Publié le 28 juillet 2014

ENVIRONNEMENT

Déchets toxiques australiens : l'association Robin des bois conteste Ségolène Royal

Le 18 juillet, Ségolène Royal demandait au préfet de l’Isère de refuser l’importation de déchets toxiques australiens. Ils devaient être incinérés dans le centre Trédi du groupe Séché environnement de Salaise-sur-Sanne. Une décision applaudie par plusieurs associations écologiques. Mais pas toutes. Robin des bois la conteste. Car derrière cette polémique, c’est la question globale de la responsabilité du traitement des déchets dangereux qui est posée. 

Centre retraitement des dechets de Tredi-Seche environnement a Salaise-sur-Sanne
Centre de retraitement des déchets de Trédi-Séché environnement à Salaise-sur-Sanne.
© Séché Environnement

Les déchets toxiques australiens seront-ils un jour traités ? Rien n’est moins sûr. Depuis vingt ans, la ville de Botany, à 8 kilomètres de Sydney, concentre quelque 13 800 tonnes de déchets HCB à quelques mètres seulement des habitations. Le HCB – l’hexachlorobenzène – est un composé chimique qui a longtemps été utilisé comme fongicide avant d’être interdit à la fin des années 80 par la Convention de Stockholm  en tant que polluant organique persistant (POP). Il est classé par le Comité international de recherche sur le Cancer (Circ) comme "probablement cancérigène".

Stocké dans des hangars à proximité de bâtiments industriels et de l’aéroport international, "le HCB est exposé aux agressions externes d’origine naturelle ou industrielle et peut donc représenter un danger sanitaire pour la population", estime l’association Robin des bois, qui a visité le site il y a quelques mois.

Problème : l’Australie ne dispose pas de site de traitement adapté pour détruire ce stock. Et la compagnie Orica, à qui appartiennent ces déchets, tente depuis une dizaine d’années d’en expédier une partie en Europe. Sans succès. En 2006, l’Allemagne refuse de laisser entrer sur son  territoire les déchets d’Orica. Deux ans tard, c’est au tour du Danemark. C’est aujourd’hui la France qui lui oppose son veto.

 

Principe de proximité

 

C’est ce qu’a décidé la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, le 18 juillet dernier. Deux arguments sont avancés: le "principe de précaution, compte tenu du risque de pollution marine en cas d’avarie du navire pendant le transport" et le "principe de proximité, qui exige que les déchets soient traités à proximité de leur source de production".

Le site de l’entreprise Trédi-Séché environnement, à Salaise-sur-Sanne dans l’Isère, avait été choisi par Orica pour sa capacité à incinérer ce type de déchets dangereux. Ils ne sont que vingt dans le monde à pouvoir le faire. Mais, comme dans les autres pays approchés, riverains et organisations non gouvernementales (ONG) comme Greenpeace se sont mobilisés contre l’importation des déchets.

"Pourquoi Trédi-Salaise deviendrait-il l’incinérateur poubelle de la planète alors que notre région est déjà durement impactée par des pollutions reconnues cancérigènes par l’Organisation mondiale de la santé ?", avait ainsi soulevé "Vivre Ici vallée du Rhône environnement". Pendant deux mois, à compter de l’annonce du choix de Trédi Séché environnement par Orica, le 26 mai, l’association locale n’a rien lâché. Elle s’est même fendue d’une action sur le tour de France. Avant d’être suivie par la ministre.

 

L’association Robin des bois ne soutient pas ce refus

 

Pour l’association Robin des bois, la décision de Ségolène Royal, mise en œuvre quelques jours plus tard par le préfet de l’Isère, n’est pas forcément la bonne. "Toutes les précautions avaient été prises pour réduire le risque du transport de la centaine de tonnes de HCB qui devait faire office de test: containers neufs, balise de détection, cellules de veille… ", précise Jacky Bonnemains, le président de l’association écologiste qui travaille sur la question des déchets toxiques et du transport maritime depuis des années.

Faut-il voir dans cette prise de position une accointance particulière avec Trédi-Séché environnement, avec laquelle l’association travaille depuis plus de dix ans ? C’est ce que Jean-Luc Pérouze, membre fondateur de l’association Vivre, dénonce.

Mais pour Jacky Bonnemains, le contrat qui lie l'association avec l’entreprise d’incinération est au contraire un atout majeur. "Chaque année, Robin des bois visite 5 à 6 sites pour un montant de 3 500 euros par inspection. Nous avons carte blanche pour interroger les cadres comme les employés et aller où nous voulons, dans la mesure des contraintes de sécurité. Cet aspect opérationnel nous apporte l’expertise et la crédibilité nécessaires pour nous prononcer sur le traitement des déchets", insiste-t-il.

 

Le problème du traitement des déchets reste entier

 

Au-delà de cette polémique, c’est la question de la responsabilité du producteur des déchets et du pays qui l’abrite qui est soulevée.

S’il est acquis que l’usine française puisse s’occuper de déchets toxiques de pays en voie de développement, comme ceux du cargo tristement célèbre Probo Koala, la nécessité d’accueillir des déchets provenant d’un pays développé comme l’Australie apparaît beaucoup moins évidente.
 
Au ministère de l’Écologie, la ligne de conduite se veut claire: le principe de proximité sera appliqué de manière restrictive. "C’est d’ailleurs la politique de l’Union européenne (UE), en application du règlement communautaire sur le transfert des déchets", indique le cabinet de Ségolène Royal. Ce règlement précise notamment que les déchets dangereux sont interdits de transfert, sauf accord spécifique entre États membres. En l’espèce, il aurait fallu l’accord du ministère de l’Écologie pour procéder à l’importation. Et celle du préfet et de l’inspection des installations classées, la Dreal (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement).
 
Aujourd’hui, l’Union européenne tente de confiner les exportations des déchets  dangereux (toxiques, irritant, explosifs, inflammables, etc.) aux frontières de l’UE.  

Béatrice Héraud
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