Publié le 24 octobre 2014

ENVIRONNEMENT

Paquet énergie-climat : les 28 chefs d’Etats de l’Union s’accordent sur des objectifs minimum

C’est tard dans la nuit de jeudi à vendredi, que les 28 chefs d’Etats réunis en Conseil européen se sont accordés sur le Paquet énergie-climat. Celui-ci doit fixer la feuille de route européenne en matière de lutte contre le changement climatique et de réduction de la dépendance énergétique de l’Union européenne à horizon 2030. L’accord, qui a fait l’objet d’intenses tractations, est considéré comme "ambitieux" et "juste" par le président du Conseil. "Insuffisant" et "décevant" par les associations environnementales.

En Allemagne, une éolienne tourne devant une centrale électrique à Charbon.
© Carsten Koall / Getty Images Europe / AFP

C’est un paquet énergie climat amoindri qui est ressorti des négociations du conseil européen d’hier soir (23 octobre 2014).

Les chefs d’Etat et le président du Conseil, Herman Van Rompuy, présentent l’accord arraché dans la nuit comme la "politique énergétique et de climat la plus ambitieuse au monde". C'est notamment la teneur du message posté par Herman Van Rompuy sur Twitter.

Pourtant, certains objectifs définis par les chefs d'Etat et de gouvernement ont subi un coup de rabot par rapport à l’ambition initiale et le projet de la commission sur lequel les négociations s’appuyaient. Ces objectifs sont au nombre de trois. Ils portent respectivement sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre, l’amélioration de l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.

 

Trois objectifs

 

Deux d’entre eux, les -40% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et les +27% (au minimum) d’énergies renouvelables à la même échéance n’ont pas bougé par rapport au projet présenté par la Commission en janvier dernier. A l’époque, ils ne satisfaisaient pas les associations environnementales qui trouvaient les chiffres trop faibles et leur niveau de contrainte insuffisant.

C’est toujours le cas aujourd’hui, même si une avancée a tout de même été obtenue. Les émissions devront être réduites "d’au moins 40%", ce qui permet à l’Union de pouvoir arriver avec une ambition supérieure à la Conférence de Paris sur le climat, qui se tiendra en 2015 même si, à ce stade, une telle éventualité paraît peu plausible.

 

Deux blocs face à face

 

Le changement vient du dernier objectif, sur les économies d’énergie. Au départ il avait été laissé de côté et délégué à la révision de la directive sur l’efficacité énergétique. Mais depuis quelques mois, c’est le chiffre de -30% d’ici 2030 qui circulait. Celui-ci a finalement été réduit à "au moins -27%". Il s'agit d'un compromis, fruit des profondes divergences entre les pays: Angleterre, Pologne et pays de l’Est d’un côté, Allemagne, France, Danemark… de l’autre.

Ce chiffre de -27% n’est du reste qu’"indicatif, il "sera réexaminé d’ici à 2020, dans l’optique d’un objectif de 30% pour l’UE". Mais là encore, pour les associations environnementales le compte n’y est pas: cela "se traduira par un ralentissement des progrès dans ce domaine après 2020, par rapport aux tendances actuelles. En mettant un frein aux économies d’énergie, les gouvernements perdent une occasion unique d’améliorer la sécurité énergétique de l'Europe et de promouvoir des centaines de milliers de créations d’emplois", estime le Réseau Action Climat.

Même son de cloche du côté des Amis de la Terre: "Lobjectif n'envoie en effet pas le signal requis pour mettre fin aux énergies fossiles et amorcer la transition énergétique européenne. C'est aussi irréaliste par rapport à l’objectif de réduction des émissions de l’Union européenne de 80 à 95% en 2050: en 2030, il ne restera plus que vingt ans à l'Europe pour réduire de 55% ses émissions."

 

Trois principes

 

Selon le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, trois principes ont guidé les négociations. "D’abord, la justice: tous les pays contribuent, selon leur niveau de prospérité et leur capacité. Deuxièmement, la solidarité: avec un soutien pour les pays à plus faible revenu, à travers des objectifs adaptés et des fonds additionnels pour les aider à réussir leur transition vers une énergie propre. Troisièmement, la frugalité: l’argent devra être dépensé de manière la plus rentable possible, dans une perspective européenne."

Concrètement, cela se traduit par la mise en place de mécanismes complexes destinés aux pays les plus en peine économiquement, tels que des transferts de quotas de CO2 pour les Etats à faible revenu, la création d'un fonds alimenté par 2% des ventes de certificats du système des quotas européens d’émissions de CO2, une répartition de l’objectif de -40% par Etat selon le "PIB par habitant relatif" et une meilleure interconnexion européenne des réseaux de gaz et d’électricité pour les Etats baltes (pour une plus grande indépendance vis-à-vis du gaz russe), l’Espagne et le Portugal.

Béatrice Héraud
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