Publié le 04 octobre 2016

ENVIRONNEMENT

Malgré la ratification de l’Accord de Paris, les défis climatiques de l’Inde restent inchangés

L’Inde a ratifié, dimanche 2 octobre, l’Accord de Paris. Cette ratification du sous-continent indien, conjuguée à celle de l’Union Européenne, va permettre l’entrée en vigueur d’un texte négocié il y a un an à Paris, à l’occasion de la COP21. De bon augure à un mois de la COP22, qui aura lieu à Marrakech du 7 au 18 novembre. Pourtant, la position de New Dehli sur le climat reste ambiguë. Analyse.

Narendra Modi, le premier ministre indien, lors de la commémoration du 147ème anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, le 2 octobre, à New Delhi.
Prakash Singh / AFP

La date du 2 octobre ne doit rien au hasard. En choisissant le 147ème anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi pour ratifier l’Accord de Paris, l’Inde a souhaité envoyer un message fort à la communauté internationale : New Dehli ne fera pas obstacle à l’entrée en vigueur du texte négocié à Paris l’an dernier, à l’occasion de la COP21.

En ne voulant pas apparaitre en retrait sur ce thème, elle vient même de lui donner un sérieux coup de pouce. Le pays est en effet le 4ème plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES), derrière la Chine, les États-Unis et l’Union Européenne.

L’annonce de Narendra Modi, le premier ministre indien, couplée à celle de la ratification de l’Union Européenne attendue d'ici la fin de la semaine, permet en effet de franchir le 2ème seuil nécessaire à la ratification de l’Accord de Paris, c'est à dire le franchissement de la barre des Parties représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre. Le premier seuil étant celui des 55 pays ayant déposé leur outil de ratification auprès de la CCNUCC, la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique.

 

Jauge accord de Paris avecINDE

 

Forte dépendance au charbon

 

Malgré ce geste fort, la position indienne sur la question climatique reste ambigüe. Soumise à une pression démographique à la hausse et à une forte croissance économique (supérieure à 7% l’an dernier), le gouvernement doit sécuriser ses approvisionnements énergétiques. 60% de sa production électrique est issue de la combustion du charbon. Et aucun plan de sortie n’a été annoncé à ce jour, comme l’explique Joydeep Gupta, directeur du site The Third Pole, spécialisé sur les questions environnementales et climatiques en Asie du Sud, à l’Agence France Presse (AFP). Pire, sa consommation de houille devrait même doubler au cours des 15 prochaines années.

C’est dans l’énergie solaire que le gouvernement a choisi de placer ses espoirs afin de décarboner son économie. Un plan visant à décupler sa production photo électrique actuelle a été lancé en octobre 2015. Il vise à porter à 100 gigawatts les capacités du pays d’ici 2022. C’est dans ce cadre, et avec le soutien actif de la France (qui préside toujours la COP21), que l’Alliance solaire internationale avait été lancée à Paris le 30 novembre dernier.

 

Deux scénarios antagonistes

 

Pour Pascal Canfin, directeur général du WWF et fin connaisseur de la géopolitique du climat, "l’Inde envoie actuellement des signaux contradictoires. Il y a actuellement deux scénarios antagonistes sur la table. L’un, positif, vise à mettre en avant le solaire. L’autre, consistant à dire 'nous avons le droit au développement. Regardez notre taux d’émissions de gaz à effet de serre par habitant [très faible, NDLR] avant de nous critiquer'. Il s’agit de savoir si ce pays va choisir un modèle de développement calqué sur celui de la Chine, à savoir une utilisation intensive du charbon avant un basculement progressif vers des énergies moins polluantes. Ou bien si New Dehli va choisir de sauter la case charbon pour s’orienter immédiatement vers une économie bas carbone".

Selon l’ancien ministre de la coopération, rien ne permet aujourd’hui de savoir de quel côté va pencher la balance : "Au sein des classes dirigeantes indiennes, les deux courants s’opposent actuellement. Personne ne sait qui va l’emporter".

Pour faire face au défi climatique, l’Inde va devoir investir 2200 milliards d’euros dans les années qui viennent. Une gageure "dans un pays qui peine à attirer les investisseurs internationaux, faute de garanties", rappelle Pascal Canfin.

Pour y parvenir, Narendra Modi ne cesse de pousser le concept de "justice climatique" depuis son arrivée au pouvoir en mai 2014. Une manière de mettre la pression sur les pays développés, afin d’obtenir l’aide financière et les transferts de technologies dont son pays a besoin pour faire face au défi du réchauffement global.

 

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Antonin Amado
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