Publié le 10 avril 2019

ENVIRONNEMENT

[Danger plastique] En France, le plastique végétal compostable est plus taxé que le plastique classique

C'est un comble pour Yumi. Cette startup de jus de légumes bio a opté pour des bouteilles 100 % végétales biodégrables et compostables. Pourtant, elle paye une écocontribution deux fois plus élevée que les entreprises qui génèrent du plastique classique. Face au danger mortel qu’est le plastique pour l’environnement et la biodiversité, Novethic vous propose chaque semaine de découvrir une nouvelle facette de ce matériau omniprésent.

Yumi plastique biodegradable et compostable paye deux fois plus que le plastique classique
Malgré des bouteilles plus écologiques, Yumi subit un malus car ces bouteilles biodégradables et compostables perturbent la filière de recyclage.
©CC0

Aujourd’hui en France, selon 60 millions de consommateurs, les trois quarts des déchets plastiques ne sont pas recyclés et finissent, la plupart du temps, enfouis, incinérés ou dans les océans. La pollution plastique serait responsable de la mort de 1,5 million d’animaux marins. Pour y remédier, la startup Yumi, qui conçoit des jus de légumes bio pressés à froid a opté pour des bouteilles PLA, c’est-à-dire 100 % végétales, biodégradables et compostables.

"Nos bouteilles sont composées de cannes à sucre", explique Raphaël de Taïsne, cofondateur de la startup. "On voulait, en accord avec nos clients, proposer des bouteilles alternatives au plastique à base de pétrole, qui ne se retrouvent pas dans les océans et qui polluent peu", ajoute-t-il. Ces bouteilles seraient 40 % moins émettrices en carbone que les bouteilles en plastique PET, celui utilisé pour les bouteilles d’eau.

Une écocontribution deux fois plus importante 

Or Yumi vit actuellement une situation pour le moins étonnante, il paye une écocontribution deux fois plus importante que les entreprises générant des déchets en plastique PET notamment. Son plastique végétal perturbe la filière de recyclage et subit donc un malus. "Si on voulait freiner l’émergence d’alternative au plastique on ne ferait pas mieux", fulmine Raphaël de Taïsne.

C’est Citeo, une entreprise privée à qui l’État délègue le recyclage, qui a mis en place une grille de recyclage avec des malus et des bonus. "On comprend que la situation puisse paraître surprenante, mais aujourd’hui il n’y a pas de filière de recyclage pour le plastique PLA. Donc, dans les centres de tri, on doit aller les chercher à la main pour les séparer des plastiques recyclables, ce qui perturbe et freine la filière", explique Sophie Bonnier, directrice écoconception chez Citeo.

La situation pourrait tout de même changer en 2020. Grâce à l’extension des consignes de tri, il sera possible de séparer les plastiques PLA rapidement grâce au tri optique. "Mais aujourd’hui on valorise l’économie circulaire. Si vous cherchez une alternative au pétrole, il existe des plastiques biosourcés qui sont recyclables et que l’on pourra réutiliser", affirme Sophie Bonnier. Le gouvernement vise en effet un objectif de 100 % de plastiques recyclés d’ici 2025.

Yumi cherche une porte de sortie 

Reste que pour Yumi, c’est la douche froide. "Il n’y a pas de désir de changement de la part des administrateurs de Citeo notamment Coca-Cola, Danone, Super U, Auchan… qui sont les premiers émetteurs d’emballages sur le marché. Dans quelques années, tout le monde se fichera bien de savoir qu’on est à la pointe du plastique recyclé parce qu’on proposera tous des alternatives", avance Raphaël de Taïsne.

La startup cherche une autre entreprise qui collecterait et composterait les déchets organiques en ville pour les revégétaliser, une solution de sortie pour ces bouteilles. Dans tous les cas, même si les bouteilles de Yumi ne sont pas recyclées, elles mettront quelques années à se décomposer contre 400 ans en moyenne pour une bouteille en plastique. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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