Publié le 22 juillet 2020

ENVIRONNEMENT

Les pluies de plastique, un phénomène qui pollue jusqu’aux endroits les plus reculés du monde

Il pleut du plastique et ce, même dans les régions les plus isolées du monde. Des chercheurs américains, qui ont étudié onze zones protégées des États-Unis, ont découvert qu'il avait plu près de 1 000 tonnes de microplastiques, soit l'équivalent de 120 millions de bouteilles, en un an. Les grosses particules tombent avec la pluie et la neige et les plus fines arrivent avec le vent. Si la plupart des particules proviennent des microfibres synthétiques des vêtements, la peinture utilisée par les industriels est aussi en cause.

Grand Canyon pluie de plastique Istock KikeArnaiz
Le Grand Canyon est l'un des onze sites étudiés par les chercheurs.
Kike Arnaiz / iStock

On connaît le fléau des pluies acides, générées par plusieurs gaz liés aux activités humaines, on connaît moins celui des pluies de plastique. Il se révèle pourtant particulièrement inquiétant, selon une étude publiée le 12 juin dans la revue Science. Les chercheurs américains ont étudié pendant 14 mois des zones protégées de l’ouest des États-Unis -onze parcs nationaux- et ont découvert qu’il avait plu près de 1 000 tonnes de microplastiques dans l’année sur la région. Soit l’équivalent de 120 millions de bouteilles en plastique.

Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont collecté des échantillons d’eau de pluie et d’air. Ils sont ainsi parvenus à la conclusion que les grosses particules de plastique, provenant essentiellement des villes voisines, tombaient avec la pluie ou la neige et que les plus fines particules arrivaient avec le vent par temps sec et provenaient de régions très lointaines. "Notre recherche porte seulement sur 6 % de la superficie totale des États-Unis. Le nombre de microsplastiques était déjà tellement énorme, c’est choquant", a déclaré l’autrice principale de l’étude, Janice Brahney, spécialiste de l’environnement à l’Université de Utah. "Le plastique est la nouvelle poussière" a-t-elle lancé sur Twitter.

 

Des morceaux de plastique extrêmement petits

La plupart des particules de plastique proviendraient des microfibres synthétiques utilisées pour fabriquer nos vêtements. Mais, comme le note le média Wired, les chercheurs ont observé un autre phénomène surprenant. 30 % des particules des échantillons étaient des microbilles, celles-là mêmes qui ont été interdites aux États-Unis mais aussi en France dans les produits de beauté car, étant trop petites pour être filtrées, elles finissaient leur vie dans l’océan. "Nous avons vu beaucoup de microbilles aux couleurs vives, recouvrant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et certaines d’entre elles ont été identifiées comme étant de l’acrylique", note Janice Brahney.

Les chercheurs supposent donc que ces microparticules proviennent de la peinture utilisée par les industriels. Pire, les microparticules de plastiques se briseraient en nanoplastiques, "des morceaux si petits que les chercheurs pourraient ne pas être en mesure de les détecter sans le bon équipement", note Wired. Or "ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas les voir devant nous que nous ne les respirons pas", explique la spécialiste de l’environnement, Janice Brahney. 

L'Arctique pollué tout comme les Pyrénées

Surtout, ce phénomène n’aurait pas seulement lieu dans la zone étudiée par les chercheurs. Une autre étude, publiée en août 2019, avait déjà trouvé des microparticules de plastiques dans la pluie et la neige tombées à travers le Colorado. "Je pense que le résultat le plus important que nous pouvons partager avec le public américain, c’est qu’il y a plus de plastique qu’il n’y paraît dans l’environnement", alertait dans The Guardian l’auteur Gregory Wetherbee.

À la même époque, l’expédition scientifique Northwest Passage Project, basée dans le Pôle Nord, avait retrouvé des billes et des filaments de plastique dans une carotte de glace provenant d’un morceau de banquise situé dans l’Arctique. Même constat dans les Pyrénées françaises. Une étude franco-britannique, publiée en mai 2019 dans la revue Science, avait là aussi détecté la présence de microplastiques montrant que ces derniers pouvaient "atteindre et affecter des zones isolées et peu peuplées par le biais du transport atmosphérique". 

Marina Fabre, @fabre_marina


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