Publié le 30 mai 2017

ENVIRONNEMENT

Les actionnaires prêts à bousculer Exxon sur le climat

L'Assemblée générale des actionnaires d'ExxonMobil, qui se tient mercredi 31 mai aux États-Unis, sera l'occasion d'examiner une résolution qui exige une évaluation transparente de l'impact à long terme du changement climatique. Un vote d’autant plus crucial que le pétrolier est accusé d’avoir caché ses connaissances sur ce risque.

Opération d'ExxonMobil en Mer du Nord
@ExxonMobil

Comme tous les ans, c'est à Dallas au Texas, le berceau d'ExxonMobil, qu'aura lieu mercredi 31 mai l'Assemblée générale des actionnaires du plus grand groupe pétrolier américain. Mais cette édition 2017 s'annonce inédite. D’abord, ce sera la première depuis une décennie sans Rex Tillerson, l'ex-PDG devenu chef de la diplomatie américaine. Surtout, des actionnaires soumettent au vote une résolution imposant à l'entreprise de communiquer sur le risque climat. Un texte qui, contrairement aux années précédentes, a de vraies chances d'être validé. 

Cette résolution 12 a été déposée notamment par le fonds de retraite de l'État de New York, l'un des principaux fonds de pensions publics américains qui gère 186 milliards d'actifs au total. Elle prévoit qu'à partir de 2018 ExxonMobil devra établir un diagnostic annuel concernant "les risques financiers associés à un scénario" 2 degrés.

La direction d'Exxon, qui appelle à voter contre, reconnaît que "les risques liés au changement climatique sont sérieux". Mais elle dit fournir déjà à ses actionnaires des rapports sur la question et assure que le groupe investit dans la recherche pour diversifier ses activités. Des arguments déjà avancés l'année dernière, lors de la précédente assemblée générale. Une résolution similaire avait alors été présentée et rejetée. Mais les 38,2% de votes favorables enregistrés sonnaient comme un premier signal positif.

Trump "a galvanisé les investisseurs" malgré lui

Pour le vote de mercredi, Shanna Cleveland, directrice du risque carbone chez Ceres, est certaine que "nous sommes à un moment historique". "D'une certaine façon, la position arc-boutée de l'administration américaine a galvanisé les investisseurs. C'est presque comme si le marché disait aux derniers des climato-sceptiques : l'affaire est trop sérieuse pour vous laisser ralentir le mouvement enclenché", analyse-t-elle.

Illustration concrète de ce basculement : lors de l'Assemblée générale d'Occidental Petroleum mi-mai, une résolution similaire a été adoptée grâce au soutien inattendu de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde. Il s'y était pourtant opposé l'année dernière. BlackRock, qui pèse 11% d'Exxon, n'a pas encore dévoilé sa position à Dallas. Mais les investisseurs responsables espèrent désormais un effet "boule de neige".

"De plus en plus, nous voyons des multinationales des énergies fossiles intégrer l'impact du changement climatique sur leurs activités, et ça ne peut que continuer dans ce sens. Les compagnies qui restent à la traîne verront leurs actionnaires intervenir", met en garde Laura S. Campos, directrice de la responsabilité des entreprises chez Nathan Cummings Foundation.

L'ombre des poursuites devant la justice

À travers le risque climatique, les actionnaires d'Exxon ont aussi en tête le risque juridique auquel le groupe est exposé. Le sujet n'est pas officiellement à l'ordre du jour de l'Assemblée générale mais plusieurs procureurs enquêtent depuis l'automne 2015 pour savoir si Exxon a sciemment dissimulé ses connaissances sur l’impact de ses activités sur le réchauffement climatique.

Il y a quelques jours seulement, le groupe pétrolier a perdu une première bataille sur la forme : la justice a refusé de reconnaître comme protégés par le secret professionnel des documents échangés entre le groupe pétrolier et son cabinet d'audit. Quel que soit l'intérêt réel de leur contenu, ils devront donc être ajoutés au dossier. "Au lieu d'être ouvert et proactif, Exxon continue de répéter "faites-nous confiance, nous gérons le sujet". Mais moins ils sont transparents, plus ils génèrent de l'inquiétude. Ils se font du tort à eux-mêmes", résume Shanna Cleveland.

Fannie Rascale, correspondante à Washington, @fannierascle


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