Publié le 15 juin 2017

ENVIRONNEMENT

"Les décisions de Trump auront un impact limité sur le climat", promet Anne Simpson du CalPERS

CalPERS, le plus important fonds de pension public américain avec plus de 300 milliards de dollars d'actifs, est en première ligne dans la coalition "We are still in", lancée en réaction au retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris. Pour sa directrice en charge des investissements durables, Anne Simpson, cette mobilisation, qui pèse "plus d'un tiers du PIB" américain, représente désormais un vrai contre-pouvoir.


@WhiteHouse

Anne Simpson CalPersAvez-vous été surprise par la décision de Donald Trump de quitter l’Accord de Paris ?

Non. C'était une promesse de campagne. Nous savions à quoi nous attendre. Ce qui est incroyable, c'est que tant de villes, d'États, d'entreprises et d'investisseurs se soient déjà engagés pour défendre l'Accord de Paris. En dix jours, plus d'un tiers du PIB américain a rejoint la coalition "We are still in". Et cette initiative n'est pas la seule. Le pétrolier Exxon avait demandé à l'administration Trump de ne pas sortir de l'Accord de Paris. C'est quand même quelque chose de voir Exxon venir dans votre camp (rire). Je discutais avec Michelle Edkins, directrice générale de BlackRock (le plus grand fonds d'investissement au monde, ndr), et elle disait très clairement à propos de la transition vers une économie bas carbone : "le train a déjà quitté la gare".

Quel est le message principal porté par la coalition "We are still in" ?

C'est que notre engagement n'est pas ébranlé par les événements politiques. A l'attention de l'administration Trump, nous disons que le changement climatique ne s'arrêtera pas aux frontières de certains pays. C'est pour cela que nous avons besoin d'une approche globale comme celle proposée dans l'Accord de Paris. Aux entreprises et investisseurs qui ne nous ont pas encore rejoints, nous disons que le changement climatique crée des risques mais aussi des opportunités à long terme. Quand Donald Trump a fait son annonce, il a argué que la lutte contre le changement climatique était mauvaise pour l'économie américaine. Pourtant, il y a désormais aux Etats-Unis plus d'emplois dans les énergies renouvelables que dans le charbon, le pétrole et le gaz réunis !

En quoi la politique d'investissement de CalPERS va changer après la décision de Donald Trump ?

Nous devons baser chacune de nos décisions sur des connaissances scientifiques et sur des données économiques, comme devrait l'être chaque décision politique. Notre conseil d’administration a adopté un plan stratégique d'action sur cinq ans et le changement climatique figure parmi nos trois priorités. Nous avons identifié une centaine d'entreprises qui sont responsables de 60% des émissions, c'est une concentration extraordinaire des risques. Cette année, nous avons réussi à faire passer des résolutions qui exigent une évaluation transparente de l'impact à long terme du changement climatique lors des Assemblées générales d'Exxon, d'Occidental Petroleum ou de PPL. Il y a encore une douzaine d'entreprises où nous réessayerons l'année prochaine.

Vous appelez à une transition "juste". Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire que les communautés et les employés concernés par la transition vers une économie bas carbone ont aussi besoin qu'on s'occupe d'eux. Prenez par exemple NRG Energy (premier producteur américain d'électricité, Ndr), l'une des cent entreprises les plus polluantes au monde. En discutant avec eux, nous sommes parvenu à un plan de sortie des activités charbon et nucléaire pour se tourner pleinement vers le renouvelable d'ici 25 ans. Et ils se sont engagés à ne pas détruire d'emplois sur cette période et à former leurs employés. Cela correspond tout à fait à notre vision de l'investissement à long terme : nous ne voulons pas de transition chaotique et nous avons besoin que tout le monde travaille ensemble sur ce sujet.

Les Etats-Unis ont-ils encore une chance d'atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés dans l'Accord de Paris ?

Oui, je le crois. Les décisions de l'administration Trump auront un impact limité parce que les entreprises et les investisseurs américains sont déjà engagés dans cette transition vers une économie bas-carbone. Et aussi parce que bon nombre de décisions, pour développer les énergies renouvelables par exemple, ne dépendent pas du pouvoir fédéral. La Californie, qui est la cinquième économie au monde, vient par exemple de signer un accord avec l'Allemagne et la Chine pour rester dans les critères fixés lors de la COP21.

Craignez-vous des mesures de rétorsion en vous engageant contre l'administration Trump ?

Soyons clairs, nous sommes des investisseurs de long terme, nous sommes là depuis presque un siècle. Nous représentons 1,8 million de membres : des fonctionnaires, des juges, des policiers, des pompiers, des agents des eaux et forêts… C'est une frange très large de la société. Notre devoir, c'est de défendre leurs intérêts. Pas de gagner un concours de popularité sur Twitter.

Propos recueillis par Fannie Rascale, correspondante à Washington, @fannierascle


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