Si un embargo sur le pétrole russe est dans les tuyaux de Bruxelles, des sanctions sur le gaz sont pour l'instant écartées. Pourtant, de nombreux spécialistes estiment qu'il serait possible pour l'Union européenne de réduire fortement ses importations dans un premier temps puis de se passer complètement du gaz russe d'ici 2025. Cela passe par le déploiement rapide et massif d'énergies propres, par des mesures d'efficacité énergétique et l'électrification des usages. De quoi atteindre les objectifs climatiques fixés par l'Accord de Paris. 

Pour l’instant, c’est niet. Si l’Union européenne est parvenue à se mettre d’accord sur un embargo sur le charbon russe, et devrait prochainement annoncer des sanctions sur le pétrole russe, elle ne va pas bannir le gaz russe de si tôt. Pourtant, de nombreux chercheurs estiment qu’il serait possible de s’en passer à court et moyen-terme, et, dans le même temps, d’atteindre les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris. Un coup double qui devrait inciter les 27 à se pencher sérieusement sur le sujet car plus que jamais sécurité énergétique et sécurité climatique sont liées.  
Selon un rapport publié fin mars par plusieurs think-tanks européens, l’UE pourrait en effet se passer du gaz russe d’ici 2025. Les importations européennes pourraient être réduites des deux-tiers grâce aux énergies propres et à l’efficacité énergétique. Cela suppose de mettre en œuvre le plan "Fit for 55" de la Commission européenne visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, et d’aller un peu plus loin encore sur le renouvelable, l’efficacité énergétique et l’électrification. Pour le tiers restant, il s’agit d’importer du gaz d’ailleurs via les infrastructures existantes.  
Graph gaz russe
Le paquet "Fit for 55" augmenté, en renforçant en particulier le solaire, permettrait une réduction totale de 100 milliards de mètres cubes sur les 150 milliards qu’importe l’UE chaque année. Source : Ember, E3G, RAP et Bellona

Pas besoin de nouvelles infrastructures gazières


Alors que de nombreux États européens s’interrogent sur la prolongation de la durée de vie de leurs centrales à charbon et se tournent vers le gaz naturel liquéfié, les experts sont formels. Dans leur scénario, nulle remise en cause de l’élimination du charbon, et les nouvelles infrastructures gazières seraient inutiles car à partir de 2025, la demande en gaz devrait fortement baisser. "Cela signifie qu’il n’y a aucune justification pour l’UE à conclure des contrats de gaz fossile à prix élevé au-delà de cet horizon au risque sinon d’alourdir la facture pour les consommateurs et de remplacer une dépendance par une autre" soulignent les auteurs.  
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a également publié une liste de dix recommandations pour se passer du gaz russe. Parmi elles, on retrouve le déploiement de l’énergie solaire et éolienne, le remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur, l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les bâtiments et l’industrie ou encore la baisse de la température de 1° C. "Prises ensemble, ces mesures pourraient réduire les importations de gaz russe de l’Union européenne de plus de 50 milliards de mètres cubes, soit plus d’un tiers, en l’espace d’un an", a quantifié l’AIE.  
Enfin, une étude de Cambridge Econometrics estime aussi que l’électrification et la rénovation des bâtiments européens pourraient contribuer à réduire les importations de gaz russe d’environ 25 % d’ici 2030. "La bonne nouvelle est que de telles solutions sont à portée de main ! Elles peuvent être déployées à très court terme, avec un impact immédiat et un retour sur investissement ultra-court" explique Andrea Voigt, responsable des affaires publiques mondiales pour Danfoss Climate Solutions.  

"Gérable" d’un point de vue économique


Surtout, ces mesures permettraient à l’Union européenne de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et d’être en phase avec ses objectifs climatiques. Ce sevrage du gaz russe serait en outre "gérable" d’un point de vue économique selon le Conseil d’analyse économique. Il a calculé que la perte potentielle de revenu serait comprise entre 0,2 et 0,3% en moyenne à l’échelle du continent, soit un coût de 100 euros en moyenne par adulte et par an, 54 euros pour un Français. Mais d’autres pays, très dépendants du gaz russe, comme la Lituanie, la Slovénie, la Finlande, et dans une moindre mesure l’Allemagne, seraient plus impactés.  
Pour l’instant, seuls onze pays européens – la France n’en fait pas partie – ont signé une déclaration commune pour appeler à accélérer le développement des énergies renouvelables et des mesures d’efficacité énergétique en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis le 24 février, l’Union européenne a déjà versé près de 39 milliards d’euros à Moscou pour ses hydrocarbures, et a ainsi indirectement contribué à financer la guerre.  
Compteur paiements UE russie hydrocarbures
Concepcion Alvarez @conce1

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