Publié le 12 septembre 2012

ENVIRONNEMENT

« Faire de l'économie une économie positive, dont le but n'est pas seulement le profit »

Les 13 et 14 septembre, le groupe PlaNet Finance et la ville du Havre organisent le LH Forum, une conférence internationale destinée à lancer un « Mouvement pour une économie positive et responsable ». Y sont attendus des entreprises, des ONG, des coopératives, des associations, des experts, des syndicats du monde entier. Jacques Attali, le président de PlaNet Finance, nous dessine les grandes lignes de ce mouvement qui doit prendre corps plus concrètement pendant le forum.

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Jacques Attali

Novethic. Pourquoi lancer le mouvement de l'économie positive et responsable aujourd'hui ?

Jacques Attali. Nous avons vu avec l'expérience de PlaNet Finance (organisation de microfinance, ndlr)qu'il existe des moyens de faire de l'économie dont le but n'est pas seulement de faire du profit, dont la finalité ne soit pas que de donner des dividendes aux actionnaires ou des salaires mirobolants aux cadres, mais aussi de donner du sens à la société, d'aider à son développement. Et de prendre en compte l'ensemble des parties prenantes. Ce mouvement n'est pas contre le profit, c'est un mouvement qui demande plus que le profit et surtout un autre usage de celui-ci. Un profit qui soit fabriqué avec des actions socialement utiles et qui soit réparti autrement.

Nous constatons que beaucoup de mutuelles, de coopératives, d'ONG et même d'entreprises font cela. Nous voudrions donc lancer un mouvement qui réunisse tous ces acteurs là et qui montre qu'à l'échelle mondiale, nous pouvons faire autrement.

Parler d'économie positive veut-il dire que l'économie actuelle est ou est perçue comme négative ?

Cela ne veut pas dire que l'économie actuelle est négative. Cela veut dire qu'il faut faire plus.

Comment s'articule ce mouvement avec l'économie sociale et solidaire ou le social business par exemple ?

L'économie sociale et solidaire, par exemple, est une partie de cette économie positive. Mais il faut bien voir qu'une (toute petite) partie de l'économie sociale et solidaire utilise ce nom sans le mériter. A contrario, il y a aussi de nombreuses entreprises de statut commercial ou d'ONG qui font une activité positive au sens où je viens de le définir.

Qui peut porter cette économie ?

Beaucoup de gens ! Les entreprises, les grandes comme les petites, les mutuelles, les coopératives, les syndicats, les ONG...

Cette économie positive peut-elle se financer avec les outils traditionnels ou doit-elle aller puiser des moyens de financements alternatifs, dans l'ISR ou la microfinance par exemple ?

Cela va être l'objet du LH forum : il est difficile de vous dire à l'avance quelles seront les conclusions ! Il faut que l'on examine toutes les sources de financement qui sont à notre disposition, comme ceux que vous citez, et regarder s'il en faut de nouveaux. Ce qu'il faut regarder aussi et surtout, c'est la question des statuts juridiques. Il n'en existe pas vraiment d'adaptés en France et en Europe alors que les Etats-Unis, eux, commencent à regarder cela de près (comme le statut de L3C: low profit limited labilité company, ndlr).

Quels sont les exemples de cette économie positive ? Est-elle déjà en marche ?

Oui, elle est même très en marche, dans toutes les parties du monde : aux Etats-Unis, comme dans les BRIC ou les Pays du Sud. On peut penser que l'ensemble du mouvement coopératif et associatif dans l'échelle internationale fait au minimum 8% du PIB mondial, donc c'est loin d'être insignifiant. Au Havre, nous attendons plus de 1 000 personnes du monde entier avec beaucoup d'entreprises, d'entités construites sur ce modèle. C'est aussi le cas de PlaNet Finance (créé il y a 14 ans, ndlr) qui regroupe des ONG et des entreprises.

Nous accueillerons par exemple un entrepreneur indien, le Dr Bindeshwar Pathak, qui a créé le Sulabh International social services. En créant des toilettes dans les lieux publics puis privés, il permet aux Intouchables de ne plus avoir nettoyer les excréments des autres. Cette entreprise sociale bénéficie aujourd'hui à 10 millions de personnes et génère 100 millions d'euros de chiffre d'affaires par an.

Vous parlez des entreprises « classiques », beaucoup d'entre elles s'engagent aujourd'hui dans des démarches de RSE (responsablité sociale d'entreprise). Interprétez-vous cela comme une volonté de leur part de s'engager dans le chemin de cette économie positive ?

Pour beaucoup d'entre elles, oui. Pour certaines, cela peut être un alibi qui permet de se faire de la publicité à bon marché. Il faut faire attention à la réalité de la démarche.

Le président de la République, François Hollande, va ouvrir le LH forum. Porte-il ce concept d'économie positive ?

C'est en tout cas un secteur qui devrait l'intéresser car c'est une économie porteuse d'emplois, d'objectifs sociaux. De notre côté, nous sommes très demandeurs d'une évolution du droit des sociétés.

Propos recueillis par Béatrice Héraud
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