Publié le 23 mars 2010

ENVIRONNEMENT

USA : un nouveau projet de loi énergie et climat ?

Face à l'enlisement du projet de loi présenté par l'administration Obama, trois puissants sénateurs américains veulent introduire un nouveau texte pour limiter les émissions de CO2. Et relancent ainsi le débat entre « antis et pros» écologie.

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Congrès américain

Le projet de loi américain censé mettre en place un lieu d'échange de droits d'émissions de gaz a effet de serre est officiellement en panne. Mais les militants écologistes et leurs adversaires s'agitent pour combler le vide législatif.
Le marché des droits à polluer, baptisé cap and trade, fait partie du projet de loi sur l'énergie propre et la sécurité de 2009, défendu par l'élu démocrate californien, Henry Waxman, a la chambre des Représentants. Cette loi, qui vise la réduction des émissions de gaz a effet de serre de 17% d'ici 2020, a obtenu la majorité des voix a la chambre des Représentants l'été dernier. Mais les sénateurs n'ont pas suivi. Ils ont ainsi arrêté à mi chemin l'effort d'Henry Waxman et n'entendent pas revenir sur leur position.

L'agenda à court terme du Congres est déjà plus que rempli. Il faut créer de nouveaux emplois et essayer de mettre enfin sur orbite la reforme de la santé... Les problèmes liés au réchauffement climatique risquent donc de passer à la trappe, mais quelques puissants sénateurs démocrates et républicains s'y refusent. John Kerry, l'élu démocrate du Massachussetts, Joe Lieberman, son collègue indépendant du Connecticut et Lindsay Graham, Républicain de Caroline du Sud, doivent présenter ce mois ci un nouveau projet « énergie et climat » ayant pour objectif de limiter les émissions de CO2 pour trois secteurs: les centrales électriques, le transport et l'industrie. Ces sénateurs expérimentés ont en effet compris que le sujet des « cap and trade » fâche. Ils l'ont donc supprimé, au profit d'une mesure fixant une limite pour les émissions de carbone des centrales électriques. L'industrie est également concernée...dans un deuxième temps. Enfin, cette « coalition » de sénateurs propose la mise en œuvre d'une taxe carbone dans les transports.

"Espoir'"

L'objectif, non dévoilé pour l'instant, serait de réduire les émissions de CO2 de 17% en 2020. Pour y parvenir, l'Etat aiderait les industries fossiles comme le charbon et le gaz à réduire leurs émissions, en développant notamment le captage du CO2. Si les derniers détails du nouveau projet n'ont pas encore été dévoilés dans la presse, d'ores et déjà, les acteurs concernés prennent position. L'ancien vice président démocrate Al Gore, et les membres de son association Repower America, sont séduits par ce projet. « C'est le meilleur espoir pour enclencher la révolution de l'énergie propre, dit Al Gore. Et la meilleure façon de contourner l'industrie classique du pétrole et ses légions de lobbies. » David Hawkins, du Natural ressources Defense Council semble lui aussi apprécier. « Nous avons envie de travailler avec les sénateurs » a-t-il expliqué. L'USCAP, association d'organismes écologiques et de grands groupes industriels (AES, Alstom, Honeywell, General Electric, Dupont...) est sur la même longueur d'onde. Et Steve Tripoli de BICEP (Business for Innovative Climate and Energy Policy) se dit prêt « à écouter d'autres idées ». Le représentant de BICEP, soutenu par 17 entreprises (Ben et Jerry, Ebay, Gap, Levi Strauss, Nike, Sun Microsystems...) et de gros fonds de pension (Calpers, CALSTRS...) croit toujours que « le système du cap and trade est le meilleur pour déterminer le prix de la pollution due au carbone ». Mais Steve Tripoli ne s'obstinera pas « s'il existe d'autres moyens pour obtenir une énergie propre ».

Un texte critiqué

Chez les agriculteurs, Richard Krause de l'American Farm Bureau (chambre d'agriculture) s'avoue « heureux » qu'on essaie de discuter avec lui, mais souligne-t-il, le système Cap and trade entraînerait pour les paysans des coûts supplémentaires inacceptables. Le porte parole de l'American Farm Bureau a donc « envie de débattre des alternatives au marché carbone avec les sénateurs ». L'US Chamber of Commerce et la Business Roundtable, deux autres piliers du commerce et de l'industrie hostiles au marché du CO2, gardent pour l'instant une réserve prudente. Enfin, toujours dans le camp des anti-environnementalistes, le laboratoire d'idées conservateur National Center for Public Policy refuse le compromis. « Les sénateurs sont influencés par les grandes entreprises, comme General Electric, accuse Tom Borelli, l'expert du Center for Public Policy. Ils veulent nous pousser vers les énergies renouvelables, tout particulièrement les éoliennes de GE. »

Pour des motifs très différents, les représentants de Friends of the Earth (80 000 membres aux USA) ne sont pas non plus satisfaits par le texte: « Le projet Kerry, Graham, Lieberman, défend trop les intérêts de l'industrie, juge Nick Berning de FOE. Il donne trop au charbon, au nucléaire, au pétrole. ». Les Amis de la terre préfèrent « utiliser les outils déjà disponibles de la bonne vieille loi sur l'air propre. »

Caroline Crosdale à New York
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