L'Agence internationale de l'énergie (AIE) alerte sur l'impact carbone des SUV. Les ventes de ces 4x4 urbains ont explosé depuis 2010 à tel point qu'ils sont les deuxièmes contributeurs à la hausse des émissions de CO2 ces dernières années, derrière le secteur de l'énergie mais devant les poids lourds, l'aviation ou le transport maritime. En France, des députés ont tenté de mettre en place un malus sur le poids des voitures, en vain.

Depuis 2010, un nouveau venu a fait son apparition parmi les mauvais élèves du climat. Les SUV, ces 4×4 urbains devenus très populaires, ont été la deuxième source d’augmentation des émissions de CO2 dans le monde entre 2010 et 2018 devant l’industrie lourde, les poids lourds, l’aviation et même le transport maritime, selon une étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publiée le 15 octobre (1). À tel point que l’essor des SUV est en train d’annihiler les progrès d’allègement et de rendement des moteurs.
"Des constructeurs automobiles mettent beaucoup d’argent dans les voitures électriques, mais les mêmes mettent aussi sur le marché de plus en plus de modèles de SUV", a expliqué Fatih Birol, le directeur de l’AIE, lors d’une conférence internationale sur l’électrification de l’énergie à Paris.
Les bienfaits de la voiture électrique annulés
Plus de 200 millions de SUV circulent aujourd’hui dans le monde, contre 35 millions en 2010. Une tendance que l’on retrouve partout, relève l’AIE. En 2010, ils concernaient 18 % des ventes de voitures dans le monde contre 40 % en 2018, près de 50 % aux États-Unis et un tiers en Europe.
Le problème est que ces véhicules plus lourds consomment un quart d’énergie en plus par rapport à une voiture de taille moyenne. Ils sont ainsi à l’origine de la demande accrue en pétrole venue de l’industrie automobile entre 2010 et 2018. Et si la tendance se poursuit, "les SUV ajouteraient près de 2 millions de barils par jour à la demande mondiale de pétrole d’ici 2040, annulant les économies permises par 150 millions de voitures électriques", prévient l’AIE.
Malus sur le poids
Dans une note publiée juste avant l’été (2), France Stratégie proposait d’ajouter une composante poids au bonus-malus déjà existant afin de décourager l’achat des SUV. Cette mesure avait été adoptée en commission du Développement durable dans le cadre du projet de loi de Finances (PLF) 2020 mais annulée par la commission des Finances. Dans l’hémicycle, les députés ont de nouveau rejeté les amendements portés en ce sens notamment par Matthieu Orphelin et Barbara Pompili, et soutenus par les ONG climatiques. 
"La réaction du lobby automobile français, qui s’oppose à cette mesure, est d’autant plus incompréhensible qu’elle aurait comme bénéfice d’avantager les constructeurs qui produisent des véhicules légers. Or, les véhicules vendus par les constructeurs français font justement parti des modèles les plus légers sur le marché. Ce malus au poids pourrait donc bénéficier à l’industrie automobile française", a réagi le Réseau action climat (RAC) dans un communiqué.
En cinquante ans, les voitures ont pris dix kilogrammes par an, soit un bond de 50 %. Et les émissions de CO2 des véhicules neufs vendus en France sont reparties à la hausse depuis 2016, en raison de la croissance du marché des SUV et de la baisse des ventes de voitures diesel. Dans le cadre du PLF 2020, au terme d’une longue discussion, les députés ont réussi à durcir le malus existant sur le carbone, avec un nouveau seuil de déclenchement passant de 117 à 110 grammes de CO2 rejetés par km.  
Concepcion Alvarez @conce1
(1) Lire l’étude de l’AIE 
(2) Lire l’étude de France Stratégie 

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