Publié le 27 mai 2016

ENVIRONNEMENT

Gaspillage alimentaire : les chiffres chocs

10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année en France. Un poids considérable qui pèse sur l’économie hexagonale : la valeur théorique de ce gaspillage est évaluée à 16 milliards d’euros par an, selon une étude de l’Ademe. Quant au bilan écologique, il est tout aussi désastreux : l’impact carbone est estimé à 15,3 millions de tonnes équivalent CO2. Et nous sommes tous responsables, souligne l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie qui a remonté toute la chaine alimentaire.

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10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année en France.
iStock

Il suffit de 3 chiffres pour comprendre toute la problématique, la démesure et l’absurdité du gaspillage alimentaire. Ils viennent d’être publiés dans une nouvelle étude de l’Ademe, inédite sur le sujet. Et ils donnent le tournis.

Chaque année en France, 10 millions de tonnes de nourriture (1) destinées à l’alimentation humaine sont perdues ou gaspillées (elles peuvent cependant être utilisées en tant que nourriture pour animaux, compost ou pour produire de l’énergie par méthanisation). De quoi nourrir 10 millions de personnes pendant un an ! Si l'on considère le prix de vente de ces produits perdus ou gaspillés (hors gains sur d’éventuelles valorisations comme vu plus haut), cela représente une valeur théorique de 16 milliards d’euros chaque année. A titre de comparaison, le fonds européen d’aide alimentaire pèse 4 milliards d’euros, sur 7 ans, et pour 28 pays.

L’impact carbone de ce gaspillage est évalué à 15,3 millions de tonnes équivalent CO2 (MTeq). C’est 3% de l’ensemble des émissions de CO2 de l’activité de la France.

 

Tous responsables

 

Qui sont les responsables de ce grand gâchis ? Tout le monde, assure l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie. Si l'on remonte la chaine alimentaire, 32% de la nourriture est gaspillée au moment de la production, 21% lors de la transformation, 14% lors de la distribution et 33% lors de la consommation.

 

 

Problème : ce gaspillage est étalé tout au long de la chaîne. Si l'on considère chacun des acteurs individuellement, les pertes peuvent paraître faibles : 4% chez les producteurs, 4,5% chez les transformateurs, 3,3% chez les distributeurs et 7,3% chez les consommateurs. "Cela rend le gaspillage presque invisible, ce qui ne favorise pas la prise de conscience", souligne Antoine Vernier, chargé de mission Gaspillage alimentaire à l’Ademe, qui a piloté cette étude. Et ce, alors même que ces pertes peuvent être très importantes en volume (ex : 3,2 millions de tonnes pour la production).

En valeur, elles peuvent être du même ordre de grandeur que leur marge brute, souligne l’Ademe. A titre d’exemple, un des supermarchés témoins – avec qui l’agence a travaillé pour l’étude – a réduit son gaspillage alimentaire de moitié et économisé par la même occasion 300 000 euros.

 

 

Pourtant, le gaspillage alimentaire ne semble pas coûter encore assez cher au stade de la production / transformation / distribution, déplore Pierre Galio, l’un des auteurs de l’étude. En tous cas pas assez pour que la majorité des acteurs ne s’engage encore à réduire drastiquement son gaspillage. "Il est encore plus intéressant de produire en grande quantité et à moindre qualité que de travailler sur la qualité pour réduire le gaspillage alimentaire. C’est la conséquence de la guerre des prix qui fait actuellement rage dans l’agro-alimentaire".

C’est d’ailleurs pourquoi, après le lancement d’une campagne destinée à sensibiliser les consommateurs ce mois-ci, l’Ademe s’adressera  spécifiquement aux professionnels à l’automne. De quoi adresser une petite piqûre de rappel aux industriels après le vote par le Parlement d’une série de mesures de lutte contre le gaspillage alimentaire. 

 

Les mécanismes de pertes et de gaspillages

 

 

Les leviers d’action

 

Pour changer la donne, des bonnes pratiques existent néanmoins. L’Ademe en a recensé quelques-unes :

Production. Promouvoir les circuits courts et de proximité en complément des circuits longs. Mise en valeur de denrées non utilisées.

- Transformation. Développer des modèles mathématiques de prévision de ventes afin d’éviter la surproduction (ex : pour les prévisions météorologiques et autres facteurs pouvant influencer la consommation). Optimiser les cahiers des charges avec les distributeurs pour ne plus écarter des fruits et légumes frais pour des raisons de calibre ou d’aspect, mais aussi réviser les indicateurs de sélection des produits tels que des salades en sachet. 

- Distribution. Développer des actions anti-gaspillage en magasins (réhabilitation des fruits et légumes "moches", paniers de fruits destinés aux compotes et confitures, gammes de soupes réalisées à partir de légumes non commercialisables à l’état frais…). Mettre en place des zones "dates courtes" à prix promotionnels. Assouplir le cahier des charges sur le calibre et l’aspect. Dons à des associations caritatives.

- Consommation. Engager les acteurs publics à rationaliser les dépenses dans la restauration collective. Sensibiliser les foyers individuels au gaspillage, à la qualité intrinsèque des produits, aux techniques de conservation. Développer les "Disco Soupes", soit des sessions collectives et ouvertes de cuisine de surplus ou d’invendus dans une ambiance musicale et festive.

 

(1) Étude réalisée sur 26 filières alimentaires représentant plus de 80% des produits consommés en France. Les produits importés ou exportés ne sont comptabilisés que lors de leur présence sur le territoire.
Béatrice Héraud
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