l’entreprise.

Bouteilles plastiques plages recyclage Carbios Istock
Chaque année, 100 millions de tonnes de plastique sont jetées.
iStock

Novethic. Vous venez de l’industrie chimique et vous avez passé trente ans chez Roquette, spécialisée dans l’amidon. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux enzymes ?

Jean-Claude Lumaret. Je m'y suis intéressé un peu par hasard. Mon directeur scientifique est un spécialiste des enzymes. Un jour je lui ai demandé pourquoi nous n’utiliserions pas les enzymes pour fabriquer des produits plastiques. Et, surprise, nous avons réussi à les utiliser malgré les hautes températures. A partir de là, nous avons réinventé l’usage des enzymes dans des domaines où elles n’avaient jamais été utilisées auparavant, notamment dans le domaine de la plasturgie. C’est là que réside notre rupture.


Novethic. Justement, comment utilisez-vous ces enzymes ?

Jean-Claude Lumaret. Nous les utilisons à deux fins : pour la création de nouveaux plastiques à usage unique et pour le recyclage des plastiques rigides.

Habituellement les plastiques à usage unique servent pour les emballages. Et les sacs plastiques finissent à la décharge, dans un incinérateur ou, pire encore, dans la nature. Nous avons imaginé un procédé qui ne produit aucun déchet grâce à une enzyme mélangée à la matière. Elle va permettre sa digestion de façon très rapide mais surtout de façon adaptée à l’usage qui est fait du plastique. Ces nouveaux plastiques sont entièrement biodégradables.

 

"Récupérer 100 % des constituants d'origine"

 

Novethic. Et pour ce qui est du recyclage des plastiques plus rigides ?

Jean-Claude Lumaret. Nous appliquons le même traitement pour ce qui concerne les bouteilles d’eau en plastique, les bouteilles d’huiles... Nous récupérons le contenu des poubelles de tri jaunes, essentiellement composées de produits à base de PET, nous le broyons et nous injectons des enzymes qui vont permettre de récupérer les constituants du plastique d’origine pour en fabriquer de nouveaux. C’est ce qu’on appelle l’économie circulaire. Et nos résultats sont assez spectaculaires, puisqu’en laboratoire, nous sommes parvenus à récupérer 100 % des constituants d’origine. C’est véritablement innovant puisque le tri mécanique classique ne parvient qu’à récupérer 25 % de la matière, avec des procédés complexes et très coûteux puisqu’il faut séparer les plastiques en fonction de leur couleur par exemple, de leur usage… Avec les enzymes, nous n’avons pas ce type de problèmes.

 

Novethic. C’est-à-dire ?

Jean-Claude Lumaret. Imaginez un collier de perles noires et blanches reliées par un fil. Ce collier représente la bouteille plastique que nous récupérons. Les enzymes injectées vont réussir à séparer les perles noires et blanches sans garder le fil. On revient aux fondements de la matière sans problème. 


Novethic. Est-ce que votre procédé est compétitif ?

Jean-Claude Lumaret. Il ne pouvait pas en être autrement. Le contenu des poubelles jaunes ne me coûte rien, les enzymes ne coûtent pas très cher… Je peux donc prétendre aujourd’hui être compétitif et cela même si les coûts du pétrole ou du maïs (qui sert à produire les sacs plastiques d’amidon, ndlr) augmentent.

 

60 chercheurs mobilisés depuis 3 ans

 

Novethic. Pour quand projetez-vous la commercialisation de votre technologie ?

Jean-Claude Lumaret. Notre technologie s’inscrit dans le projet collaboratif Thanaplast, étymologiquement, la mort du plastique, lancé en juillet 2012 avec un budget global de 22 millions d'euros sur cinq ans. Un projet en partie financé par Oséo/Bpifrance (groupe Caisse des Dépôts, dont Novethic est une filiale, NDLR). Depuis trois ans, 60 chercheurs du CNRS et de l’INRA travaillent avec nous, ce qui nous a permis de raccourcir les délais et d’aller très vite. Actuellement, nous avons bouclé la troisième étape et nous en sommes à une phase pré-pilote industrielle. Nous avons fourni la preuve du concept, et nous devons maintenant travailler sur la formulation pour adapter nos process aux besoins de nos clients. Notre ambition est de lancer les premiers démarrages industriels en 2017 ou 2018.

 

Novethic. Vous étiez présents à La Galerie des Solutions, un espace réservé aux professionnels au Bourget, où se tient la COP21. Comment vous situez-vous par rapport au changement climatique ?

Jean-Claude Lumaret. Je pense qu’il est important que nous ayons pu montrer notre solution pendant la COP21 car nous pouvons faire partie de la réponse. Chaque année, 100 millions de tonnes de plastique sont jetées. Nous pouvons donc contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre dues à l’incinération de ces déchets mais plus globalement, nous pouvons contribuer à la préservation de la planète et de l’environnement en limitant la part des plastiques qui se retrouvent dans les océans ou dans la nature.

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
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