Publié le 29 juin 2016

ENVIRONNEMENT

Le secteur privé se pose en acteur clé de la lutte contre le changement climatique

A l’occasion du Business and Climate Summit, qui se déroule en ce moment à Londres, les entreprises veulent montrer le rôle positif qu’elles peuvent jouer dans la lutte contre le changement climatique. Si elles sont responsables d’une grande partie des émissions de CO2, elles peuvent aussi, en partenariat avec les gouvernements, faire partie de la solution. C’est en tout cas le message qu’elles portent aujourd’hui, étude à l’appui.

Le Business and Climate Summit 2016 se tient à Londres les 28 et 29 juin. Les acteurs du secteur privé ont à coeur de montrer leur engagement dans la lutte contre le changement climatique.
Starcevic / iStock

Les entreprises sont un acteur clé de la transition vers un monde bas carbone. C’est le message de la deuxième édition du Business and Climate Summit qui s’est ouvert hier à Londres. Politiques, diplomates et grands patrons se sont succédés à la tribune pour montrer l’importance de la mobilisation du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique.

"Le secteur privé est clé pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris", a ainsi tenu à rappeler la ministre française de l’Environnement et présidente de la COP21 Ségolène Royal, lors de la séquence introductive. "Je pense que vous pouvez vraiment dire : ‘nous accélérons l’action climatique !'", a renchérit Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), qui prononçait ici son dernier discours dans ce rôle.

 

Une évaluation de la contribution des entreprises à la lutte contre le changement climatique

 

Et les entreprises entendent bien le prouver, chiffres à l'appui. Une étude publiée hier par We Mean Business, en partenariat avec le CDP et New Climate Institute, intitulée "The business end of climate change", tente ainsi de mesurer cette contribution du secteur privé à la lutte contre le changement climatique. Nommée "Business determined contribution", comme un pendant des National Determined Contribution des États (NDC), elle reste pour le moment limitée à cinq initiatives, portées par ces coalitions et mises en œuvre par quelque 300 entreprises (RE100EP100Science Based TargetsZero De-forestation et LCTPi) mais elle montre la puissance de ce levier.

Grâce à ces différents engagements, qui portent sur les énergies renouvelables, l'intensité énergétique ou la lutte contre la déforestation, ce sont entre 3,2 et 4,2 millards de tonnes équivalent CO2 par an de réduction d’ici 2030. Cela représente près de 60% des réductions d'émissions promises par les contributions des États dans le cadre de l'Accord de Paris (6 milliards d'ici 2030). C'est aussi l'équivalent de la fermeture de 1000 centrales à charbon qui fonctionneraient de façon permanente, soit 75% de la production mondiale.

Et ce n'est qu'un début veulent croire les coalitions. Demain, ce sont près de 3500 entreprises qui pourraient faire leurs ces engagements, affirment-elles. Et si les gouvernements mettaient en place des politiques incitatives pour les accompagner (comme le fait d'aider les entreprises à construire leurs propres installations d'énergies renouvelables, de soutenir la R&D des technologies bas carbone, de créer des incitations pour les producteurs et consommateurs de produits durables, etc.), ce sont près de 10 milliards de tonnes qui pourraient être évitées d'ici 2030.

 

Des efforts combinés entre entreprises et gouvernements

 

Cette notion de mise en commun des efforts a de fait marqué cette première journée. "Les gouvernements et les entreprises doivent continuer à travailler ensemble pour créer le bon cadre règlementaire" permettant d'atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, c’est-à-dire limiter la hausse de la température globale bien en-deçà des 2°C d’ici la fin du siècle, a ainsi souligné Steve Howard, le directeur développement durable d'IKEA.

Ce dialogue entre gouvernements et entreprises, qui s'est structuré ces deux dernières années à l'occasion de la préparation de l'Accord de Paris, doit "se faire au niveau international mais aussi au niveau local", précise de son côté Laurence Tubiana, championne de haut niveau pour le climat. Un dialogue qui se doit d'être transparent entre les deux parties, mais aussi vis à vis du public, pour éviter la défiance envers un lobbying des entreprises, précise-t-elle.

 

Une transformation économique et sociale

 

Parmi les instruments valorisés par le monde des affaires : la mise en place d'un prix carbone et les initiatives internationales sectorielles, comme l'a souligné Jean-Dominique Sénard, président de Michelin et de l'association Entreprises pour l'Environnement (EpE).

Pour changer d'échelle et susciter l'adhésion au-delà du cercle des convaincus, il faudra aussi et surtout un changement de mentalité. Pour les entreprises et les investisseurs, qui doivent désormais placer "le risque climatique au centre de leurs priorités", comme le souligne Michel Madelain, le vice-président de Moody Investors service. Tout comme pour les citoyens/consommateurs, qui devront changer leur mode de vie. Et sur la route de la transformation, gouvernements comme entreprises devront aussi veiller, ensemble, à ne pas oublier les laissés-pour-compte de la transition énergétique (les entreprises et travailleurs du charbon, par exemple), prévient Laurence Tubiana. Un point également cher au président du réseau BSR, Aron Cramer, pour qui "la lutte contre le changement climatique et un développement économique inclusif sont inextricablement liés".

Béatrice Héraud, envoyée spéciale à Londres
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