Publié le 14 janvier 2020

ENVIRONNEMENT

Tennis, Athlétisme, Biathlon, Rugby … Sportifs, ces gladiateurs climatiques

Les incendies en Australie accentués par le changement climatique mettent en péril la santé des joueurs de tennis qui s’apprêtent à disputer le tournoi ATP de Melbourne. Mais malgré la catastrophe en cours, pas question de reporter. Un nouvel exemple des conditions extrêmes auxquelles sont de plus en plus souvent confrontés les sportifs après les canicules de Doha sur les athlètes, les typhons japonais sur les rugbymen, les neiges artificielles à Oberhof pour les biathlètes. Qu’il y ait danger ou hérésie environnementale, "the show must go on".

Serena Williams AUckland MichaelBradley AFP 01
Serena Williams a reversé toute la prime de sa victoire à Auckland pour les familles australiennes victimes des incendies.
@MichaelBradley/AFP

Ce mardi 14 janvier, débute le tournoi de qualification du tournoi de tennis du Grand Chelem à Melbourne en Australie. Les stars du circuit, elles, débuteront le lundi 20 janvier jusqu’au 2 février. Dans un premier temps, ce ne sont pas sur les aces et les passing-shots que les yeux se sont portés mais sur les incendies et les fumées nocives à quelques dizaines de kilomètres. Les incendies incontrôlables qui ravagent le pays sont loin mais leurs effets ne se font pas moins sentir. Déjà, la joueuse Dalila Jakupovic a abandonné en plein match après avoir s'être effondrée.

 

Le numéro 2 Novak Djokovic, également président du Conseil des joueurs de l'ATP, s’interroge sur ce contexte. Pour lui, "si on arrive à des conditions qui affectent la santé des joueurs, je pense qu'on devrait vraiment envisager de reporter l'Open d'Australie", assure-t-il même s’il sait que cela à peu de chance de se produire en raison du calendrier hyperchargé et des enjeux économiques. Toutefois, la situation dramatique a poussé les joueurs professionnels à se mobiliser.

Tous les sports touchés

À commencer par Serena Williams qui a reversé toute sa prime de victoire à Auckland en Nouvelle-Zélande (43 000 euros) en faveur des victimes des incendies qui ont déjà fait 26 morts. De leur côté, les joueurs du circuit masculin ont fait un don de 500 000 dollars pour cette cause. Roger Federer a été nommément visé par les activistes de la cause environnementale alors qu’il prête son image à Crédit Suisse accusé de financer les énergies fossiles. En réponse, il s’est engagé à faire un don et a sobrement justifié : "Si on peut aider, c'est bien de montrer sa solidarité face à une situation devenue assez incroyable dans le pays".

Au-delà du tennis, c’est l’ensemble du monde du sport qui fait face au changement climatique et aux pressions économiques croissantes. Il y a quelques mois, les sportifs ont subi de plein fouet les 45 °C de nuit au Qatar lors des championnats du monde d’athlétisme. Sur le marathon féminin, 28 des 68 coureuses engagées ont abandonné. "C’est le marathon le plus dur de ma vie, ils n’auraient jamais dû donner le départ", a critiqué la croate Bojana Bjeljac. Ce mondial est une "catastrophe", avouait même Kevin Mayer, recordman du dernier décathlon. "On n’a pas mis les athlètes en avant en venant ici. On les a surtout mis en difficulté", ajoute-t-il.

Les JO d’hiver en danger

Quelques semaines plus tard, la coupe du monde de rugby se déroulait au Japon, nation promise à un merveilleux avenir avec le ballon ovale. Mais en raison d’un typhon, plusieurs matchs ont été annulés, grevant les chances de petites équipes de tenter leur chance face aux nations les plus fortes. Enfin, il y a quelques jours, la traditionnelle épreuve de biathlon de Oberhof en Allemagne s’est déroulée sur de la neige artificielle de mauvaise qualité qui a provoqué d’impressionnantes chutes. Les quelques portions sur neige naturelle ont demandé un transport sur des centaines de kilomètres.

 

La liste va s’allonger. Cet été, les jeux olympiques vont se dérouler à Tokyo sous d’accablantes chaleurs. D’ores-et-déjà, il a été décidé de délocaliser l’épreuve du marathon. En 2022, la coupe du monde de Football aura lieu au Qatar avec ses aberrants stades climatisés. Malgré les enjeux médiatiques et financiers, pas sûr que ce modèle puisse tenir longtemps, à commencer par le cas les Jeux Olympiques d’hiver.

Selon les recherches de scientifiques américains publiées dans The Lancet, dans les 50 ans qui viennent, les villes capables d’accueillir un tel événement vont se réduire comme peau de chagrin. Sur les 19 villes ayant déjà accueilli les Jeux olympiques d’hiver depuis 1924, huit ne pourraient plus le faire d’ici 2050 à cause des températures trop fortes pour autoriser la pratique du ski : Oslo (1952), Chamonix (1924), Innsbruck (1964 et 1976), Sarajevo (1984), Grenoble (1968), Squaw Valley (1960), Sotchi (2014) et Garmisch-Partenkirchen (1936).

Ludovic Dupin@LudovicDupin


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