Publié le 11 mars 2010

ENVIRONNEMENT

Les régions, acteurs clés de la lutte climatique

Alors que la campagne des régionales entre dans sa dernière ligne droite, une vingtaine de grandes régions d'Europe* viennent de signer à Paris, « la déclaration d'Ile-de-France » où elles ont réaffirmé « leur rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique », notamment par le biais de partenariats locaux avec les entreprises.

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Le vote écologiste conditionné au programme télé ?

En 2009, la veille des élections européennes, la terre entière et la France en particulier diffusaient la méga production « Home » de Yann Arthus Bertrand. Le résultat ne se fit pas attendre selon certains ; dès le lendemain, les indécis auraient glissé un bulletin Europe Ecologie dans l'urne. Pour éviter un tel télescopage lors des régionales, des candidats socialistes, dont Julien Day et Jean-Jacques Queyranne -dont les sondages n'annoncent qu'une courte avance sur le candidat écologiste en Rhône Alpes- se seraient donc déjà renseignés sur les programmes télé du samedi soir et auraient découvert -puis déploré- que TF1 programmait ce soir là un épisode d'Ushuaïa. Queyranne allant même jusqu'à demander au CSA d'en faire différer la diffusion. Selon lui l'émission -sur l'Islande - serait en effet potentiellement manipulatrice puisque sa ligne éditoriale est aussi claire que partisane: « la planète qui semble si grande est néanmoins fragile et vulnérable ».

Copenhague a laissé un goût amer et posé de sérieuses questions quant à la capacité des Etats à s'organiser pour lutter contre le changement climatique...Mais face à l'échec des gouvernements, les régions du monde entier, et particulièrement d'Europe, multiplient ces derniers temps les coopérations au sein de réseaux tels que l'Assemblée des régions d'Europe (ARE), le réseau de gouvernements régionaux pour un développement durable (Nrg4sd), le forum global d'association de régions (FOGAR), le Climate group ou l'embryonnaire R20...C'est dans ce contexte, et avant la conférence de la COP 16 à Bonn en mai prochain, que se sont réunis le 4 mars dernier, les représentants d'une vingtaine de régions du monde entier. Ceux de l'UE* ont signé la déclaration de l'Ile-de-France où ils demandent à l'Union d'aller plus loin dans ses objectifs de réduction des émissions de GES et réaffirment l'importance de l'échelon régional dans la lutte contre les changements climatiques.

La région, un acteur clé

De fait, « en termes de responsabilité directe, les collectivités territoriales sont à l'origine d'environ 15% des émissions nationales de GES via leurs décisions en matière d'équipements, au titre du patrimoine qu'elles gèrent ou des activités pour lesquelles elles assurent une compétence de gestion. Et cette responsabilité peut être estimée à plus de 50% si l'on intègre les effets indirects de leurs choix en matière d'aménagement du territoire, de transports, de développement économique, etc », estime le Réseau Action Climat. Celui-ci profite ainsi des élections pour demander aux régions de sceller un « pacte régional de lutte contre le changement climatique », avec des objectifs de réduction des émissions de GES de 40% d'ici 2020 et 95% d'ici 2050. Car avec leurs compétences en termes d'aménagement du territoire, de transports, de construction et gestion des lycées, de protection de l'environnement ou de développement économique, les régions sont des « des acteurs clés pour favoriser et accélérer la transition vers une société soutenable, sobre en carbone et en énergie », insiste le RAC. Une vision que partage Claudio Martini, le président de la région Toscane. « Alors que l'Etat italien a relancé le nucléaire, notre région est connue pour promouvoir les énergies renouvelables, explique-t-il. C'est pourquoi, Fiat par exemple est venu nous voir pour parler du développement de véhicules moins polluants...Notre région peut donc jouer un rôle à la fois expérimental et politique dans la lutte contre le changement climatique. »

