Cette fois c'est l'Agence européenne de l'environnement, que l'on peut difficilement taxer de décroissante, qui lance le débat. Dans une note publiée en janvier, elle estime que le découplage entre croissance économique et pressions sur l'environnement semble peu probable. Dès lors, elle appelle les citoyens à s'emparer du sujet pour penser une société sobre en carbone où croissance et progrès seraient pensés d'un point de vue plus qualitatif que quantitatif. 

Le débat fait rage depuis des décennies. Croissance économique et réduction des impacts environnementaux peuvent-ils aller de pair ? C’est ce que défendent la plupart des dirigeants. Pourtant, selon la très sérieuse Agence européenne de l’environnement (AEE), qui vient de publier une note sur le sujet (1), ce découplage semble "peu probable" alors qu’"aucun consensus scientifique n’a jamais émergé au fil des années". L’instance étrille au passage les espoirs placés dans une économie 100 % circulaire alors que seuls 12 % des matières sont aujourd’hui recyclées au sein de l’Union européenne.
"Le Green Deal européen nécessite non seulement des changements technologiques, mais aussi des changements dans la consommation et les pratiques sociales. La croissance est enracinée culturellement, politiquement et institutionnellement. Le changement nous oblige à surmonter ces obstacles démocratiquement. Les sociétés doivent repenser ce que l’on entend par croissance et progrès et leur signification pour construire un monde durable, pour ne plus les envisager d’un point de vue seulement quantitatif mais aussi qualitatif" écrit l’AEE.
Des objectifs 2030 atteignables avec une croissance faible
En ce début d’année, une autre étude (2) publiée par l’institut Rexecode, réputé proche des entreprises, montre que la France pourrait atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030, si les investissements prévus en ce sens dans le plan de relance étaient sanctuarisés mais aussi à la condition que les perspectives de croissance restent basses (+0,8 % par an entre 2024 et 2030). Cette croissance plus faible représenterait ainsi les deux tiers de l’effort à fournir.   
"Que pourrait-on réaliser en termes de progrès humain si le pacte vert européen était mis en œuvre dans le but spécifique d’inspirer les citoyens, les communautés et les entreprises européens à créer des pratiques sociales innovantes qui ont peu ou pas d’impacts environnementaux tout en poursuivant une croissance sociétale et personnelle ?", questionne encore l’AEE.
Une prise de position saluée notamment par Jean-Marc Jancovici, spécialiste de l’énergie et du climat, qui s’est fendu d’une chronique dans l’Express. "De façon inattendue, l’AEE vient tout juste de publier une note expliquant que la croissance verte, cela n’existe pas. Est-ce le début d’un débat adulte sur l’avenir ?" s’interroge-t-il.  
Concepcion Alvarez @conce1
(1) Voir la note de l’AEE, 11 janvier 2021
(2) Voir l’étude de Rexecode, 20 janvier 2021

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