Publié le 18 avril 2019

ENVIRONNEMENT

Les étudiants des grandes écoles sont sensibles à l'éthique (mais encore plus au salaire)

Jamais les étudiants de grandes écoles n'auront été aussi sensibles aux questions éthiques. La dernière étude d'Universum souligne cette tendance qui fait écho au Manifeste pour un réveil écologique signé par plus de 30 000 étudiants de grandes écoles. Reste que cet attachement ne se vérifie pas encore dans le choix de leurs futures entreprises, le salaire restant un des éléments les plus importants. 

Le salaire reste déterminant dans le choix des futurs entreprises des étudiants de grandes écoles.
@CC0

Les étudiants des grandes écoles sont de plus en plus sensibles aux questions éthiques. C’est une des principales conclusions de l'étude Universum menée auprès de 36 578 étudiants de grandes écoles de commerce et d’ingénieurs en France. Le but est de déterminer leurs aspirations professionnelles, leurs secteurs d’activité de prédilection mais aussi leurs employeurs favoris.

"On sent une évolution depuis quatre à cinq ans", atteste Aurélie Robertet, managing director France et Benelux chez Universum, "les étudiants de grandes écoles accordent une place de plus en plus importante à l’éthique, à l’égalité, à la RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise, NDR). C’est une génération en quête de sens et cela se retrouve dans leur aspiration professionnelle".  

Des étudiants très attachés aux critères éthiques

Une tendance qui trouve écho dans le Manifeste pour un réveil écologique. En octobre plus de 30 000 étudiants de grandes écoles, de Polytechnique à l’École normale supérieure en passant par HEC ont lancé un manifeste dans lequel ils appellent les entreprises à être plus ambitieuses dans leur politique climatique, sans quoi elles risquent d’être boycottées par les étudiants au moment de choisir leur emploi.

Ces jeunes, classés dans la "génération Z" "sont des consommateurs ultra connectés, informés et actifs qui ont une conscience écologique", explique Élodie Gentina, enseignante chercheuse à l’IESEG school of Management. "Ils veulent avoir un bon équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle et trouver un travail dans lequel ils se sentent utiles. Nous sommes loin des aspirations des baby-boomers qui ne vivaient que pour leur travail", ajoute l'autrice de "Génération Z, des Z consommateurs au Z collaborateurs". 

Reste que si l’éthique est le premier critère auquel ils sont attachés, elle ne pèse pas encore de façon déterminante quand vient le moment de postuler. Globalement les secteurs des banques d’investissement, du conseil en stratégie ou du luxe arrivent en tête du classement. Le montant du salaire reste même le premier critère dans le choix de l’entreprise pour les étudiants en commerce et le troisième pour les ingénieurs. Chez les ingénieurs, les entreprises d'armement (Thalès, Safran, Dassault) restent encore parmi les plus attractives, quand le luxe et les GAFA séduisent les étudiants d'école de commerce. 

Le paradoxe de la Génération Z

"On assiste à un vrai paradoxe", note Aurélie Robertet, "Les étudiants choisissent les entreprises qui les font rêver et pas celles qu'ils considèrent comme plus éthiques. On ne peut pas dire qu’on assiste à une bascule même si on suppose qu’elle aura lieu dans quelques années". La prise de conscience est donc forte mais pas point d'être prioritaire.

"Nous voulons justement réaliser cette bascule avec notre Réveil écologique", explique Corentin Bisot, étudiant en troisième année à Polytechnique et initiateur du Manifeste, "notre espoir, c’est de mettre le sujet dans l’arène et qu’il devienne naturel pour les étudiants. Cela leur permettra d'assumer davantage leurs valeurs et d'être plus cohérents dans leur choix d'employeurs. Mais cela viendra aussi des entreprises, avertit-il. Il faut qu’elles prennent en compte nos revendications".

Elles sont de plus en plus nombreuses à s’adapter à cette nouvelle génération. "Elles n’ont pas le choix", avance Élodie Gentina, "pour les startups c’est assez facile mais des boites plus traditionnelles comme dans le secteur de l’automobile, qui souffre d’une image vieillissante, c’est compliqué. Elles doivent revoir leur approche pour attirer des nouveaux talents". 

Marina Fabre @fabre_marina 


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