Publié le 06 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Nestlé Waters veut protéger ses ressources en eau en partageant sa connaissance des aquifères

Nestlé Waters, qui vend 35 milliards de litres d’eau en bouteille par an, va certifier 20 de ses usines d’embouteillage dans le monde selon les normes de l’Alliance for Water Stewardship. La démarche consiste à rendre les sites de production plus économes mais aussi à partager la connaissance de l’hydrologie avec tous les acteurs locaux.

L'usine Nestlé Waters de Sheikhupura au Pakistan a été certifiée par l'Alliance for Water Stewardship pour sa gestion de l'eau.

"Nous buvons l’eau d’un même verre avec des pailles différentes", répète à l’envie Maurizio Patarnello, président de Nestlé Waters. Il fait allusion aux agriculteurs, aux industriels et aux villes qui tous puisent dans les mêmes nappes phréatiques… sans toujours prendre garde aux besoins des autres. Or la ressource en eau a tendance à se raréfier et à perdre en qualité, y compris en France.

Pour une entreprise comme Nestlé Waters, c’est un enjeu majeur. Le leader mondial de l’eau en bouteille vend 35 milliards de litres par an, ce qui représente une part de marché mondiale de 10 à 11 %. Et pour chaque litre vendu, c’est au total 1,5 litre d’eau qui est consommé. Même si ce ratio fait partie des meilleurs de l’industrie, il n’en reste pas moins que l’accès une ressource hydrique de qualité est un risque pour le groupe.

Revue de risques pour l’entreprise

Aussi ce dernier a décidé d’engager une certification sur la bonne gestion des ressources en eau aux alentours de ses usines. Pour cela, il s’est rapproché d’Alliance for Water Stewardship, un large regroupement d’industriels (Coca-Cola, GSK, Veolia…) et d’ONG (CDP, WWF, Care…), qui propose un standard d’utilisation pérenne de l’eau. "Les entreprises ont de plus en plus conscience que l’eau devient un risque à prendre en compte", Adrian Sym, président d’Alliance for Water Stewardship. "Notre enjeu est de créer un standard unique pour tout le secteur et toute la planète".

Ainsi, en 2016, Nestlé Waters a mené une revue de risques sur toutes ses implantations industrielles. Elle portait sur l’accès à la ressource, la réglementation, la réputation locale, la réputation corporate et la qualité de l’eau. "La situation est très différente selon chaque site et chaque réponse doit être spécifique", assure Cédric Egger, hydrogéologues de Nestlé Waters. Il ajoute cependant que "les risques sur la ressource en eau croient globalement dans le monde entier", en faisant référence au changement climatique et aux différentes sources de pollution.

La certification des usines Nestlé Waters suit une approche incrémentale qui part de la chasse au gaspi à l’intérieur de l’usine et s’élargit pour toucher tous les bassins versants d’où les usines tirent leurs ressources. "Nous sommes allés voir tous les acteurs locaux autour de nos usines pour connaître leurs attentes vis-à-vis de nous et au sujet de l’accès à l’eau en général", explique Maurizio Patarnello.

Partager la connaissance

"Ainsi, nous sensibilisons les agriculteurs sur de nouvelles technologies qui leur sont bénéfiques en matières de rendement et qui bénéficient à l’environnement au sens large, comme l’irrigation au goutte-à-goutte", explique le dirigeant qui précise qu’il y a parfois un soutien financier mais que souvent il s’agit simplement de formation. "Plus généralement, nous apportons aux communautés la connaissance hydrologique de la dynamique des aquifères", ajoute Cédric Egger, assurant qu’il s’agit d’une démarche essentielle pour l’obtention de la certification.

Aujourd’hui, l’entreprise a fait certifier 4 de ses 100 usines d’embouteillage : à Sheikhupura au Pakistan, à Ontario, Sacramento et Livermore en Californie. Autant de zones en fort stress hydrique. L’objectif est de certifier 20 usines d’ici 2020, situées sur les cinq continents. Elles sont censées représenter la diversité de situations hydrologiques auxquelles le groupe est confronté. "Mais la certification n’est pas une fin en soi, assure Maurizio Patarnello, elle permet de mettre en valeur notre politique de gestion de l’eau et de nous forcer à une discipline interne".

Pour l’heure, Nestlé Waters se refuse à donner des résultats ou des objectifs en matière de consommation ou de qualité de la ressource. Mais le groupe donne rendez-vous dans trois ans, quand la certification devra être renouvelée. D’ici là, l’entreprise souhaite que "ses bonnes pratiques deviennent un standard, même au-delà de Nestlé".

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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