Publié le 28 novembre 2011

ENVIRONNEMENT

Secteur aérien : la Chine s'oppose aux quotas de C02 imposés par l'Europe

La Chine presse l'Union européenne d'abandonner son plan obligeant les compagnies aériennes internationales à acheter des permis d'émissions de C02. Les quatre grandes compagnies chinoises opérant en Europe ont porté plainte et attaquent en justice l'Union européenne. Tout comme les compagnies américaines.

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A partir du 1er janvier prochain, toutes les compagnies aériennes opérant en Europe devront intégrer le système de quota européen de permis d'émission de CO2. Le plan de l'UE oblige les compagnies à acheter 15% des droits d'émissions de carbone en 2012 et 18% entre 2013 et 2020. La Commission a en effet estimé que si les émissions de GES de l'aviation ne représentent encore que 3% du total des émissions au sein de l'UE, elles devraient atteindre 5% d'ici 2050. Par ailleurs ses émissions augmentent plus rapidement que celles de tous les autres secteurs. « Le marché du transport aérien est un marché mondial, explique un porte-parole de la Commission européenne en charge du changement climatique. Il est donc simplement normal que les compagnies - toutes les compagnies - qui atterrissent ou décollent d'Europe soient comptables de leurs émissions. Autrement cela serait discriminatoire ».

Si les compagnies européennes ont vivement combattu cette mesure depuis son annonce, ce sont aujourd'hui les Etats-Unis et la Chine qui sont bien décidés à se battre contre cette réglementation qui coûterait selon les estimations des autorités des centaines de millions d'euros. 90 millions pour les seules compagnies chinoises en 2012 et 1,5 milliards d'ici 2020, selon une estimation officielle des autorités de régulation à Pékin.Aujourd'hui c'est un front de 20 pays qui s'oppose à cette législation. Mais la Commission n'est pas prête à céder : « Les pays doivent nous proposer des mesures concrètes de compensations de leurs émissions carbone dans tous les domaines. Le transport aérien contribue pour 3% aux émissions de gaz à effet de serre, précise le porte-parole européen. C'est beaucoup trop. Pour l'instant les Chinois ne nous ont présenté aucune mesure concrète de réduction de leurs émissions et rien qui n'incite à la réduction de la consommation de carburant. Donc si rien ne bouge d'ici le 1er janvier, ils devront payer, comme les autres ».

Bras de fer et menaces

C'est donc un bras de fer qui commence. Aux Etats-Unis, le Congrès a choisi la voie juridique et la Chambre des Représentants a voté en octobre un projet de loi qui interdirait purement et simplement aux compagnies aériennes américaines d'acheter des quotas de carbone. L'Association des transporteurs aériens des Etats-Unis (à laquelle adhèrent notamment American Airlines, Continental Airlines et United Airlines) a même porté plainte devant la Cour européenne de Justice. Soutenue en cela par le Président Barack Obama.

La Chine, quant à elle, va encore plus loin et menace de rétorsion économique l'Union européenne. En n'achetant plus d'avions Airbus par exemple... « C'est injuste. Nous achetons des avions Airbus. S'il faut reprocher à quelqu'un ce problème d'émissions, cela devrait être au constructeur et non au client », justifie le vice-secrétaire général de l'Association de Transport aérien chinoise. Un coup dur pour l'avionneur européen qui revendique une part de marché de 43% en Chine. Le pays est en passe de devenir le moteur du secteur aéronautique d'ici une vingtaine d'années, avec des investissements prévus dépassant les 200 milliards d'euros. En attendant d'en arriver là, les quatre grandes compagnies aériennes chinoises opérant vers l'Europe (Air China, China Southern, China Eastern et Hainan Airlines) portent plainte et attaquent en justice l'Union européenne. Une bataille juridique qui promet d'être sans pitié.

Le futur marché mondial du carbone en jeu

La Chine comme souvent glisse du terrain économique au terrain politique et accuse l'Europe de tous les maux. Depuis quelques semaines, la presse officielle se déchaîne contre ce plan européen. « La communauté internationale a des intérêts communs pour lutter contre les émissions de dioxyde de carbone. Avec ce consensus, l'Union européenne n'aurait pas dû adopter une telle politique contraignante et unilatérale », indique Wei Zhenzhong, secrétaire de l'Association du transport aérien de Chine (CATA). « Ce plan n'est pas seulement une mesure pour lutter contre le changement climatique, il s'agit également d'une décision politique et économique », ajoute l'Académie chinoise des Sciences sociales, dans un rapport repris abondement par les médias d'Etat. Selon leurs évaluations, elles pourraient faire face à un surcout d'environ 800 millions de yuans (environ 92,5 millions d'euros) en 2012 et 17,6 milliards de yuans au total d'ici 2020 (un peu plus de 2 milliards d'euros). Leur marge bénéficière et leur capacité à investir dans des technologies limitant les émissions de CO2 en souffriraient, une situation qui "[irait] à l'encontre de l'intention originelle de l'UE pour réduire les émissions".
La Chine martèle ses objectifs de réduction de 17% de ses émissions de dioxyde de carbone par unité de PIB d'ici 2015, par rapport au niveau de 2010. Mais dans le même temps, elle s'oppose à toute action coercitive et à tout contrôle de ses émissions par des pays tiers. Surtout, elle reproche à l'Europe de vouloir prendre le leadership dans la perspective d'un futur marché mondial de carbone, actuellement en négociation avec l'Union euroépenne, et alors même que le pays prévoit de lancer son propre marché carbone en 2015.

De Stéphane Pambrun à Pékin
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