Publié le 21 février 2018

ENVIRONNEMENT

Économie de la fonctionnalité : demain, le maraîcher ne vendra plus ses légumes mais des solutions pour mieux manger

Le gouvernement va présenter fin mars sa feuille de route sur l'économie circulaire. L'objectif est de s'affranchir du modèle linéaire - extraire, produire, consommer, jeter - et d'encourager les entreprises à développer l’économie de la fonctionnalité fondée sur la vente de l’usage d’un bien plutôt que de la propriété de ce bien. À terme, cette logique de service pourrait s'avérer bien plus rentable et surtout meilleure pour la planète. Mais elle reste pour l'instant peu pratiquée. 

Nous sommes en 2050. À cet horizon, le maraîcher ne tire plus ses bénéfices de la vente de ses produits mais des solutions intégrées qu’il aura mises en place autour d’une alimentation durable avec d'autres maraîchers, des collectivités, des unités de transformation, des chercheurs.... Ses revenus proviennent ainsi des gains de performance obtenus sur la réduction du gaspillage alimentaire dans les cantines, la lutte contre l’obésité ou encore la réduction des pollutions des sols. Et ce sont les bénéficiaires de ces effets positifs (citoyens, industriels, collectivités, …) qui participent au financement. C’est ce qu’on appelle l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC).

"L’objectif est de sortir de la logique de production en volume à bas coût dans laquelle nous sommes aujourd'hui pour aller vers une logique servicielle, dans laquelle on crée de la valeur à partir des performances environnementales et socialesAlors que la première a un impact social et environnemental négatif et accroît la concurrence, la seconde constitue une source infinie de valeur et préserve les ressources", résume Patrice Vuidel, consultant-chercheur chez Atemis. Il a participé à une étude prospective avec l’Ademe sur l’économie de la fonctionnalité et de la coopération en 2050 (1). 

"Nous vendons de la lumière"

Retour en 2018. Dans sa feuille de route sur l’économie circulaire présentée fin mars (2), le gouvernement entend pousser les entreprises à se tourner vers cette économie de la fonctionnalité alors qu'elles sont encore peu nombreuses à avoir franchi le pas. C'est le cas notamment de Philips Lighting France qui vient de signer un contrat "de performance" avec l’aéroport d’Amsterdam. La rénovation de son éclairage est ainsi entièrement financée sur les économies d’énergie qui vont être réalisées.

"Nous ne vendons plus des lampes mais de la lumière", s’enthousiasme François Darsy, responsable marketing. "Nous proposons un service d’éclairage sous la forme d’un contrat de performance sur la réduction de la consommation d’énergie ou du taux de panne grâce un monitoring sur l'usage des bâtiments. Cela a complètement transformé notre modèle. Avant, nous envoyions nos produits chez nos clients en espérant leur en revendre très vite. Aujourd’hui, puisque le luminaire est à nous et qu’il faut qu’il fonctionne le plus longtemps possible, nous le fabriquons de façon plus modulaire afin qu’il soit facilement démontable et réparable ou le cas échéant, revalorisé dans une démarche circulaire." 

Rémunérés au mouvement de palettes

Autre exemple avec La Palette rouge, l’un des leaders de la location de palette sur le marché de la logistique. "Nous sommes rémunérés au mouvement de palette, il est donc primordial d’optimiser les flux, explique Gaël Gonzalez, responsable Qualité et RSE. Pour récupérer le plus de palettes possible, il a fallu construire une relation de long terme et de coopération avec les distributeurs." Grâce à cette démarche, les retours à vide ont été réduits de 10 % et la perte de palettes divisée par deux par rapport à un système classique d'échange de palettes.

Pour 2025, l’ambition est de réduire les émissions de CO2 de 20 % par mouvement. "Nous allons développer l’utilisation du transport multimodal et mutualiser encore les flux en mettant en relation nos clients pour réduire les kilomètres à vide et améliorer leur logistique, détaille Gaël Gonzalez. Notre valeur reposera de plus en plus sur le gain efficient dans la chaîne de valeur de nos clients." Et non plus seulement sur la location de la palette.

Ressources immatérielles

Cette logique "cycle de vie" est expérimentée chez Michelin depuis plusieurs années. Le groupe ne vend plus des pneus mais des kilomètres parcourus et prend en charge leur cycle de vie complet : le gonflage, qui a une forte incidence sur l’usure des pneus, le conseil aux chauffeurs et le rechapage du pneu si nécessaire. De même, Xerox facture l'usage de ses photocopieurs, Rolls Royce vend la fonction de propulsion et non plus de moteurs d’avions et Textifloor mise sur la maintenance et la location de revêtement de sol. 

"Avec l'économie de la fonctionnalité et de la coopération, la création de valeur se fait sur des ressources immatérielles et non plus sur les marges. Il ne faut plus piloter par les résultats mais par la valorisation de la solution, c’est ce qui est compliqué à changer car cela suppose de faire évoluer nos méthodes comptables et de trouver de nouveaux indicateurs" témoigne Franck Sprecher, délégué national au Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD). "Malheureusement aujourd’hui, dans les offres d’achat public, on continue de préférer acheter des fenêtres plutôt que de la qualité de l’air."      

Concepcion Alvarez @conce1

Tous les propos ont été recueillis lors d’une conférence organisée par Orée le 16 février 2018.

(1) Voir l’étude de l’Ademe

(2) Voir la pré-feuille de route économie circulaire actuellement en consultation publique 

 

 


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