Partenariats public/privé

Le challenge sera cependant difficile pour les seules régions. On voit donc fleurir ces dernières années, des partenariats publics/privés avec, comme but affiché, l'amélioration du développement environnemental -et économique- du territoire. C'est particulièrement le cas dans les transports, l'un des domaines de compétence les plus importants des régions, du moins en France. A titre d'exemple, la région Ile-de-France, Renault et EDF montent actuellement le projet SAVE (Seine Aval et Véhicules Electriques), dans le département des Yvelines. A partir de septembre, et pendant un an, il permettra de faire tester à grande échelle, par les particuliers, les entreprises et les collectivités, une centaine de véhicules électriques que Renault entend commercialiser en 2011. Un projet doté de 23 millions d'euros, qui « permettra de confirmer nos choix techniques et les gains attendus en matières de réduction de CO2, de tester les infrastructures de recharge et des business models... », explique Ziad Dagher, de la direction développement des véhicules électriques du constructeur. « Ce fut l'occasion de débats au conseil régional, reconnaît le vice président de l'Ile-de-France Michel Vampouille. Cependant, si notre priorité numéro 1 reste de développer les transports collectifs, il y aura toujours des voitures, donc autant favoriser les moins polluantes... »

Un choix de partenariat local qui semble séduire Veolia : « Nous sommes partis du global, en signant avec le PNUE, pour aller vers le local avec le Climate group, s'amuse Dominique Héron, directeur des partenariats. Par exemple, nous avons mis en place un mécanisme de développement propre pour les transports collectifs de Bogota en Colombie. Mais il s'agit d'un processus long et complexe. Il aurait peut-être été plus rapide et efficace de passer par des partenariats publics/privés locaux...» Mais pour Stewart Stevenson, ministre de l'environnement de l'Ecosse, le défi reste in fine de convaincre les administrés : « vous pouvez mettre en place toutes les solutions techniques que vous voulez, l'important reste de bien communiquer sur ces actions pour amener les populations à changer leurs habitudes », observe-t-il.

Convaincre la population... et les candidats aux régionales

Car si le représentant du syndicat mixte d'Autolib Paris -qui doit être mis en service en 2011 (voir article lié)- se félicite du succès de l'auto-partage, expliquant que les dispositifs qui existent déjà dans la capitale (3000 abonnés environ) montrent que « pour 1 véhicule d'auto-partage mis en service, 5 ont été supprimés et encore, sans prendre en compte les renoncements à l'achat », la vice-présidente de la région Rhône Alpes, elle nuance l'expérience « embryonnaire » d'Autolib' Lyon. « L'utilisation la plus importante se fait encore pendant les grèves des transports en commun, reconnaît Hélène Blanchard. Contrairement au Velo'v, Autolib'n'est pas encore passé dans les modes de déplacements habituels... »

Alors que les Français doivent élire leurs conseils régionaux ce dimanche, il apparaît que beaucoup de candidats restent également à convaincre...Et ce malgré le fait que les lois Grenelle 1 et 2 vont renforcer le rôle et les obligations des régions en matière de lutte climatique, notamment avec les Plans climat-énergie territoriaux (PCET) et les schémas régionaux du climat, de l'air et de l'énergie (SRCAE). Ainsi, la proposition de pacte régional de lutte contre le changement climatique du RAC n'a pour l'instant été signée par aucun candidat. « Ces 12 mesures qui concernent les bâtiments, l'énergie, les transports, l'agriculture, etc, sont très vastes et demandent des prédispositions de la part des candidats...Or, d'après leurs programmes, ils sont loin de tous en avoir ! La plupart du temps on reste sur la communication et le flou même si, c'est vrai, le climat est devenu un enjeu de ces élections, sur lequel les candidats doivent se positionner », observe Marc Mossalgue, du RAC.

*Aragon, Catalogne, Pays Basque (Espagne) ; Rhénanie du Nord-Westphalie, Bavière (Allemagne), Bretagne, Ile-de-France, Rhône-Alpes (France) ; l'Écosse, le Pays de Galles (Royaume- Uni) ; Wallonie (Belgique) ; Hollande du Sud (Pays-Bas) ; Toscane (Italie) avec, comme observateurs le Québec (canada), la Californie (USA), le Para (Brésil), la province de l'Oriental (Maroc) et l'Etat du Delta (Nigeria).

Béatrice Héraud
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