Publié le 10 septembre 2018

ENVIRONNEMENT

Sécheresse en Irak : un terreau fertile à la résurgence de l’État islamique

Alors que le Conseil de sécurité des Nations Unies réfléchit à s’emparer du sujet du changement climatique, un groupe d'experts alerte sur la sécheresse qui frappe actuellement l’Irak et qui attise les tensions au sein des communautés. Elle crée un terrain propice au retour de l’État islamique chassé de l'ensemble des centres urbains du pays l’année dernière.  

Les experts craignent que les terroristes gagnent des soutiens et retrouvent leur puissance dans les communautés aux ressources limitées.
@Pxhere

Si le lien entre événements climatiques extrêmes et risques géopolitiques n’est plus à démontrer, une nouvelle étude vient encore enfoncer le clou. Dans un rapport publié tout début septembre, un groupe de travail d'experts sur les risques en matière de sécurité liés au climat alerte sur la sécheresse qui frappe actuellement l’Irak, et notamment la province pétrolifère de Bassora, où viennent se jeter les fleuves Tigre et Euphrate.

La pénurie d’eau y atteint un niveau historique depuis 1931. En un an, les surfaces cultivées ont été divisées par deux et les troupeaux réduits d’un tiers si bien que le gouvernement vient d’interdire les cultures de céréales trop gourmandes en eau comme le maïs et le riz. De quoi mécontenter encore un peu plus les populations en proie à un chômage extrêmement élevé. 7 millions de personnes pourraient en outre être forcées à se déplacer en raison du manque d’eau.

Le retour de l’État islamique

"La combinaison des ressources hydrauliques limitées, la hausse des températures et le climat extrême obèrent les ressources de base de l'Irak et sapent les moyens d'existence de la population", assurent les auteurs de cette étude. "Ne pas agir contre les risques liés au climat accroîtra le danger de voir l'État islamique (EI) ou d'autres groupes terroristes post-EI gagner des soutiens et retrouver leur puissance dans les communautés aux ressources limitées." 

La ville irakienne de Bassora est d’ores et déjà en proie à un mouvement de contestation sociale depuis deux mois. La semaine dernière, celui-ci a connu sa journée la plus sanglante avec la mort de six manifestants et de nombreux blessés lors de nouvelles protestations contre l’inaction des autorités entraînant la mise en vigueur d'un couvre-feu. Au total, depuis début juillet, au moins 23 personnes ont été tuées.

20 000 personnes intoxiquées

Pour noircir encore le tableau, une crise sanitaire sans précédent vient s’ajouter à la crise sociale et environnementale. Ces trois dernières semaines, près de 20 000 personnes ont dû être hospitalisées pour des intoxications après avoir bu de l’eau trop salée et polluée.

Les experts demandent à la Mission d'assistance de l'ONU en Irak de surveiller et d'informer sur les risques causés par le changement climatique et d'appuyer les autorités en intégrant la question du climat et des déplacements de population dans leur plan post-EI.

Pour l’instant, le lien entre réchauffement climatique et conflits a seulement fait l'objet d'un vaste débat en juillet dernier au sein de la plus haute instance de l'ONU. Il n’a abouti sur aucune déclaration consensuelle ni mesures concrètes mais a eu le mérite de poser le sujet sur la table. Du 11 au 13 novembre, une nouvelle séquence diplomatique sur ce sujet sensible se tiendra à Paris lors du Forum sur la paix à La Villette. Parmi les cinq thématiques au programme, un focus sur l’environnement est prévu. Signe que la question commence à mobiliser.      

Concepcion Alvarez @conce1


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