C'est une polémique de plus qui vient entacher la COP28 sur le climat qui se tiendra à la fin du mois à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Une enquête de l'AFP révèle comment le cabinet de conseil McKinsey influence les organisateurs du sommet, poussant pour les énergies fossiles. Alors que les prévisions des principaux producteurs de pétrole, de gaz et de charbon menacent l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C, la question de la sortie des énergies fossiles sera cruciale.

Une enquête édifiante publiée par l’AFP mardi 7 novembre montre comment l’un des plus grands cabinets de conseil au monde, McKinsey, déjà épinglé à plusieurs reprises, influence à contre-courant la présidence de la COP28. Selon plusieurs sources et documents consultés par l’agence, le cabinet pousse pour une poursuite des énergies fossiles, pétrole et gaz en tête, alors que l’un des enjeux clés du sommet sera justement de réussir à acter leur sortie ou a minima leur réduction progressive.
McKinsey "appelle vocalement et effrontément à des niveaux d’ambition plus bas en matière d’élimination du pétrole aux plus hauts niveaux de la présidence de la COP28", a ainsi déclaré à l’AFP une source qui était dans la salle pour des discussions confidentielles avec les hôtes du sommet. Le scénario énergétique de McKinsey pour la présidence de la COP28 "se lit comme s’il avait été écrit par l’industrie pétrolière pour l’industrie pétrolière", constate également Kingsmill Bond, l’un des principaux experts en actions qui l’a analysé.

Des préconisations contraire à celles de l’Agence internationale de l’énergie


Ce document, un "récit de transition énergétique" rédigé par le cabinet et obtenu par l’AFP n’appelle à réduire la consommation de pétrole que de 50% d’ici 2050, soit un niveau de consommation deux fois plus élevé que celui préconisé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Son directeur, Fatih Birol, a encore récemment affirmé que le pic de la demande en énergies fossiles aurait lieu "dans les prochaines années" de la décennie. McKinsey appelle en outre à investir encore 2 700 milliards de dollars par an d’ici 2050 dans le pétrole et le gaz.
Contacté par Novethic, McKinsey France n’a pas réagi. Mais au niveau mondial, le groupe a répondu à l’AFP en insistant sur le fait que "la durabilité est une priorité essentielle" et qu’il s’engage à aider ses clients à se décarboner. "Nous sommes fiers de soutenir la COP28 en fournissant des informations et des analyses stratégiques ainsi qu’une expertise sectorielle et technique", a-t-il déclaré.
"Nous avons besoin de l’aide des consultants car nous devons nous y mettre et agir très rapidement", a déclaré Bob Ward du Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment de la London School of Economics."Mais il est essentiel qu’ils travaillent activement pour la transition plutôt que d’essayer de la ralentir en raison des intérêts particuliers des acteurs en place, comme l’industrie des combustibles fossiles."

Le poids des cabinets de conseil dans les politiques publiques 


McKinsey conseille en effet les plus grandes entreprises pétrogazières au monde, telles que Chevron, Exxon, BP, Saudi Aramco ou encore le géant minier Rio Tinto. Le livre-enquête "When McKinsey Comes to Town", écrit par deux journalistes du New York Times, nous apprend que parmi les 100 plus grands émetteurs de gaz à effet de serre de la planète depuis 50 ans, McKinsey en a conseillé au moins 43 depuis 2010. De quoi susciter une levée de boucliers en interne.
Toujours selon l’AFP, en 2021, plus de 1100 employés de l’entreprise ont signé une lettre interne avertissant qu’"il existe un risque important pour McKinsey et nos valeurs si nous poursuivons le cap actuel". "Notre inaction (ou peut-être notre assistance concernant) les émissions des clients pose un risque sérieux pour notre réputation et nos relations avec nos clients. Nous avons dit au monde d’être audacieux et de s’aligner sur une trajectoire d’émissions de 1,5°C ; il est grand temps que nous suivions nos propres conseils", ont-ils écrit.
Alors que les données sur le changement climatique sont de plus en plus alarmantes – le mois d’octobre a été le plus chaud jamais enregistré – la place des cabinets de conseil comme McKinsey à la table des négociations pose problème. Après l’affaire McKinsey, qui a frappé l’entourage d’Emmanuel Macron, il serait judicieux de réglementer le poids des cabinets de conseil dans les politiques publiques nationales et internationales, notamment pour ce qui concerne la gestion de la crise climatique.
Concepcion Alvarez avec AFP

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