Publié le 13 avril 2019

ENVIRONNEMENT

[Science] Le CO2 au plus haut depuis 3 millions d'années… à une époque où les océans étaient 15 mètres plus élevés

La concentration dans l'atmosphère du CO2, l’un des gaz en cause dans le réchauffement climatique, est au plus haut depuis 3 millions d'années, rendant inéluctable la hausse dramatique de la température de la planète et du niveau des océans en quelques siècles, mettent en garde des chercheurs.

Les émissions de CO2 sont au plus haut dans l'atmospère depuis 3 millions d'années.
@Jukkisjupi

Les scientifiques estimaient jusqu'alors que le niveau actuel de dioxyde de carbone, un peu supérieur à 400 parties par million (ppm), n'était pas plus important que celui d'il y a 800 000 ans, lors d'une période marquée par des cycles de réchauffement et de refroidissement de la Terre qui se poursuivraient aujourd'hui indépendamment du réchauffement lié aux activités humaines.

Mais des carottes de glace et de sédiments marins prélevés à l'endroit le plus froid de la planète révèlent désormais que la barre des 400 ppm a en fait été dépassée pour la dernière fois il y a 3 millions d'années, pendant le Pliocène. Les températures étaient alors 3 à 4°C plus élevées, des arbres poussaient en Antarctique et le niveau des océans était 15 mètres plus haut.

Ces analyses sont corroborées par un nouveau modèle climatique développé par le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK). "La fin du Pliocène est relativement proche de nous en termes de niveaux de CO2", explique à l'AFP Matteo Willeit, chercheur au PIK et principal auteur d'une étude publiée cette semaine. "Nos modèles suggèrent qu'au Pliocène, il n'y avait ni cycle glaciaire, ni grosses calottes glaciaires dans l'hémisphère nord. Le CO2 était trop élevé et le climat trop chaud pour le permettre".

Une montée des eaux inéluctable

Pour des chercheurs réunis cette semaine à Londres, il y a des leçons à tirer du Pliocène. "Les températures mondiales étaient 3 à 4 °C plus élevées qu'aujourd'hui et le niveau de la mer 15 à 20 mètres plus haut", commente Martin Siegert, professeur de géoscience à l'Imperial College de Londres. Aujourd'hui, avec 1°C de plus qu'à l'époque pré-industrielle, la Terre subit déjà les impacts du dérèglement climatique, des inondations aux sécheresses.

Pour Martin Siegert, avoir dépassé 400 ppm de CO2 n'implique pas une hausse du niveau des mers de l'ampleur de celle du Pliocène de façon imminente, mais à moins que l'Homme n'arrive à retirer le CO2 de l'atmosphère à grande échelle, des impacts majeurs sont inévitables, tôt ou tard. En se basant sur les concentrations de CO2, les glaciologues prédisent une augmentation du niveau des océans entre 50 cm et un mètre d'ici la fin de ce siècle, indique le chercheur.

"Il serait difficile que cela soit plus, parce que la fonte prend du temps. Mais ça ne s'arrête pas à 2100, ça continue", prévient-il. En octobre, les scientifiques du Giec tiraient la sonnette d'alarme : pour rester sous les 1,5°C, il faudrait réduire les émissions de CO2 de près de 50 % d'ici 2030. Mais malgré les promesses, ces émissions liés aux énergies fossiles et à l'agriculture augmentent inexorablement.

Une expérience folle

"À 400 ppm, nous restons sur la trajectoire d'un climat similaire au Pliocène", prévient Tina van De Flierdt, professeur de géochimie isotopique à l'Imperial College. La calotte glaciaire du Groenland, qui contient assez d'eau pour faire augmenter le niveau des mers de sept mètres, avait alors disparu. Et celle de l'ouest de l'Antarctique, "qui contient environ 5 mètres, avait probablement disparu". 

Les chercheurs estiment que l'atmosphère a précédemment déjà connu des niveaux de CO2 bien supérieurs à 400 ppm, mais le gaz avait mis des millions d'années à s'accumuler. Mais actuellement, les émissions liées à l'activité humaine ont fait grimper les niveaux de CO2 de plus de 40 % en seulement un siècle et demi.

Avec une concentration à 412 ppm, et en progression, certains experts estiment qu'un réchauffement de la planète de 3 à 4°C est probablement inéluctable. La dernière fois que le CO2 était aussi présent dans l'atmosphère, il avait ensuite été peu à peu capturé par les arbres, les plantes, les animaux, puis enterrés avec eux à leur mort. "Et ce que nous faisons depuis 150 ans, c'est de le déterrer et de le renvoyer dans l'atmosphère", souligne Martin Siegert. "C'est une expérience folle".

Ludovic Dupin avec AFP


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