Publié le 01 juin 2016

ENVIRONNEMENT

Les pays du G20 tardent à décarboner leur économie

Pour la deuxième année consécutive, la demande énergétique a stagné dans les pays du G20. Les émissions de CO2 ont même légèrement diminué en 2015, selon des données publiées mardi 31 mai par le cabinet Enerdata. Faut-il se réjouir d’une prise de conscience climatique ? Pas vraiment, car cette stagnation s’explique avant tout par la faible croissance économique et non par une décarbonation de l’économie, qui reste encore à déployer. Décryptage.

À Ahmedabad, au nord-ouest de l'Inde, un travailleur dégage la voie ferrée, ensevelie sous le charbon qui partira finalement par camions.
Sam Panthaky / AFP

2015 a connu la croissance économique la plus faible depuis 2002 dans les pays du G20. Elle est de +2,8% (contre +3,4% en 2014). C’est ce facteur qui permet avant tout d’expliquer la stagnation de la demande énergétique (+0,5%) et des émissions de CO2 (-0,2%). Rien de réjouissant, donc, quant à une prise de conscience climatique ! Ainsi, les mauvais chiffres côté économie – forte récession au Brésil et en Russie, quasi-stagnation au Japon, ralentissement de l’économie chinoise et des pays non-OCDE en général – justifient les bons chiffres côté climat.

 

Les émissions de CO2 stagnent dans les pays non-OCDE

 

Après dix années d’une croissance de la consommation énergétique à 2%, 2014 et 2015 ont en effet été marqué par un ralentissement de la demande. Cela concerne toutes les régions à l'exception de l’Europe, qui a renoué avec la croissance économique. Mais cette hausse de la croissance énergétique est à relativiser car, en 2014, l’UE avait bénéficié d’un climat particulièrement doux, faisant chuter sa consommation. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, la baisse de la demande énergétique correspond quant à elle à une amélioration de l’intensité carbone de l’économie avec le développement d’une industrie moins énergivore. 

 

 

 

La consommation d’électricité a elle aussi stagné et a même connu sa plus faible croissance en 2015 depuis 1997, si on ne tient pas compte de la crise de 2009. Plus étonnant, les pays hors OCDE connaissent eux aussi une stabilisation. Le signe peut-être que l’électrification dans ces pays a atteint un pic.

Ce ralentissement de la consommation d’énergie et d’électricité a des effets sur les émissions de CO2. Pour la deuxième année consécutive, celles-ci sont stables contre une progression annuelle de 2% ces dix dernières années.

Autre élément surprenant : pour la première fois, les émissions de CO2 stagnent dans les pays non-OCDE, en baisse de deux points par rapport à 2014. 

 

 

Seule l’Inde fait figure d’exception dans ce panorama, avec des émissions de CO2 encore en forte hausse. Le pays devient ainsi le moteur de la croissance énergétique devant la Chine, notamment pour le charbon. Sa consommation a ainsi été multipliée par deux en quinze ans et sa part dans le mix électrique atteint désormais 76%, dépassant celle du mix électrique de la Chine (70%). Et bien que le pays ait de grandes ambitions en matière de renouvelables, il semble encore loin d’atteindre ses objectifs de 100 GW de solaire en 2022 avec seulement 5 gigawatts (GW) installés fin 2015.

 

Chine : vers un pic d’émissions?

 

A l’inverse, la Chine confirme un début de décarbonation de son économie, selon les experts d’Enerdata et si l’on en croit les chiffres officiels publiés par le pays. Après le très fort ralentissement de 2014, sa croissance énergétique et ses émissions de CO2 continuent à stagner en 2015. Cela s’explique par une nouvelle baisse de la demande en charbon (-3,7%) et l’évolution de la structure économique.

 

 

La Chine a en effet choisi de se tourner vers une économie moins énergivore, ce qui se traduit par une baisse de la production d’acier et de ciment et une réorientation des activités vers le secteur tertiaire. Des gains d’efficacité ont également été réalisés dans l’industrie électrique et manufacturière. Par ailleurs, les énergies renouvelables ne cessent d’y progresser. La Chine est ainsi le premier pour les capacités installées d’éolien en 2015 et se situe juste derrière l’UE pour les capacités cumulées. Sur le solaire, elle est en revanche numéro un aussi bien en termes de capacités installées que cumulées, dépassant l’Allemagne avec une augmentation de 15 GW raccordés l’an dernier.

 

Charbon : 1ère énergie consommée

 

Si la demande baisse, en Chine et plus globalement dans l’ensemble des pays du G20, le charbon reste néanmoins encore prédominant. Entre 2000 et 2015, sa part dans la consommation totale d’énergie du G20 est passée de 27% à 33%.Il est ainsi devenu la principale énergie consommée, juste devant le pétrole.

  

 

Le pétrole est la seule énergie à avoir connue une reprise de la croissance de la demande en 2015 (+2%). En cause, le fort développement du parc automobile principalement en Chine (x5 en 15 ans) et en Inde (x3), mais aussi dans les autres pays émergents comme l’Indonésie, la Turquie, le Brésil ou le Mexique.

La demande en gaz quant à elle stagne pour la deuxième année consécutive. Il n’y a que les États-Unis qui connaissent une forte hausse liée à l’augmentation de sa production. Le pays est ainsi devenu le premier producteur de gaz, devant la Russie, notamment grâce au gaz de schiste qui représente les deux tiers de la production. Il a également dépassé la Russie et est en train de rattraper l’Arabie saoudite pour la production de pétrole.

Les renouvelables enfin pèsent progressivement dans le mix électrique global, passant de 17% en 2000 à 23% en 2015.

 

Objectif 1,5°C : un mirage

 

"Finalement on s’aperçoit que le facteur carbone, à savoir le mix énergétique, évolue très peu, constate Pascal Charriau, président d’Enerdata. Les émissions de CO2 suivent la même trajectoire que la consommation énergétique mondiale. Elle-même suivant la croissance économique avec une légère réduction d’intensité."

En 2015, l’intensité énergétique - c’est-à-dire le rapport de la consommation d’énergie au PIB - a baissé de 2%, poursuivant la tendance de 2014. "Mais cela n’est pas suffisant pour atteindre un objectif de réchauffement global limité à 2°C, voire à 1,5°C, poursuit-il. Pour cela, il faudrait une baisse de l’intensité énergétique de 6% par an - avec une hypothèse de croissance mondiale du PIB de 3 à 3,5% par an - et une décarbonation de la production."

Pour atteindre cet objectif 2°C, voire 1,5°C, tel qu’il est inscrit dans l’Accord de Paris, il faudrait diviser par deux les émissions de CO2 à partir de 2040 et stabiliser la consommation énergétique mondiale. "L’enjeu le plus important se situe dans les pays non-OCDE, et notamment en Chine et en Inde, conclut Pascal Charriau. C’est le seul moyen d’y arriver."

Concepcion Alvarez
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