Publié le 30 août 2019

ENVIRONNEMENT

À Roubaix, l'initiative "zéro déchet" permet de réconcilier écologie et lutte contre la pauvreté

La volonté affichée du gouvernement "de s'engager davantage" en matière d'écologie n'est "pas un choix de circonstance". Le Premier ministre a voulu en donner la preuve en consacrant son premier déplacement de rentrée au sujet. À Roubaix, Édouard Philippe a visité des entreprises innovant dans les domaines de production, des commerçants et une famille qui ont basculé "dans une logique zéro déchet".

Deplacement premier ministre Roubaix
Le Premier ministre, Édouard Philippe, a consacré son premier déplacement de la rentrée à Roubaix et son programme zéro déchet.
@Premier Ministre

Roubaix, terrain d’expérimentation vitrine d’une écologie réconciliant les impératifs de fin du monde et de fin de mois ? Pour le Premier ministre qui a consacré son premier déplacement de la rentrée à la ville et son programme zéro déchet, "on est là dans une écologie qui est une écologie souriante, librement consentie, décidée". Une vision de l’écologie que veut promouvoir le gouvernement alors que le projet de loi anti-gaspillage sera présenté au Sénat fin septembre. "Il ne s'agit pas de dire que tout le monde doit vivre comme cela (...) mais nous pouvons, avec un certain nombre de textes, avec un certain nombre d'incitations de la part du gouvernement, favoriser ceux qui font ce choix".

500 familles engagées dans le zéro déchet

À Roubaix, le pari était pourtant loin d’être gagné. La ville, sinistrée par les délocalisations industrielles, est aujourd’hui l'une des communes les plus sinistrées de France selon l'Insee, avec un taux de pauvreté de 44 % en 2016. Le programme zéro déchet, lancé en 2015 par le maire centre droit Guillaume Delbar est pourtant aujourd’hui cité comme un modèle du genre. À son lancement, cette initiative rassemblait 100 familles engagées à "réduire de 50 % leur production de déchets en un an". Elle en compte désormais 500, sur les près de 100 000 habitants de la ville.

Elle est la preuve que l’adoption d’un mode de vie plus respectueux de l’environnement n’est pas réservée aux plus riches, bien au contraire. À l'origine, cette initiative visait à "répondre à une question de salubrité publique", explique ainsi la mairie. Les familles volontaires ont été équipées de "balances pour leur permettre de mesurer leur production d'ordures ménagères" et accompagnées grâce à des "ateliers pratiques" pour réduire le nombre de déchets non recyclés.

Les résultats ont souvent dépassé les attentes, notamment au niveau financier. "La famille dans laquelle nous étions il y a quelques instants indiquait que chaque mois l'économie était de l'ordre de 150 euros par mois, c'est tout sauf négligeable", a ainsi déclaré le Premier ministre. Et en moyenne, les familles "zéro déchet" produisent quatre fois moins de déchets non recyclés que la moyenne roubaisienne, selon la mairie.

Une économie de 1 500 euros par an

"Annuellement, j'économise 1500 euros : deux semaines de vacances", explique Magdalène Deleporte, dont la famille de deux enfants est engagée depuis 2016. Elle fabrique ainsi son shampoing qui lui "revient à un euro et lui dure un mois", son dentifrice "avec de l'huile essentielle de menthe poivrée notamment" ou encore ses éponges "avec les restes de vêtements tissés". Outre les familles, les cinquante écoles de Roubaix participent au projet notamment en "réduisant la quantité de déchets produits par les restaurants scolaires" et en "luttant contre le gaspillage alimentaire".

Une quarantaine de commerçants, impliqués dans le projet, ont aussi signé une charte d'engagement prévoyant le recyclage des déchets et la suppression des sachets. "Le déploiement de la dynamique ‘zéro déchet’ a entraîné l'émergence d'une nouvelle forme d'économie, l'économie circulaire", assure également la mairie. La conseillère municipale EELV de Roubaix, Myriam Cau, tempère cependant la portée de cette initiative "zéro déchet". Si elle salue la prise de conscience qu’elle entraîne, c’est aussi "un peu l'arbre qui cache la forêt". Car tous les déchets produits à Roubaix, y compris ceux de ces 500 familles, sont au final traités par la Métropole européenne de Lille "qui a pris un an de retard dans ce domaine".

Béatrice Héraud avec AFP


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