Publié le 20 novembre 2019

ENVIRONNEMENT

Selon l’agence internationale de l’énergie, l’action des gouvernements et des industriels pour sauver le climat est insatisfaisante

Économies d'énergie, déclin du pétrole, développement de l'électricité d'origine renouvelable : le système énergétique mondial doit entreprendre des transformations "rapides" et massives pour limiter le changement climatique, met en garde l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son rapport annuel.

World energy outlook express 2019
Le monde n'est pas du tout sur la bonne voie pour un réchauffement à 1,5°C selon l'AIE.
@AIE

"Le monde a un besoin urgent de concentrer son attention, avec la précision d'un laser, sur la baisse des émissions planétaires", estime Fatih Birol, le directeur exécutif de l'agence basée à Paris, en présentation de son rapport annuel dévoilé mercredi 13 novembre à Paris. "Pour cela il faut une grande coalition comprenant les gouvernements, les investisseurs, les entreprises et tous ceux qui sont engagés pour s'attaquer au changement climatique", souligne-t-il.

Mais "la réponse des gouvernements et des industries est loin d'être satisfaisante", déplore-t-il. L'an dernier, la demande énergétique a connu une hausse importante, de même que les émissions de CO2 liées à l'énergie, qui ont atteint "un plus haut historique", explique l’agence. Elle pointe des tendances contradictoires, comme l'émergence des véhicules électriques occultée par le succès planétaire des SUV, ces 4x4 urbains polluants. Ces SUV sont la deuxième cause de la hausse des émissions en dix ans, derrière le secteur électrique, "et bien plus que tous les secteurs industriels mis ensemble", insiste Fatih Birol.

Pas de solution miracle

L'AIE publie comme chaque année plusieurs scénarios : l'un extrapole sur les politiques énergétiques existantes aujourd'hui, l'autre prend en compte les changements induits par les objectifs politiques affichés pour l'avenir, mais qui restent insuffisants. Seul un troisième scénario montre ce qu'il faudrait faire pour limiter les émissions en accord avec les objectifs de l'accord de Paris, pour contenir le réchauffement bien en dessous des 2 degrés, et plutôt à 1,5°, par rapport aux niveaux préindustriels.

Ce dernier - le scénario de développement durable - "nécessite des changements rapides et étendus à travers l'ensemble du système énergétique", prévient l'AIE. Et "il n'y a pas de solution simple ou unique pour transformer les systèmes énergétiques mondiaux". Il suppose en premier lieu que la demande en énergie soit plus faible en 2040 qu'elle n'est aujourd'hui, malgré la croissance de l'économie mondiale, grâce aux efforts d'efficacité énergétique.

Or celle-ci ne progresse pas assez vite, a déjà mis en garde l'AIE dans un rapport publié début novembre : elle n'a, depuis dix ans, jamais progressé aussi lentement qu'en 2018. L'atteinte des objectifs climatiques nécessite que l'utilisation de pétrole et de charbon atteigne immédiatement un pic avant de décliner, tandis que le gaz doit encore un peu progresser avant d'entamer son déclin. Il faudrait un marché pétrolier qui chute à 65 millions de barils par jour en 2040 (contre 97 millions l'an dernier), un niveau qui correspond à celui du début des années 1990.

L’obstacle charbon

En revanche, l'électricité doit croître et prendre la première place dans la consommation finale d'énergie, au détriment du pétrole, d'ici 2040. Les nouvelles capacités électriques doivent être tirées presque exclusivement par les renouvelables - éolien et solaire. "Placer les systèmes électriques sur un chemin soutenable nécessitera plus que la simple addition de renouvelables", met toutefois en garde l'AIE.

Il faudra aussi se débarrasser du charbon existant. Or ces centrales sont très nombreuses et relativement récentes en Asie, elles risquent donc de continuer à émettre pendant longtemps compte tenu de leur durée de vie importante.

L’AIE présente trois solutions possibles. La première est de les équiper avec des capacités de captation et de séquestration du carbone - au prix exorbitant d'un milliard d'euros par gigawatt (GW) de capacité sur la base de la technologie actuelle - ou d'équipements leur permettant d'utiliser aussi de la biomasse. La deuxième consiste à faire des centrales à charbon des moyens de production d'appoint pour assurer la flexibilité du système électrique tout en réduisant leur fonctionnement. La dernière, plus radicale, consiste à les fermer plus tôt que prévu. Dans le scénario durable, la plupart des 2 080 GW de capacités au charbon existantes devraient se plier à une de ces trois solutions.

La Rédaction avec AFP


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Alok sharma Foreign and commonwealth office

La COP26 est reportée d’un an à novembre 2021 pour mieux relever l’ambition, promettent les États organisateurs

La COP26 sur le climat a officiellement été reportée d'un an. Elle se tiendra du 1er au 12 novembre 2021 à Glagow, en Écosse. Alors que certains y voient un constat d'échec, les États organisateurs et plusieurs experts assurent que c'est le temps nécessaire pour relever l'ambition climatique. Le...

Essec

ESSEC, Sciences Po, Polytechnique : les grandes écoles prennent le tournant de la transition

L'école de commerce Essec vient de dévoiler son plan de transformation durable. Tous les cours intégreront désormais les dimensions environnementales et sociétales. Une démarche ambitieuse alors que les grandes écoles à l’instar de Sciences Po et Polytechnique intègrent de plus en plus ses enjeux...

Ursula von der leyen CE 270520

Plan de relance européen : la Commission veut construire une "Union de la durabilité pour les générations futures"

Très attendu, le plan de relance européen a été présenté mercredi 27 mai par la Commission européenne. Il propose un nouvel instrument de relance de 750 milliards d'euros, dont 500 milliards de subventions, qui seraient mutualisées entre tous les États membres. L'objectif est d'aider les pays les...

A320 AIr France

Air France va réduire de 40 % ses vols domestiques pour limiter son empreinte environnementale

Air France a annoncé, lors de son assemblée générale, vouloir réduire de 40 % son offre sur son réseau domestique. Une décision qui répond aux attentes du gouvernement, qui avait conditionné son aide de 7 milliards d'euros à des contreparties environnementales. Mais pour le think tank The Shift...