Publié le 23 mai 2023
ENVIRONNEMENT
Planification écologique : des "amuses-bouches" mais pas encore de mesures concrètes
Premiers pas dans la planification écologique. Élisabeth Borne, la Première ministre, accompagnée, une fois n'est pas coutume, par une dizaine de ministres, a présenté des premières pistes lundi 17 mai à la société civile réunie au sein du Conseil national de la transition écologique (CNTE). Tous les secteurs sont concernés, mais à des degrés divers.

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Électrification des véhicules, covoiturage, fin des chaudières au fioul mais aussi au gaz ou encore décarbonation de l’industrie… voici les premières mesures pour le climat évoquées par la Première ministre Elisabeth Borne lors d’une réunion exceptionnelle qui s’est tenue lundi 17 mai devant le Conseil national de la transition écologique (CNTE). Celui-ci réunit à la fois les représentants des collectivités territoriales, des organisations syndicales ou encore des associations de protection de l’environnement.
"Nous restons un peu sur notre faim, réagit à chaud auprès de Novethic Anne Bringault, la coordinatrice du Réseau action climat. Nous avons eu des amuses-bouches et un menu mais nous devrons encore attendre le mois de juin pour avoir le plat de résistance", explique-t-elle. Le gouvernement prévoit en effet de publier un premier jet de la nouvelle Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la stratégie Biodiversité avant l’été, lors d'un conseil de planification écologique présidé par Emmanuel Macron.
Une réduction des émissions deux fois plus rapide
Au-delà des quelques mesures concrètes, le plan d'action dévoilé par Elisabeth Borne propose pour la première fois des objectifs chiffrés pour les grands secteurs de l'économie à l'horizon 2030, en s’appuyant sur la trajectoire adoptée par Bruxelles, qui prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 par rapport à 1990. La France vise ainsi à atteindre des émissions limitées à 270 millions de tonnes de CO2 équivalent par an (MtCO2e/an) à la fin de la décennie, contre 408 MtCO2e en 2022. Ce qui implique de les faire baisser à un rythme deux fois plus rapide qu'aujourd'hui. Les transports, le bâtiment et l'industrie vont représenter les deux tiers de l'effort.
"On ne va pas bouder notre plaisir de voir la mobilisation d'Elisabeth Borne, accompagnée pour la première fois de plusieurs ministres, autour d'une planification écologique concrète, en France pour cette décennie", réagit également Pierre Cannet, directeur du plaidoyer et des campagnes du WWF France. Mais le gouvernement devra "revoir sa copie" d'ici l'été, selon lui. "Qu'il s'agisse de la réorientation des budgets et financements vers la transition, de la restauration de la nature pour les puits de carbone ou de la révision de notre stratégie agricole, le gouvernement a maintenant du pain sur la planche !"
Même réaction du côté du Réseau action climat. "Globalement, la trajectoire présentée est la bonne, même si les efforts demandés à l’agriculture sont moins importants que pour les autres secteurs. Mais comme les puits de carbone sont en train de se réduire, on sent poindre l’envie de développer davantage la technologie de capture et stockage du CO2 qui est encore immature et qui risque de nous faire rater l’objectif", poursuit Anne Bringault.
"Faire en dix ans ce que nous avons eu de la peine à faire en trente ans"
Les discussions entre le gouvernement et les acteurs concernés vont désormais se poursuivre pour aboutir d’ici à l’automne à une première mouture de la loi Energie-Climat qui doit fixer des objectifs précis. "Nous saluons la volonté de concertation du gouvernement et l'ambition affichée sur le climat, tout en rappelant qu'il faudrait la même sur la biodiversité. Une fois encore, nous avons plus échangé sur le climat que sur la biodiversité ce jour", regrette Matthieu Orphelin, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux.
Reste aussi la question des financements, sur laquelle le gouvernement n’a pas livré de chiffres. Un rapport remis le jour même à la Première ministre par l'économiste Jean Pisani-Ferry estime entre 25 et 34 milliards d'euros l'investissement public annuel d'ici 2030. "La neutralité climatique est atteignable. Y parvenir suppose une grande transformation, d’ampleur comparable aux révolutions industrielles du passé. Pour atteindre nos objectifs pour 2030 et viser ainsi la neutralité en 2050, il va nous falloir faire en dix ans ce que nous avons eu de la peine à faire en trente ans", prévient l'économiste.