Publié le 24 novembre 2009

ENVIRONNEMENT

Les Pays-Bas lancent une première centrale au biogaz

Produire de la chaleur et de l'énergie en utilisant les déjections animales comme matière première, c'est une solution qui a été testée à diverses échelles dans le monde depuis quelques années. Si le procédé est simple, il ne peut être rentable que dans certaines régions où l'élevage est intensif.

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La centrale de Leeuwarden

« La centrale la plus propre du pays ! » s'exclame le fournisseur d'électricité et de gaz naturel Essent (filiale du leader énergétique allemand RWE) alors qu'il ouvre les portes de la centrale au biogaz à Leeuwarden, au nord des Pays-Bas, alimentée à... la bouse de vache. L'électricité de 350 foyers est ainsi fournie par cette nouvelle source d'énergie, « l'objectif à terme [étant] d'alimenter près de 1.200 habitations » affirme Bert Hendrikks, le porte-parole d'Essent à l'AFP.

L'utilisation de la bouse de vache comme source énergétique n'est pas tout a fait récente. Elle a vu le jour dès 2005, aux États-Unis, dans le Vermont, où la production laitière est importante avec le programme : « Cow power ». Cette initiative promue par le fournisseur d'énergie CVPS (Central Vermont Public Service) a été classée en décembre 2007 par le magazine américain Power parmi les cinq premières initiatives du monde dans le domaine des énergies renouvelables.

Le procédé paraît assez simple : il s'agit d'enfermer le fumier et d'autres déchets agricoles dans une cuve de béton souterraine maintenue à une température de 38°C et sans oxygène. Dans ce « digesteur » les bactéries vont décomposer la matière et produire du méthane. Ce gaz va ensuite, par sa combustion, dégager de la chaleur et alimenter un générateur pour produire de l'électricité. Dans un premier temps, le système alimentera 350 habitations pour, à terme, atteindre le nombre de 1200 logements.

Réduction des émissions de CO2

Récolter les bouses de vache pour en faire une source énergétique inépuisable a de quoi séduire les régions d'élevage. Cependant, le coût des installations reste conséquent (récolte des déjections, transport, construction et enfouissement de la cuve et enfin mise en place du réseau de distribution une fois le biogaz transformé) et les agriculteurs du Vermont participant au programme ont dû accepter de payer une surtaxe de 4 centimes par kWh, soit un surcoût estimé par la CVPS à 20 dollars par mois en moyenne. Avec la récente crise du prix du lait, le programme connaît maintenant de sérieuses difficultés et doit faire appel à des aides d'Etat. « Les fermiers ne peuvent plus continuer de produire [le méthane] » reconnaît Steve Costello de la CVPS dans le journal local le Rutland du 2 octobre ; et il demande au gouvernement de revoir les contrats initiaux pour avantager les bénéficiaires du système. En 10 ans, la CVPS espère fournir 4 à 5 % de l'énergie de l'État, soit 1,2 à 3,5 millions de kWh par an.

Le programme « cow power » ne concerne cependant qu'une petite poignée d'agriculteurs à très gros cheptel (plus de 500 têtes). Mais en Allemagne, c'est toute la ville de Lünen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie au nord de Dortmund qui prétend devenir la première ville au monde à pouvoir alimenter ses 90 000 habitants grâce au système de cogénération de chauffage et d'énergie en produisant du méthane grâce à la fermentation des bouses de vache. « Le procédé peut produire 6,8 MW, assez pour fournir en énergie et en chauffage 26 000 habitations », affirme Peter Kindt, directeur du distributeur d'énergie Alfagy Ltd, dans le quotidien anglais The Guardian du 28 mai. Tout un système de pipelines souterrains est en voie de construction pour relier les habitations. Encore une fois, le coût de fonctionnement de ce système reste conséquent, et seule une région où l'élevage bovin est intensif peut envisager cette solution « propre ».

Aux Pays-Bas toujours, où l'élevage de poulets est important, c'est la fiente des volatiles qui est recyclée depuis 2008 selon le même procédé pour alimenter la première centrale électrique à biomasse du genre en Europe à Moerdijk, dans le sud du pays. 440 000 tonnes de fiente par an sont récoltées auprès de 630 exploitations pour produire 270 millions de kWh et alimenter 90 000 foyers. Il a fallu 10 ans au groupe néerlandais Delta pour mettre en place le projet, et le gouvernement a dû participer à hauteur de 150 millions d'euros à la construction de la centrale. Moins écologiques cependant, les 60 semi remorques nécessaires à la récolte du matériel de base ! Cependant, l'idée fait école, puisque la Chine s'est dotée d'une centrale du même type à la suite de cette expérience.

La production de « cette énergie de proximité » comme la qualifie le groupe Essent à Leeuwarden permet de palier de manière astucieuse aux désavantages des élevages importants et responsables de la production conséquente de méthane. La région entend aussi réduire de 50 % sa production de CO2 en évitant l'utilisation d'énergie fossile. Mais ce type de solutions reste local et dépendant d'élevages intensifs, généralement peu écologiques en eux-mêmes.

Sandrine Dumont à Rotterdam (Pays-Bas)
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