Publié le 31 juillet 2020

ENVIRONNEMENT

[Les livres du changement] "Je ne marche plus !", de Matthieu Orphelin, le député écolo qui a changé de camp

Le changement, Matthieu Orphelin connait. Ingénieur passé par le militantisme au sein de la Fondation Nicolas Hulot, il devient élu local avant de siéger à l'Assemblée comme député. Déçu par l'incapacité du gouvernement à faire émerger "l’intelligence collective", il décide de changer de camp il y a un an en passant de la majorité LREM à l'opposition. Son récit nous emmène dans les arcanes du pouvoir, au gré des négociations sans fin pour déposer un amendement et de sa bataille acharnée pour imposer la transition écologique dans les débats. 

Matthieu orphelin
Matthieu Orphelin, député ex-LREM vient de cofonder un nouveau parti, baptisé Ecologie, Démocratie et Solidarité (EDS).
DR

LE PITCH

Lors de la campagne présidentielle de 2017, face à un duel Fillon-Le Pen qui semblait inéluctable, Matthieu Orphelin, un temps encarté chez EELV, décide de soutenir Emmanuel Macron. "Il est des moments où l’on n’a pas le droit de se tenir à distance les bras croisés", explique celui qui avait renoncé à la politique en 2012 pour travailler au sein de la Fondation Nicolas Hulot puis l'Agence de la transition écologique (Ademe). Sa mission alors : "écologiser" le candidat En Marche et son programme. Sa plus belle réussite est d'avoir été le trait d’union avec Nicolas Hulot, qui avait jusqu’alors toujours refusé d’entrer au gouvernement.

Mais très vite, le député de la majorité se heurte à la réalité du terrain et déchante. Sur la loi asile et immigration, sur le glyphosate, la hausse de la taxe carbone, "le gouvernement reste sourd à nos mises en garde, le Parlement étant trop souvent considéré comme un obstacle plutôt que comme un interlocuteur", déplore Matthieu Orphelin. Alors, quelques mois après la démission de Nicolas Hulot, il décide de quitter le groupe LREM, sans regret. Désormais, il veut changer la donne via son nouveau parti baptisé Écologie, Démocratie, Solidarité (EDS).

LE MOT DE L'AUTEUR

"J'ai toujours plaidé au sein du groupe, et notamment auprès de Richard Ferrand (président du groupe LREM à l'Assemblée, NDR) pour que la biodiversité du groupe soit considérée comme une richesse et non comme un problème. Mais nous avons été empêchés dès le début. C'est pour ça que je suis parti très tôt du groupe En Marche.

Il y avait la question des clivages politiques avec Édouard Philippe qui avait prononcé cette phrase qui résume tout : 'C'est ma politique, et votre transition'. Et au-delà, il y avait un problème de méthode. Pendant les quinze mois que j'ai passés sous l'étiquette LREM, ils n'ont pas réussi à utiliser cette intelligence collective et toutes ces compétences qu'il y avait dans le groupe. À leur décharge, ils étaient marqués par l'épisode des Frondeurs du quinquennat précédent mais ils se sont privés de 300 députés connectés au terrain et capables de remonter les signaux faibles. " 

L'EXTRAIT

"Dans quelques heures, j'aurai quitté le groupe La République en marche. Je ne poursuivrai pas cette aventure. J'ai fait partie de ces 308 députés devant qui on a ouvert en grand les portes de l'Assemblée nationale en 2017, j'ai partagé leur rêve de faire souffler un vent nouveau sur un monde politique en bout de course. Nous portions ensemble cette aspiration à transformer le pays, cette envie de bouleverser les pratiques et ce culot de plaquer nos vies professionnelles pour croire en ces possibles. Mais je ne marche plus ! 

Chaque fois, j’ai tenté de voter en conscience plutôt qu’en suivant les mots d’ordre. (…) Mes votes suivaient ceux du groupe à 84 %. Aucune gloire à en tirer, mais ce chiffre résume bien mon positionnement : j’étais compatible avec LREM à 84 % ! Être écologiste dans une majorité, c’est aussi trouver souvent que le rythme de l’action est insuffisant et devoir se contenter de réformes que l’on ne juge pas assez ambitieuses. Il faut passer par des compromis. J’aime négocier et trouver ces points d’accord, loin d’une écologie incantatoire ou de posture. Mais ce fut, trop souvent, des compromis a minima".

Je ne marche plus ! de Matthieu Orphelin, éditions de l’Archipel, octobre 2019, 215 pages.

Concepcion Alvarez @conce1


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