Publié le 09 novembre 2016

C O P22

ENVIRONNEMENT

Trump président : à la COP22, des négociateurs déprimés mais pas résignés

Le candidat républicain climato-sceptique Donald Trump devient le 45ème président des États-Unis. Il prendra officiellement ses fonctions le 20 janvier 2017. À la COP22, qui se tient actuellement à Marrakech, le choc est palpable chez les négociateurs. Mais ils ne veulent pas céder à la déprime : le temps reste à l’action. 

Après ses déclarations climato-sceptiques, après avoir affirmé que le réchauffement climatique était une invention chinoise pour affaiblir l’économie américaine, Donald Trump a tenu, une fois son élection confirmée, des propos plus rassembleurs.
Jim Watson / AFP

Le ton est donné. "La nouvelle est déprimante mais la réponse doit être l’action et non la résignation – spécialement en ce qui concerne le climat", écrit Paul Watkinson, le chef de l’équipe française de négociation climat, sur son compte Twitter. 

Une réaction que l’on retrouve chez beaucoup d’acteurs et d’observateurs des négociations climatiques, qui se déroulent actuellement à Marrakech, à l’occasion de la COP22. Car si le programme de campagne de Donald Trump est effrayant en matière climatique, le principe de réalité pourrait bien réduire ses ambitions, particulièrement en ce qui concerne la remise en cause de l’Accord de Paris. 



 

4 ans de sursis

 

Très vite, à l’annonce des résultats, la ministre française de l’Environnement et ex-présidente de la COP21 Ségolène Royal a précisé sur RTL que la sortie des USA serait difficile : "À l'heure où je vous parle, 103 pays ont ratifié, représentant 70% des émissions (de gaz à effet de serre, NDLR). Il ne peut pas, contrairement à ce qu'il a dit, dénoncer l'Accord de Paris".

L’accord sur le climat, signé lors de la COP21 en décembre 2015 et entré en vigueur vendredi dernier, prévoit en effet que les pays l'ayant ratifié – dont les États-Unis – ne pourront le dénoncer avant quatre ans (dont un de préavis), soit le 4 novembre 2020, à la toute fin du mandat de Trump.

"L’Accord de Paris n’a pas été signé et ratifié par un président mais par les États-Unis. D’un point de vue législatif, le monde peut, doit et tiendra l’Amérique responsable devant son engagement climatique", rappelle de son côté Carroll Muffet, présidente du Centre international pour le droit environnemental (CIEL). D’autant que, sur le terrain, le changement climatique est déjà en marche, avec des conséquences sur le sol américain.

 

Changement de ton

 

"Donald Trump va devenir un des hommes les plus puissants de la planète, mais même lui ne peut détourner les lois de la physique et de la science", pointe Alden Meyer, directeur chargé des questions climat, stratégies et politiques au sein de l’ONG américaine Union of Concerned Scientists. Qui rappelle que le réchauffement climatique est une devenue réalité, dans le monde et aux États-Unis, comme le montre les cas de la Louisiane et de la Floride. "En tant que président des États-Unis, il aura la responsabilité d’assurer l’intégrité physique des citoyens américains qui sont menacés par les effets du réchauffement climatique."

Et il lui faudra aussi lutter contre la dynamique vers une transition économique bas-carbone, déjà enclenchée par la société civile et le secteur économique américain, veut aussi croire Nathaniel Keohane, vice-président du Global Climate Environmental Defense Fund : "Aux États-Unis, les villes, États et entreprises, de Apple à Tesla en passant par Walmart, vont poursuivre la transition vers une économie bas-carbone déjà entamée. Ces élections ne pourront pas changer ça." 

Le désormais 45ème président des États-Unis est-il en train de prendre conscience de cet état de fait ? Après la multiplication de déclarations climato-sceptiques, après avoir affirmé que le réchauffement climatique était une invention chinoise pour affaiblir l’économie américaine, les propos très rassembleurs tenus par Donald Trump une fois son élection confirmée, laissent planer une grande incertitude. "L’élection de Donald Trump va rendre notre travail plus difficile, mais pas impossible", note Katherine Egland, membre de la direction de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). "Son discours ce matin était très conciliant. J’attends qu’il évolue sur la question du climat, et avec lui, le pays." 

 

Impact sur les relations sino-américaines

 

L'une des grandes inconnues reste aussi l’impact de ces élections sur les relations entre la Chine et les États-Unis. Sous l’administration Obama, elles étaient devenues le moteur de la diplomatie climatique mondiale. C’est notamment grâce à elles que le traité de Paris a pu entrer en vigueur si rapidement.

Pour Kelly Sims Gallagher, professeur spécialisée sur l’énergie et l’environnement à la Fletcher school et ancienne conseillère environnementale de Barack Obama, l’élection de Donal Trump ne sonne pas la fin de l’Accord de Paris, mais signifie certainement un recul. "Tout particulièrement en ce qui concerne les relations entre Pékin et Washington. La politique climatique était justement le point lumineux de ces relations." 


Mais selon Li Shuo, de Greenpeace Chine, les élections américaines ne changeront rien à la politique climatique de la Chine. Car les enjeux domestiques qui y sont liés sont bien trop importants pour le pays. On pense par exemple aux questions de santé publique avec la pollution de l’air et de l’eau, ou la création de nouveaux emplois grâce aux énergies renouvelables. "La Chine n’attendra pas les États-Unis." 

Les autres pays du monde non plus, veut-on croire à la COP22.

Claire Stam, à Marrakech
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