Publié le 28 octobre 2019

ENVIRONNEMENT

[Tour du monde de la transition] En Algérie, la famille Katoub réduit progressivement sa dépendance au pétrole

Toute la semaine, Novethic fait le tour du monde de la transition en cours sur la période 2020-2050 en s’appuyant sur les travaux Our Life 21 du think-tank 4D, qui se basent sur les tendances existantes et les contributions des différents pays à l’Accord de Paris. Voici l'histoire, fictive, d'une famille algérienne. À Hassi Messaoud, Rabah et Nassima Katoub sont les purs produits du développement de l’industrie pétrolière, qui alimente l’économie du pays. Au fil des années, avec leur famille, ils vont devoir s’adapter aux changements énergétiques du pays. 

Famille algerienne bon DGLimages
En Algérie, la famille Ketoub opère sa transition énergétique.
@DGLimages

Nous sommes au cœur du Sahara algérien, à 800 km d’Alger, dans la ville d’Hassi-Messaoud, où le plus grand gisement pétrolier d’Afrique a été découvert en 1956. Dans cette ville qui a poussé comme un champignon avec le développement de l’industrie pétrolière, Rabah, 45 ans en 2020, et sa femme Nassima, travaillent chez Sand Oil, lui en tant que technicien spécialisé, elle en tant que comptable.

Ils vivent avec leurs trois enfants, Hichem, 20 ans et les jumelles, Selma et Feriel, 10 ans, dans leur appartement moderne de 80 mètres carrés, réservé aux employés de la firme. Voici leur histoire fictive, entre 2020 et 2050, selon les travaux d’Our Life 21, réalisés par le think tank 4D.

2020 : le pétrole, au cœur des débats

5 octobre 2020. "Un stage au CDER, le centre des énergies renouvelables ? Mais ce n’est pas sérieux ! Avec un bagage comme le tien, c’est dans le pétrole que tu dois faire carrière !". À chaque repas, c’est la même rengaine depuis qu’Hichem a annoncé son choix de devenir ingénieur dans le photovoltaïque. Son père Rabah est inquiet. Lui qui a effectué une belle carrière dans le pétrole, craint pour l’avenir de son fils.

En 2009, lui aussi avait pourtant mis de l’espoir dans le méga projet d’énergie solaire Désertec qui promettait d’apporter une énergie abondante et bon marché au pays. Las, trop ambitieux, trop cher aussi, il a périclité en 2019. Et il regarde aujourd’hui avec réticence ce nouvel eldorado des énergies renouvelables, qui lui semble moins stable que la ressource pétrolière. Certes, il ne se voile pas la face, le cours du brut a chuté ces dernières années et l’ultra-dépendance du pays à cette ressource de plus en plus contestée commence à devenir difficilement tenable. Mais il aurait aimé pouvoir explorer les possibilités offertes par le gaz de schiste, dont le pays regorge. Face aux fortes oppositions de la population, le projet de leur exploitation est cependant au point mort…

Si Hichem entend les craintes de son père, il a besoin de nouveautés. L’an dernier, il avait manifesté avec ses amis pour plus de démocratie. Et il ressent aussi le besoin de faire bouger les lignes d’un système énergétique à bout de souffle face à la montée de l’urgence climatique. Pour lui, l’avenir est au solaire et à l’éolien, qui se développe dans le sud du pays. Il n’est qu’à regarder les canicules à répétition qui assèchent de plus en plus la région. Dans le désert, l’an dernier, un thermomètre avait recensé 76,7°C le 7 juillet !

En chiffres : En 2020, la famille Katoub reste très dépendante du pétrole et émet 3,7 tonnes de CO2 par personne et par an. 

Algerie 1

 

2030-2040 : du vert dans la ville

23 mai 2034. Les jumelles Feriel et Selma peuvent être fières. Leur projet d’Oasis urbaine a séduit et le maire et le président de la Chambre de commerce. Ces îlots de verdure permettent aux habitants de se rafraîchir et complètent les autres projets d’agriculture urbaine qui commencent à voir le jour dans la ville. Cela ne suffit pourtant pas.

Dans l’appartement familial, il a fallu isoler les toitures-terrasses, poser des pare-soleil sur les vitrages exposés à l’est et au sud. Il a aussi fallu investir dans de nouveaux climatiseurs, plus performants et surtout moins énergivores. Pour chauffer l’eau, des capteurs solaires ont été installés sur le toit. Cet été, les jumelles partent quand même rejoindre leurs cousins sur la côte, dans le nord du pays, pour profiter de la fraîcheur marine.

Mais avant de partir, elles saluent Hichem, qui reste en ville tout l’été avec sa femme, Asma, et son fils Nazim, qui vient de naître. Il commence son nouveau travail chez Solarys, qui développe une centrale solaire thermodynamique. Lui aussi sourit, il a fait le bon choix il y a dix ans. Les gisements pétroliers et gaziers s’épuisent plus rapidement que prévus. Ils abritent aujourd’hui quelques projets de séquestration du carbone mais qui ne sont toujours pas rentables à ce stade.

En chiffres : En 2030, la famille Katoub, moins dépendante des ressources fossiles, a pu diviser par presque deux ses émissions par tête.

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2050 : le virage des renouvelables

Le 3 juin 2050, c’est le grand jour. Le maire d’Hassi-Messaoud annonce son grand plan de reconversion économique de la ville. C’est une page qui se tourne : la ville délaisse officiellement le pétrole pour se tourner vers les énergies renouvelables. De grandes centrales solaires et des fermes éoliennes tournent déjà à plein régime. Mais de nouveaux petits projets, locaux, destinés à répondre aux besoins des familles rurales sont soutenus financièrement par la région. Une aubaine pour Hichem et son entreprise qu’il a créée il y a 10 ans avec sa femme et qui investit sur ce type de projets.

Pour développer l’agriculture locale, l’exploitation de la plus grande réserve d’eau douce au monde, la nappe albienne grâce à des pompes photovoltaïques, vient aussi d’être décidée. L’enjeu est important : il s’agit de freiner les coûteuses importations alimentaires de fruits et légumes qui, malgré le fort développement du fret ferroviaire, grèvent leur budget carbone.

Pour accompagner le changement, le maire annonce également l’accélération du grand plan de formation continue et initiale avec la création d’une école dédiée à la transition alimentaire. Wassim, le dernier fils d’Hichem, dresse l’oreille : il espère qu’il pourra y étudier l’agrotech, une passion qu’il cultive depuis tout petit.

En chiffres : Entre 2020 et 2050, la consommation énergétique de la famille Katoub a été réduite de 25% et ses émissions de GES ont été divisées par 2,2. Elle reste toutefois au-dessus de la moyenne du pays et à l'effort à fournir au niveau global pour rester en deçà des +2°C de l'accord de Paris.

Algerie 3

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

*Ce portrait, ainsi que ceux de la série Tour du monde de la transition, sont fictifs et issus des travaux Our Life 21 du think tank 4D qui entendent modéliser les évolutions de comportements de familles de différents pays dans le but d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat mais aussi les Objectifs de développement durable (ODD). Ceux-ci se basent sur les contributions des différents pays présentés par chaque pays lors de la COP21 et donc sur des objectifs plus volontaristes que les tendances actuelles. 


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