Publié le 15 juin 2009

ENVIRONNEMENT

Dessalement d'eau de mer : un secteur prospère

Les usines de dessalement d'eau de mer se multiplient, notamment dans la région du Golfe. Une prolifération due tant aux sécheresses répétées qu'aux besoins d'une population grandissante. Et rendue possible par des technologies moins énergivores.

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L'usine d'Ashkelon en Israël

Dessaler l'eau de mer pour subvenir aux besoins des populations côtières : l'idée séduit de plus en plus les régions arides proches des zones maritimes. Le secteur profite aujourd'hui de deux circonstances contextuelles : les sécheresses se multiplient aux quatre coins du globe, tandis que 40 % de la population mondiale vit à moins de 70 km d'un littoral. Mais la technique est coûteuse, et souvent décriée par les associations environnementales comme énergivore et polluante. Les nouveaux procédés technologiques tendent donc à gommer ces impacts environnementaux, tout en améliorant la capacité de production.

Les projets de construction d'usines de dessalement ont le vent en poupe. Récemment, le Conseil régional de San Diego s'est prononcé en faveur de la construction d'une usine dont la capacité devrait avoisiner les 20 000 m3/j, soit le double des capacités des usines actuellement en opération au États-Unis. Cette infrastructure devrait ainsi alimenter, dès 2011, plus de 110 000 foyers de San Diego. Côté méditerranéen, l'Algérie vient quant à elle d'annoncer la création de 13 stations de dessalement sur ces zones côtières. Elle pourra alors se classer deuxième après l'Arabie Saoudite, leader du secteur avec 24% de la capacité de production mondiale. Israël et la Libye comptent doubler leurs capacités respectives d'ici 2015. Et la Chine prévoit le traitement d'un million de m3/j d'eau de mer pour 2010, et de 2 millions pour 2020. Rien d'étonnant donc à ce que les experts s'attendent à voir doubler la production mondiale d'ici 2015, pour atteindre les 100 millions de m3/j.

L'osmose inverse, un procédé de traitement de plus en plus performant

Les associations environnementales ont longtemps contesté ce mode de production d'eau douce, dénonçant ces impacts négatifs sur l'environnement. Le dessalement par distillation, procédé initialement utilisé, est effectivement très gourmand en énergie, et donc émetteur de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les ONG se sont souvent inquiétées des conséquences des rejets saumurés sur les écosystèmes côtiers. Aujourd'hui, elles reconnaissent les efforts fait par cette industrie pour limiter ces impacts. Efforts concrétisés notamment par l'utilisation de l'osmose inverse, procédé que nous explique Jean-Michel Lainé, chef Produit membrane chez Suez-Environnement. « L'eau douce est naturellement attirée par l'eau de mer, concentrée en sel. L'osmose inverse consiste donc à séparer l'eau douce de l'eau salée par une membrane, et à exercer une pression sur celle-ci, de sorte que ce processus naturel soit inversé, et que le sel soit retenu par la membrane au moment de la circulation de l'eau. » Apparue dans les années soixante-dix, l'osmose inverse était utilisée en 2000 dans 50% des usines. D'ici 2015, les deux tiers des usines devraient avoir recours à cette technique. Selon Jean-Michel Lainé, « l'osmose inversée a permis de rendre compatibles les besoins de production d'eau douce et les contraintes économiques et écologiques actuelles. En trente ans, l'énergie utilisées pour cette technique a été divisée par 5. »


Un coût de production encore élevé

Le coût de production d'une usine de dessalement a chuté ces dernières décennies, passant de 10 $/m3, à 1 $/m3 en moyenne aujourd'hui. Pourtant, cette technique reste l'apanage des pays développés. Et pour cause : 50% du coût de production est à attribuer à la consommation énergétique. Le prix des énergies fossiles est donc intrinsèquement lié à ce coût du dessalement. Ce qui explique notamment la suprématie des pays producteurs de pétrole sur ce marché. Mais le recours aux énergies renouvelables pourraient bien changer la donne. En Espagne, une usine pilote alimentée à l'énergie solaire s'apprête à voir le jour. Le coût du mètre cube pourrait ainsi être réduit à 0,47 € pour une production de 12 000 m3/j. Cette production permettrait en outre de réduire les émissions de CO2 de 14 000 tonnes. Une réponse locale, à intégrer dans une réflexion globale
Le dessalement est-il l'avenir des populations côtières ? L'engouement est à nuancer. D'une part car la technique n'est pas abordable pour de nombreux pays. D'autre part, car l'innocuité des rejets saumurés reste à démontrer. Pour Sarah Gillet, responsable du programme « Eau douce » de WWF-France, il s'agit surtout d'instaurer de solides politiques nationales de gestion de l'eau. « La construction d'une usine de dessalement doit être une solution à un problème local bien identifié. Avant de mettre en œuvre ce type de projet, nous demandons une étude d'évaluation des besoins, en consultant tous les acteurs concernés. Et on ne doit pas oublier le problème global de l'accès à l'eau potable, lié à la nécessité d'une vraie gouvernance sur la problématique de l'eau, en toute transparence. Il faut pousser les gouvernements à avoir des plans nationaux », rapelle Sarah Gillet.


Anne Farthouat
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