Publié le 13 décembre 2016

ENVIRONNEMENT

Climat : "plus personne n'a la boite de commande" (ATTAC)

Un mois après la COP22, l’heure est au bilan. Pour l’économiste Maxime Combes, membre d’Attac France et auteur du livre "Sortons de l’âge des fossiles", le système de négociations onusiennes sur le climat est à bout de souffle. Et ne permet pas de répondre à l’urgence de la situation. Entretien.

En septembre dernier, Attac a pris part à la mobilisation contre les traités de libre échange TAFTA et CETA, à Francfort, en Allemagne..
Wolfgang Minich / Picture Alliance / DPA

Novethic. Quel bilan tirez-vous de la COP22 ?

Maxime Combes. Cette conférence climat restera celle de l’indécision et de l’incertitude. De l’indécision car les États sont venus les mains vides. Ce qui pose un problème quand l’ambition affichée était d’en faire un moment de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Les décisions concernant le financement Nord-Sud et les modalités de l’application du texte négocié l’an dernier ont été repoussées à 2017, voire à 2018. On prétend cacher cette indécision derrière des concepts hasardeux comme la "neutralité carbone" ou les "émissions négatives". Mais où sont les feuilles de route qui permettraient à chaque pays de savoir à quel niveau d’émissions il doit être en 2020, en 2025… afin d’atteindre la neutralité en 2050 ?

De l’incertitude aussi car nous avons constaté une incapacité politique à répondre à l’arrivée de négationnistes du climat à la Maison Blanche. De nombreux discours ont minimisé l’importance de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis.

On constate enfin une dépolitisation de la réponse des États, car ils tendent à faire reposer leurs efforts en matière de climat sur le secteur privé.

 

Jugez-vous problématique un éventuel transfert de la concrétisation de l’Accord de Paris sur le secteur privé ?

Oui. Ce transfert au secteur privé, mais aussi aux acteurs non-étatiques (régions, villes, collectivités, etc. NDLR), est présenté comme l’assurance vie de l’Accord de Paris, pour reprendre le terme de Ségolène Royal. Tout le monde a sa place dans la lutte contre le changement climatique. Mais au regard de la situation actuelle, avec des contributions nationales de réduction de gaz à effet de serre qui ne sont pas à la hauteur des enjeux et la fragilité des politiques publiques, nous avons besoin d’un pilotage politique extrêmement fort au niveau de l’ONU.

Nous avons besoin de garanties politiques. Or qu’a-t-on vu lors de la COP22 ? Que la négociation climatique a été limitée. Et que l’on a insisté au contraire sur tous les partenariats et les alliances qui ont été lancés avec des acteurs publics, semi-publics, parapublics, des collectivités, des acteurs privés, des ONG… On en compte déjà 3 ou 4, rien que sur l’agriculture !

Finalement, plus personne n’a la boîte de commandes. Si nous étions sur une trajectoire permettant de rester sous les 2°C de hausse de température, nous pourrions imaginer de lâcher du lest et de donner plus de place à d’autres acteurs. Mais pas dans cette situation. Tous les observateurs s’accordent à dire que l’Accord de Paris nous conduit sur une trajectoire de +3,5°C.

 

"Le capitalisme repose sur les énergies fossiles"

 

Le fait que de grandes entreprises, notamment des assurances et du secteur agro-alimentaire, prennent des mesures concrètes pour lutter contre un phénomène menaçant leur modèle économique n'est-il pas un facteur rassurant ?

Cela ne correspond pas aux attentes de la société, de l’électorat. Il y a une demande forte d’intervention publique pour organiser et donner le la de la transition énergétique. Après 40 ans de politiques de laisser faire économique, que nous jugeons néo-libérales chez Attac, et qui ont montré leurs limites, on peut se demander s’il faut appliquer cette recette au problème du climat.

Il ne faut pas oublier que le capitalisme repose aujourd’hui sur les énergies fossiles et leur valorisation. Dans les transports, la chimie, la pétrochimie… Nous avons besoin de régulation publique. 

 

Mais un certain nombre d’acteurs comme AXA se sont engagés à désinvestir le charbon…

Les annonces sont là, mais certains désinvestissements sont encore à finaliser. Et Axa ne désinvestit pour l’instant pas le pétrole ni le gaz. Elle refuse même obstinément d’envisager sérieusement un scénario de sortie des énergies fossiles. Mais si on prend au sérieux l’objectif 2°C, il va falloir planifier et structurer cela à moyen terme, notamment dans les pays du Nord.

Cette organisation ne pourra pas être le fait d’acteurs privés pour une raison simple : la transition juste. Il faudra trouver le moyen de sécuriser les emplois de ceux qui travaillent dans ces secteurs-là. Ce qui nécessite forcément l’engagement de la puissance publique.

 

Vous appelez de vos veux un bouleversement du système économique. À vos yeux, l’urgence climatique nous laisse-t-elle le temps de ce changement ? 

Ce qui est fait aujourd’hui aurait dû l’être il y a 25 ans. Depuis cette époque, on négocie sans vouloir changer les règles de ce système. Dans les statuts de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), il est clairement indiqué qu’il n’est pas possible de toucher aux règles du commerce international. L’histoire des négociations ne plaident pas en faveur du système actuel.

Il faut réduire par cinq les émissions de gaz à effet de serre dans les pays riches. Il n’est pas sérieux de prétendre régler la situation avec un peu de technologie et une comptabilité carbone dans les entreprises. Il faut sortir le climat des COP.

Propos recueillis par Antonin Amado
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